Amin Maalouf, suivre les dérives du monde

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Les Racines du présent

lundi 13 mai à 21h00

Durée émission : 55 min

Amin Maalouf, suivre les dérives du monde

© Wikimédia Commons - Amin Maalouf en 2014

C'est souvent avec justesse hélas que les intuitions d'Amin Maalouf, observateur attentif et soucieux de la marche du monde, se vérifient. Il nous alerte sur le "naufrage des civilisations".

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C'est bien l'effondrement de la coexistence pacifique entre les peuples et les religions, notamment au Levant, sur les bords de la Méditerranée, dans les années 70 et 80, qui a signé l'arrêt de mort de notre monde globalisé. Avec son essai "Le naufrage des civilisations" (éd. Grasset), Amin Maalouf, de l'Académie française, propose une grille de réflexion pour comprendre le grand ébranlement que vit notre monde aujourd'hui : ébranlement sécuritaire, politique, idéologique et religieux.
 

"Ma région natale est le berceau des trois grandes religions monothéistes : si, dans cette région, on avait eu l'exemple d'une coexistence harmonieuse, je pense que cela aurait envoyé un message puissant dans le monde entier pour dire : nous pouvons vivre ensemble"

 

Suivre la dérive du monde, le travail de l'écrivain

S'il vit en France depuis 40 ans, Amin Maalouf été témoin, à Beyrouth, d'"une qualité de coexistence assez remarquable" entre les membres de différentes religions. C'était dans les années 50, 60, et depuis, cette coexistence il "ne l'a "plus jamais retrouvée". Beyrouth, c'est là qu'il est né, en 1949, dans une famille maintes fois déracinée, contrainte d'errer dans un Moyen-Orient désorienté. Le 20 avril 1975, le jeune homme de 26 ans, assiste depuis sa fenêtre aux premiers conflits d'une guerre civile qui durera jusqu'en 1990. L'année suivante, en 1976, il décide de quitter son pays.

Observateur soucieux de la marche du monde, Amin Maalouf, prix Goncourt 1993 pour "Le Rocher de Tanios" (éd. Grasset), est élu à l’Académie française en 2011. Son œuvre est profondément marquée par une prise de conscience : celle d'un dérèglement du monde. "Il y a effectivemment un cheminement qui suit la dérive que le monde a connue."
 

Aux sources d'une désillusion

Comment est-on passé de la coexistence harmonieuse à cette sorte de conviction qu'il est impossible de vivre ensemble ? En 1998, avec "Les Identités meurtrières", Amin Maalouf alerte sur les dérives identitaires et "cette sorte d'assignation à résidence que l'époque semble imposer", selon les mots de Jean-Claude Raspiengeas, "où on doit être de tel ou tel endroit, on ne peut pas multiplier les identités". "Il y a 20 ans, j'ai écrit 'Les identités meurtières' avec le sentiment que le monde était le lieu d'un déchaînement identitaire qui allait probablement s'aggraver."

Quand, en 2009, l'écrivain publie "Le Dérèglement du monde", il décrit la "course aux abîmes" du Moyen-Orient, autrefois "havre de concorde et d'harmonie". L'écrivain interroge les sources de sa désillusion et comment la situation a pu dégénérer ainsi. "'Le dérèglement du monde" parlait d'une crainte de voir le monde perdre toute forme d'ordre, de cohérence." Ordre que l'on pouvait espérer au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Or, il n'en est rien, "on n'a pas de nouvel ordre mondial, on assiste manifestement au début d'une nouvelle course aux armements". Amin Maalouf compare notre monde à "une jungle".
 

Le Moyen-Orient et les religions

Dans son dernier livre, Amin Maalouf écrit : "C'est à partir de ma terre natale que les ténèbres ont commencé à se répandre sur le monde." Une phrase empreinte d'une cruelle amertume, qui exprime aussi une responsabilité collective. "Ma région natale, explique-t-il, est le berceau des trois grandes religions monothéistes et si, dans cette région, on avait eu l'exemple d'une coexistence harmonieuse entre les adeptes de ces trois religions, je pense que cela aurait envoyé un message puissant dans le monde entier pour dire : nous pouvons vivre ensemble, nous pouvons cohabiter dans les mêmes villes, dans les mêmes pays harmonieusement." 

Selon lui, ces "conflits en permanence", ces "haines extrêmement violentes" envoient au monde un message : "ce message, je le sens, je le vois : on se dit finalement c'est difficile de vivre ensemble, que ces communautés religieuses sont commandées à se combattre".

 

Invités

  • Jean-Claude Raspiengeas, journaliste, chef du service Culture au quotidien La Croix, chroniqueur littéraire sur France Inter dans l'émission "Le Masque et la plume"

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Le lundi à 21h, le vendredi à 17h03 et le samedi à 14h

L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?