[Dossier] 11 novembre 1918, il y a 100 ans la fin de la Grande Guerre

© Wikimédia Commons - Jour de l'Armistice, Paris. Aquarelle de Frank Boggs, 1918.

Il y a 100 ans, l'armistice du 11 novembre 1918 marquait la fin d'un conflit de quatre ans, trois mois et 14 jours. La Grande Guerre se solde par un bilan de plus de 38 millions de morts, blessés ou disparus. Pour les historiens la Première Guerre mondiale marque l'entrée de l'Europe dans le XXe siècle.

Grande Guerre, qu'est devenu le wagon de l'armistice?

Grande Guerre, qu'est devenu le wagon de l'armistice?

Avant la guerre, ce beau wagon-restaurant emmenait les Parisiens à Deauville. Le wagon de Rethondes est une pièce d'histoire exceptionnelle qui résume l'histoire du siècle.

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COMMÉMORATION DU 11 NOVEMBRE 1918Il y a 100 ans, l'armistice du 11 novembre 1918 marquait la fin d'un conflit de quatre ans, trois mois et 14 jours. La Grande Guerre se solde par un bilan de plus de 38 millions de morts, blessés ou disparus. Pour les historiens la Première Guerre mondiale marque l'entrée de l'Europe dans le XXe siècle.
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On y a signé les armistices du 11 novembre 1918 et du 22 juin 1940. Qu'est devenu le wagon de Rethondes ? Dans "Ces lieux qui ont fait la France" (éd. Fayard, 2015) François-Guillaume Lorrain est parti à sa recherche. Il répond à Véronique Alzieu.
 

Où est passé le wagon de Rethondes ?

Au musée de l'Armistice 14-18, à Compiègne, se trouve un wagon installé en 1950. Il est "d'une autre série que le vrai wagon", dans lequel a été signé l'armistice. Mais dans une vitrine du musée, se trouve une rampe et une enseigne disant que c'est tout ce qui reste du vrai wagon. 

Qu'est-il donc devenu ? Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Hitler n'a jamais demandé la destruction du wagon. La fin du conflit approchant, il l'a fait fait évacué en Thuringe, à Krawinkel, où il a été en partie brûlé. Récupéré par les soviétiques, il a été donné "en catimini" à une usine est-allemande de matériel ferroviaire d'aiguillage. "Le wagon va finir bête de somme pendant 30 ans jusqu'à ce qu'il soit jeté et détruit dans les années 70."
 

Pourquoi un wagon pour signer l'armistice ?

En 1918, les Alliés cherchent un lieu pour signer l'armistice. La population est tellement meurtrie que l'on craint des débordements. "On comprend vite qu'il faut se cacher pour signer l'armistice, explique François-Guillaume Lorrain, on arrive assez vite près de Compiègne." Car "'il fallait des rails" : le moyen le plus sûr de faire venir les Allemands en France reste le train. Et l'idée du wagon s'est imposée car il fallait les faire venir "à l'endroit même où l'armistice serait signé". Mais "les rares fois où les Allemands vont se montrer à la fenêtre du wagon, ils vont risquer le lynchange".

On choisit donc presque "par hasard" ce "beau wagon-restaurant que l'on transforme en bureau". En attendant le traité de Versailles signé le 28 juin 1919, l'armistice est reconduit tous les trois mois : à chaque fois le wagon va resservir. Puis "on le renvoie à la vie civile, il repart sur les rails de la gare Saint-Lazare". C'est Clémenceau qui est intervenu pour qu'il soit considéré véritablement comme un objet d'histoire.

 

©Wikimédia commons - Signature de l'armistice le 22 juin 1940

 

En 1940, le wagon symbolise la France battue

"Pour réécrire et effacer la défaite de 1918, Hitler demande que l'armistice de 40 soit signé exactement au même endroit, au mètre près, dans la clairière de Rethondes et dans le wagon en question." Après l'armistice du 22 juin 1940, Hitler fait emmener le wagon à Berlin pour le proposer à l'admiration des foules, "un voyage trimophal à travers l'Allemagne jusqu'à Berlin". 

