Déclin de l’Empire romain d’Occident, des raisons climatiques

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samedi 16 février à 16h00

Durée émission : 55 min

Déclin de l’Empire romain d’Occident, des raisons climatiques

© Wikimédia Commons - Genséric met à sac Rome, par Karl Briullov (1833-1836)

Invasions barbares, corruption, mœurs décadentes : ce ne sont pas les seules explications au déclin de l’Empire romain d’Occident. Le climat et les épidémies font aussi partie du processus.

En 476 : le dernier empereur romain d'Occident abdique. Comment un empire ayant dominé une grande partie du monde antique pendant 500 ans s'est-il effondré en quelque décennies ? On impute la chute de Rome à ses mœurs décandentes, aux invasions barbares et à ses faits de corruption. Mais selon l'historien américain Kyle Harper, de l'université d'Oklahoma, il faut chercher des raisons du côté du climat et des épidémies. Benoît Rossignol, qui a préfacé la version française de "Comment l'Empire romain s'est effondré" (éd. La Découverte), nous explique la thèse de Kyle Harper.
 

Quand les variations climatiques entraînent la disette et la famine

 

La chute de Rome, Un long processus

L'étude de Kyle Harper porte sur une période qui va de 165 aux années 600. Il ne faut pas voir la chute de Rome comme un événement soudain mais comme un processus. Processus qui se serait déroulé non pas selon "comme un plan bien ordonné" mais par la mise en place "d'éléments de fragilité". Il faut comprendre qu'il y a "des causes multiples qui interviennent chacune à leur moment et parfois se renforcent de manière à avoir des éléments de perte, de destruction irrécupérable". Des chocs brutaux qui affaiblissent l'Empire par palliers successifs, des épisodes de "résilience" et de "récupération" - mais jamais complets - et des moments d'effondrement irrémédiable.
 

Corruption, décadence, invasions : de quoi parle-t-on ?

On a beaucoup parlé de mœurs décadentes et de corruption : de quoi s'agit-il ? La décadence, les orgies ou les extravagances des empereurs, sont "des choses qui se situent quand l'empire est à son apogée" : l'historien explique que durant la période où s'amorce la chute de Rome, "on n'a plus les extravagances de certains empereurs". Dans un un Empire qui s'est christianisé s'est développée "une morale familiale, personnelle corporelle assez sévère", même si cette morale était en germe dans la pensée stoïcienne. Reste que la cour romaine installée à Ravenne est "un milieu terrible et sans scrupule", familier des "purges politiques sauvages" et où "la trahison est de règle". "Ce que nous nous appellerions la corruption est une règle dans cet Empire."

Les invasions barbares constituent, elles, "une vraie menace". L'empire a toujours eu à défendre ses frontières mais dès la fin du IVe siècle, la menace change. Et "au Ve siècle l'Empire perd les moyens de s'opposer à ses voisins". L'invasion de la Gaule par les Vandales, les Alains et les Suèves, le 31 décembre 406, "est un coup extrêmement dur qui entraîne la perte progressive de territoires et l'affaiblissement de l'Empire".
 

La fin de l'optimum climatique romain

Comment Rome est-elle passée d'un million d'habitants à 20.000 entre les IIe et VIe siècles ? "Les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d’une écologie des maladies qui ont assuré leur perte", écrit Kyle Harper. L'épidémie de peste au Ve siècle provoque en effet "des taux de mortalité qui nous semblent inimaginables", ajoute Benoît Rossignol. Rome doit faire face à des difficultés de plus en plus grandes pour nourrir ses habitants - "aller chercher le blé en Égypte, entretenir des flottes, avoir des esclaves pour distribuer le blé, des fonctionnaires pour le compter... Tout cela se perd".

Quand les variations climatiques entraînent la disette et la famine. Ce que l'on appelle l'optimum climatique romain, caractérisé par une très grande stabilité, "mis en place vers le IIe siècle avant notre ère, semble-t-il trouve sa fin au milieu du IIe siècle de notre ère".

 

Invités

  • Benoît Rossignol, historien, maître de conférences en histoire, civilisation et arts des mondes anciens et médiévaux à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne

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Des grands événements qui ont façonné les civilisations aux personnalités qui ont marqué les consciences, Véronique Alzieu se tourne vers notre histoire. Une émission pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Le week-end, elle vous offre l'intégrale du feuilleton proposé du lundi au vendredi. 

Le présentateur

Véronique Alzieu

Journaliste à RCF depuis 1993, Véronique s'est spécialisée au fil des ans dans le domaine de la foi, de la vie spirituelle et de la recherche de sens. Elle a choisi la radio parce que c'est un média de proximité, chaleureux sans être intrusif. Son léger accent trahit ses origines pyrénéennes qu'elle revendique avec joie!