Comment 75% des juifs de France ont survécu à la Shoah

Présentée par UA-53645

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La suite de l'Histoire, l'intégrale

samedi 9 mars 2019 à 16h00

Durée émission : 55 min

Comment 75% des juifs de France ont survécu à la Shoah

© Wikimédia Commons - Étoile jaune telle que la portaient les juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale

Alors qu’aux Pays-Bas 75% des juifs ont été massacrés pendant la Seconde Guerre mondiale, en France c’est le pourcentage de ceux qui ont survécu. Une exception française presque oubliée.

Comment et pourquoi 75 % des juifs en France ont échappé à la mort sous l'occupation nazie ? Une question qui était relativement peu abordée et évoquée en France, jusqu'à la publication en 2013 de l'ouvrage de Jacques Semelin, "Persécutions et entraides dans la France occupée (éd. Les Arènes), qui fait l'objet d'une nouvelle version, "La survie des juifs en France, 1940-1944" (éd. CNRS). 

"Il faudrait que nous prenions conscience en France qu'une large majorité de juifs a échappé à la Shoah"

 

L'énigme des 75%

Il ne s'agit en aucun cas de minimiser le drame qu'a constitué la Shoah : "il est hors de question d'oublier les 80.000 juifs qui sont morts du fait de la collaboration du régime de Vichy et des nazis, dans cette période", insiste Jacques Semelin.

C'est Serge Klarsfeld qui dès 1983, a évoqué le chiffre des 75%. Comment expliquer ça ? On peut déjà sans doute en "prendre conscience". 75% c'est "une large majorité : "Il faudrait que nous prenions conscience en France qu'une large majorité de juifs a échappé à la Shoah."
 

Une exception française

"On peut estimer qu'environ 200.000 juifs sont toujours en France en 1944." C'est une "réalité historique" et "un exemple exceptionnel dans l'Europe nazie" que Jacques Semelin tente d'expliquer depuis de longues années. Si l'on peut parler d'exception française, c'est qu'aux Pays-Bas par exemple, 75 % des juifs ont été exterminés et qu'en Belgique, on parle de 45 à 50 %.

On compte environ 300.000 juifs français au début de la guerre. Une dimension essentielle de cette enquête est de pouvoir distinguer les "juifs français" et les "juifs étrangers". À l'époque on parle de "Français israélites" pour désigner des Français de confession israélite "intégrés depuis au moins un siècle" dans la société française. Ceux qui seront les premières victimes de la répression sont les juifs immigrés en France dans les années 30.
 

Comment expliquer que 75% ont survécu ?

Est-ce le travail des organisations de sauvetage ? 10.000 juifs ont été protégés par des organisations comme La Cimade ou l'Amitié chrétienne. Est-ce l'action de ceux que l'on a appelés les Justes ? Ils sont 4.000 en France. Ces chiffres sont louables mais insuffisants pour expliquer les fameux 75%.

Aussi, le travail de Jacques Semelin a-t-il été de "regarder la manière dont les persécutés ont fait face, ou pas, ou mal, ou à peu près, ou bien, à la persécution, pour y échapper". Il s'est donc penché sur des histoires individuelles de Français israélites et d'immigrés juifs, des trajectoires pour lesquelles il faut distinguer la survie du sauvetage. "Je ne dirais pas que 75% des juifs ont été sauvés en France, je dirais plutôt qu'ils ont survécus."

 

Invités

  • Jacques Semelin, historien, politologue, spécialiste des violences extrêmes et des meurtres de masse, directeur de recherche émérite au CNRS

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Des grands événements qui ont façonné les civilisations aux personnalités qui ont marqué les consciences, Véronique Alzieu se tourne vers notre histoire. Une émission pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Le week-end, elle vous offre l'intégrale du feuilleton proposé du lundi au vendredi. 

Le présentateur

Véronique Alzieu

Journaliste à RCF depuis 1993, Véronique s'est spécialisée au fil des ans dans le domaine de la foi, de la vie spirituelle et de la recherche de sens. Elle a choisi la radio parce que c'est un média de proximité, chaleureux sans être intrusif. Son léger accent trahit ses origines pyrénéennes qu'elle revendique avec joie!