 

L'année 1918 : la fin d'une guerre, les prémices d'une autre

L'année 1918 : la fin d'une guerre, les prémices d'une autre

L’année 1918 voit la fin d’une guerre interminable qui a miné l’Europe. Elle voit la fin d’un monde avec la disparition des empires et déjà, le terreau qui fera le lit d’une autre guerre.

Le 11 novembre 1918, partout en France les cloches sonnent la fin de la Première Guerre mondiale. Plus de 70 millions d'hommes mobilisés, environ 20 millions de morts ou disparus, civils ou militaires. L'année 1918 aura été décisive dans cette guerre.
 

Du côté des alliés, "on prévoyait un prolongement des combats jusqu'en 1919 au moins"

 

1918, Le combat semble interminable

Lundi 11 novembre 1918 à 5h15 un armistice est signé. À 11 heures, le cessez-le feu devient effectif. Dans l'esprit de tous, cette guerre semblait interminable. Dès 1917, en effet, une forte lassitude s'était exprimée mettant en péril l'effort de guerre et l'esprit d'unité nationale autour du gouvernement. Sur le front français, cette lassitude s'est manifestée au printemps 1917 notamment par des mutineries. Mais c'est en Italie, où "le consentement à la guerre était moins important qu'en France", explique Olivier Forlin, que ces mouvements de contestation ont été les plus manifestes. Refus individuels de combattre, mutilations volontaires, désertions... L'armée italienne est celle qui compte le plus grand nombre de fusillés pour l'exemple.

Mais à l'arrière aussi, on trouve que les sacrifices demandés sont trop importants. Dpeuis la fin de l'année 1916, on subit une forte inflation. Elle entraînera des mouvements de grève importants, par exemple en France et en Allemagne.

 



 

Pourquoi la guerre a-t-elle duré si longtemps ?

En 1914 pourtant, les soldats qui partent au front étaient à peu près convaincus qu'ils seront de retour pour Noël. Mais très vite le combat s'est enlisé. Les deux armées qui se font face ont toutes deux déployés des moyens importants. "Des armées si puissantes et si bien armées qu'aucune n'arrive à emporter la décision." Le phénomène d'enlisement doit se comprendre au sens propre comme au figuré : il concerne aussi bien les stratégies mises en œuvre que les soldats dans les tranchées.

 



 

Pourquoi s'est-elle achevée en 1918 ?

Quand commence l'année 1918, personne cependant n'imagine que la guerre s'achèvera bientôt. "Tout n'était pas écrit à l'avance." Et même, du côté franco-britannique et États-Unis, "on prévoyait un prolongement des combats jusqu'en 1919 au moins". On ne pensait pas non plus que l'issue du conflit marquerait une victoire des alliés. Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, demande à l'Allemagne de verser 132 milliards de marks or en réparation des dommages causés. Traité qui porte en lui les germes de la Seconde Guerre mondiale...

 

Grande Guerre: "les aumôniers étaient des petites lumières d’espérance" dans les tranchées

​Les commémorations du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre se poursuivent jusqu’à dimanche.

A quoi ressemblait le poilu de la Grande Guerre ?

"Ce sont nos grands-parents. Mon grand-père était à Verdun comme beaucoup de sa génération. Un de ses frères est mort comme séminariste brancardier sur le front en 1916. Toutes nos familles sont marquées par cette réalité. C’est très impressionnant de voir comment ce centenaire est l’occasion de faire remonter depuis les familles, les communes, les collectivités, une réalité mémorielle tout à fait essentielle. C’est la France entière qui se souvient de cette tragédie absolue. Un tiers des 18-22 ans sont morts à cette guerre de 14" explique Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées.
 

Les aumôniers ont eu un rôle particulier durant la Grande Guerre…

"Oui. Le 8 novembre dernier nous avons eu à l’Arc de Triomphe nous avons eu une cérémonie de ravivage de la flamme en mémoire des prêtres, religieux et religieuses qui ont perdu la vie durant la Grande Guerre. Et c’est essentiel de réaliser ce rôle qu’ont eu les aumôniers militaires, d’humaniser la guerre dans une dimension de haine, d’hostilité. Ces aumôniers ont fait un travail considérable pour être présent, pour porter cette dimension spirituelle et d’humanité. Faire en sorte que ce qui était déjà tragique ne devienne pas totalement inhumain" ajoute-t-il.
 

C’est difficile de garder à l’esprit la présence de Dieu dans cette horreur ?

"Le général Eisenhower disait qu’il n’y a pas d’athées dans les tranchées. La mort vous entoure et vous ne pouvez pas ne pas vous poser les questions essentielles. Vous avez besoin d’être aidé, soutenu, sur ce registre. Vous avez aussi besoin d’une dimension d’espérance : au nom de quoi je donne ma vie. Il importe que le sens soit présent au cœur d’un déluge de feu, de boue et de sang. Les aumôniers ont ainsi été des petites lumières d’espérance" précise Mgr de Romanet.
 

Un pape a eu un rôle fondamental dans la guerre…

"Benoît XV a eu un rôle essentiel, et malheureusement trop méconnu. Il a été épouvantablement caricaturé aussi bien par les Allemands que par les Français. Ses appels à la paix n’ont pas été entendus. Si on avait écouté Benoît XV en 1917, on aurait gagné une année de guerre et on aurait évité ce dramatique traité de Versailles, qui en humiliant les Allemands, aura très largement conduit au conflit de 1939-1945" explique-t-il.
 

Qui sont les nouveaux poilus du XXIème siècle ?

"Le militaire est quelqu’un qui accepte d’engager sa vie au service des valeurs les plus nobles, de la dignité, de la liberté, au service de ce que notre pays lui demande. Et il est magnifique de voir que de génération en génération, des hommes et des femmes se lèvent pour défendre leur pays, ce qu’ils estiment essentiel. Près de 25.000 jeunes par an s’engagent dans nos armées" conclut l'évêque aux Armées.
 

Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées, interrogé par Pauline de Torsiac:

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Une application mobile pour sortir les poilus de l'oubli

Une application mobile pour sortir les poilus de l'oubli

Repérer dans un cimetière le visage et la biographie de soldats oubliés, c'est ce que permet une application alimentée par l'association du "Souvenir Français".

Découvrir en direct le visage et l’histoire de poilus, en se promenant avec son portable dans un cimetière, c’est ce que permet l’application "Mémoires d’hommes". Il s'agit en fait une base de données numérisée par le ministère des Armées. Un fonds alimenté sur le terrain par "Le Souvenir Français". Depuis 1887, cette association veut conserver la mémoire des soldats français dans les différents conflits. Et l’une de ses missions consiste à entretenir la tombe de ceux qu’on a oubliés. 

Depuis ses débuts, 130.000 tombes ont été entretenues. Mais l’association a voulu aller plus loin avec cette application "Mémoire d’hommes". Téléchargeable gratuitement, elle vous permet d’abord de repérer le cimetière le plus proche du lieu où vous vous trouvez. 

Chaque tombe est ensuite identifiée sur le smartphone par une petite cocarde tricolore. En cliquant dessus, vous aurez donc un portrait écrit et sonore ainsi qu’une photo du défunt. Exemple au cimetière de Domène, en Isère. Il comprend une vingtaine de cocardes.

Autant de noms sortis de l’oubli grâce aux nouvelles technologies. Un vrai travail de fourmi. D’où l’appel à bénévoles recenseurs sur le terrain. Alors si vous voulez vous aussi devenir détective du passé, rendez-vous sur le site http://le-souvenir-francais.fr/.

 

La fin de la Première Guerre mondiale

La fin de la Première Guerre mondiale

L’armistice signé le 11 novembre 1918 met fin aux combats en Europe occidentale et entérine la victoire des alliés. Mais les conditions imposées laissent un goût amer au vaincu qui s’en souviendra.

Nicolas Beaupré est le commissaire de l'exposition "Écrire la Guerre - Les écrivains français et la Grande Guerre", qui se tient du 6 octobre 2018 au 6 janvier 2019 à la Médiathèque communautaire de Moulins (Allier).

 

COMMÉMORATION DU 11 NOVEMBRE 1918Il y a 100 ans, l'armistice du 11 novembre 1918 marquait la fin d'un conflit de quatre ans, trois mois et 14 jours. La Grande Guerre se solde par un bilan de plus de 38 millions de morts, blessés ou disparus. Pour les historiens la Première Guerre mondiale marque l'entrée de l'Europe dans le XXe siècle.
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Qui a vraiment gagné la Première Guerre mondiale ?

Qui a vraiment gagné la Première Guerre mondiale ?

Aurions-nous gagné la guerre sans "ceux de l'arrière", sans les civils ? 100 ans après la victoire du 11 novembre 1918, retour sur le conflit qui a fait entrer l'Europe dans le XXe siècle.

"L'Europe se suicide la première fois en 14-18, elle se suicidera définitivement en 39-45." Aux yeux de l'évolution problématique de l'Europe aujourd'hui, Frédéric Mounier et ses invités posent un regard sur la véritable boucherie qui a marqué les débuts du XXe siècle.

"Ce qui a rendu le conflit inévitable ce fut la croyance dans son inéluctabilité"

 

COMMÉMORATION DU 11 NOVEMBRE 1918Il y a 100 ans, l'armistice du 11 novembre 1918 marquait la fin d'un conflit de quatre ans, trois mois et 14 jours. La Grande Guerre se solde par un bilan de plus de 38 millions de morts, blessés ou disparus. Pour les historiens la Première Guerre mondiale marque l'entrée de l'Europe dans le XXe siècle.
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Le XXe siècle, enfant de la Grande Guerre

Intitulée sobrement "1914-1918" (éd. Perrin), cette somme magistrale de Jean-Yves Le Naour qui se lit comme un roman, retrace, année après année, le déroulement de la guerre. "Souvent on fait partir le XXe siècle de 1914, explique l'historien, mais en réalité c'est plus 1917... 14, c'est encore une guerre nationale, c'est encore vraiment les petites nations européennes avec leurs petites ambitions nationalistes."

En 1917 avec l'entrée en guerre des États-Unis se révèle la puissance américaine, tandis que la Russie bascule dans la révolution bolchevique. Jean-Yves le Naour parle de la naissance de "deux messianismes" qui s'affronteront jusqu'en 1991, pour donner naissance à "un court XXe siècle idéologique". "L'Europe se suicide la première fois en 14-18, elle se suicidera définitivement en 39-45."
 

Le rôle des civils dans la guerre, les vrais gagnants du conflit ?

Dans son ouvrage nouvellement réédité "La Grande Guerre des civils" (éd. Perrin), Éric Alary formule l'hypothèse selon laquelle la guerre n'aurait jamais pu être gagnée sans les civils, ceux de l'arrière. Quelque 36 millions de personnes qui ont tenu bon entre 1914 et 1919 "sur un front intérieur oublié". "L'arrière est l'espace le plus oublié par l'historiographie, s'étonne Éric Alary, j'ai toujours été surpris par cette absence d'études des civils, comme si la société ne s'était intéressée en priorité qu'aux poilus."
 

Et si les Allemands avaient gagné la bataille de la Marne ?

L'une des premières grandes bataille de la Première Guerre mondiale, c'est la bataille de la Marne, du 5 au 12 septembre 1914. ​Que les Allemands auraient sans doute pu gagner, "c'est vrai que ça s'est joué à un cheveu", admet Jean-Yves Les Naour. De quoi susciter une interrogation vertigineuse : et les Allemands l'avaient effectivement gagnée, cette bataille ? Dans "L'autre siècle - Et si les Allemands avaient gagné la bataille de la Marne ?" (éd. Fayard), Xavier Delacroix fait appel à six historiens - dont Stéphane Audoin-Rouzeau, Pascal Ory ou Pierre Singaravélou - et à cinq romanciers, comme Pierre Lemaitre l'auteur de "Au revoir là-haut (éd. Albin Michel, 2013 - Prix Goncourt) ou Cécile Ladjali, pour imaginer ce qui se serait passé alors.

Entremêlant l'historicité à l'art du roman, l'uchronie est un type de récit dont l'auteur imagine ce qui aurait pu advenir si un événement avéré historiquement ne s'était pas déroulé ou repense le déroulement de ll'histoire en faisant intervenir un fait générateur plausible mais en réalité non advenu, selon la définition du dictionnaire. Pour Xavier Delacroix, c'est à la fois une façon de questionner le "poids commémoriel" auquel on se soumet en France, "ce pays qui entre dans l'avenir un rétroviseur à la main".

C'est aussi une façon de remettre en cause une certaine idée du "déterminisme" : "On a tendance à faire rentrer au chausse-pied des choses que l'on présente désormais comme évidentes et comme advenues et qui en fait si on veut bien regarder, auraient pu ne pas se pas se passer comme ça." D'ailleurs, analysant les causes "subjectives" de la Grande Guerre (par opposition aux causes objectivers comme l'économie), Jean-Yves le Naour écrit : "Ce qui a rendu le conflit inévitable ce fut la croyance dans son inéluctabilité."

 

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11 novembre 1918-Les derniers jours de la guerre

11 novembre 1918-Les derniers jours de la guerre

Retour quelques jours avant la signature de l'armistice du 11 novembre 1918. L'Allemagne est en crise avec la mutinerie de ses marins.

L'Empereur Guillaume II abdique après une longue hésitation.
La délégation allemande est reçue par Foch le 7 novembre.
Les combats se poursuivent jusqu'au bout. L'armistice est signé au petit matin du 11 novembre mais le dernier soldat français est tué à 10h50.
Un autre fléau que la guerre a fait plusieurs millions de morts : la grippe espagnole.

1 & 2-Les ravages de la grippe espagnole / 2-Article journal Excelsior annonçant décès de Guillaume Apollinaire
3-Journal Excelsior annonce abdication de l'Empereur Guillaume II
4-Gravure signature de l'armistice dans le wagon de Rethondes et article de Paris-Midi
5-Augustin Trébuchon (officiellement dernier mort au champ d'honneur)​

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Clémentine Vidal-Naquet: "les Français ont un rapport très personnel à la Grande Guerre"

Clémentine Vidal-Naquet: "les Français ont un rapport très personnel à la Grande Guerre"

Stéphanie Gallet reçoit Clémentine Vidal-Naquet, historienne et spécialiste de l'intime et du couple pendant la Première Guerre Mondiale.

Depuis une semaine, la France commémore la fin de la Première Guerre Mondiale. Et pour la troisième édition, la grande collecte nationale des archives familiales a été relancée lundi dernier. Elle a pour but d’inciter les familles à ressortir leurs documents ayant trait à la Grande Guerre. "Les souvenirs sont très nombreux. Les deux premières collectes ont eu un très grand succès. 20.000 personnes sont venues déposer des objets, des documents, en masse. Tout cela était d’une très grande richesse. Il est difficile de savoir les profondes motivations des familles. Moi je crois que tous ces objets sont des reliques, des objets de deuil, qui sont devenus des objets de filiation. Le centenaire donne l’occasion à ces familles de rendre publiques ces histoires individuelles" explique Clémentine Vidal-Naquet, historienne de la Grande Guerre, spécialiste du couple et de l’intime pour 14-18.
 

Pendant la guerre, la lettre est gage de vie

"Chaque histoire recèle des surprises inattendues, plus ou moins touchantes, plus ou moins bouleversantes, plus ou moins en décalage avec ce que l’on sait. Par exemple l’histoire d’un enfant qui écrit à son père alors qu’il ne sait pas écrire lui-même. C’est sa mère qui tient la plume et l’on voit une écriture hésitante, qui devient propre, qui s’affine au fur et à mesure des années. Ou encore la correspondance de deux veuves dont les maris sont morts le même jour au cours du même combat. L’une sait que son mari est mort sur le coup. L’autre sait que son mari est mort après avoir agonisé de très longues heures. Ce qu’on y lit est très rare : l’extrême souffrance lui fait avoir de mauvais sentiments" ajoute-t-elle.

L’historienne précise que "la grande particularité de la Grande Guerre c’est que la mobilisation de masse mobilise des hommes et des femmes qui savent tous écrire. Même si elle a très peu l’occasion d’écrire, cette génération prend la plume. C’est toute la difficulté. On la découvre. Les femmes écrivent. Les hommes écrivent aussi massivement. La lettre est gage de vie. Même lorsque les cartes sont très courtes, on envoie massivement des cartes. L’écriture est presque quotidienne. Par jour, dans l’armée française, six millions de lettres sont échangées avec l’arrière".
 

L'artisanat de tranchée et l'expression du désir amoureux

Il y a les courriers, et les objets. Dans les tranchées, les poilus ont développés un véritable artisanat de guerre. "Il y a du matériel militaire, mais aussi des douilles d’obus gravés, des bagues fabriquées dans les tranchées. De nombreux objets que l’on envoyait avec les correspondances dans les colis à l’arrière et qui restent des traces de cette Grande Guerre" raconte encore l'historienne. Des objets qui sont restés dans le cadre familial, et qui "racontent l’omniprésence de la guerre, encore aujourd’hui, au sein des familles".

Spécialiste de l’intime et du couple pendant la Grande Guerre, Clémentine Vidal-Naquet fait remarquer qu’à travers ces correspondances, une chose nouvelle émerge : "l’expression écrite du sentiment amoureux, et du désir sexuel, chose absolument nouvelle. C’est la première fois que l’on écrit aussi massivement son désir, parfois avec beaucoup de pudeur. Et la censure se préoccupe assez peu de ces histoires amoureuses. La Première Guerre Mondiale annonce ce que va devenir le couple moderne en France" conclut-elle.

Grande Guerre: une collecte nationale qui s'adresse aux familles

Grande Guerre: une collecte nationale qui s'adresse aux familles

Photos, dessins ou correspondance, autant de documents familiaux que vous pourrez apporter jusqu'à Dimanche à l'occasion de la grande Collecte nationale.

Dimanche, sera célébré le 100ème anniversaire de la fin des combats de la Première Guerre Mondiale. L'occasion de ressortir les souvenirs de famille. C’est l’invitation lancéejusqu’à dimanche par les Archives de France. Cette grande collecte nationale avait déjà  avait été organisée en 2013 et 2014.

Et le succès a été au rendez-vous. Au cours des différentes éditions, des milliers de documents ont ainsi été copiés ou numérisés dans les différents services départementaux. Des photos, des lettres, des dessins ou des croquis réalisés sur le front. Avec des supports parfois étonnants. 

Des objets ou documents qui ont pu aussi montrer la face cachée de cette Grande Guerre, notamment le récit de fraternisations des soldats français avec les allemands. Comme l’a montré le film "Joyeux Noël". Un aspect occulté après la Victoire de 1918?

Alors à vos tiroirs. Pour connaitre la liste des points de collecte, rendez-vous sur le site dédié lagrandecollecte.fr.

Les femmes dans la Grande guerre 1/2

Les femmes dans la Grande guerre 1/2

En France, avant la Grande Guerre, la population active comptait un tiers de femmes. Comment les Françaises ont-elles vécu le conflit? Monserrata Vidal reçoit Françoise Thébaud.

Emission enregistrée en septembre 2014

Sommepy-Tahure et Suippes, lieux de mémoire de la Grande Guerre

Sommepy-Tahure et Suippes, lieux de mémoire de la Grande Guerre

Suippes et Sommepy-Tahure sont des communes de la Marne. Deux sites typiques du tourisme de mémoire. Reportage de Michel Barone (RCF Marne & Meuse).

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