[Dossier] Il y a 50 ans, disparaissait le général de Gaulle

© Wikimédia Commons - Charles de Gaulle en 1958

Le général de Gaulle est mort il y a cinquante ans, le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises. Qui était-il et quels ont été les ressorts de son engagement? Un dossier pour explorer le mythe De Gaulle.

De Gaulle, ce catholique

De Gaulle, ce catholique

Le général de Gaulle est mort il y a cinquante ans jour pour jour, laissant derrière lui l'image forte d'un homme engagé et profondément catholique.

Nous commémorons ce lundi les 50 ans de la mort du général De Gaulle. Et l'année 2020 est même une année de triple anniversaire puisque les hommages ne manqueront pas. Il y a d’abord eu l'appel du 18 juin 1940, c’était il y a 80 ans. Et puis sa naissance en 1890, ce sera le 22 novembre, et enfin sa mort, il y a tout juste 50 ans.

Ce jour là, le 9 novembre 1970, le Général est dans sa maison de Colombey-les-Deux-Églises. "C'était une journée qu'il passait à se promener et à écrire ses mémoires. Et en fin de journée comme à son habitude il s'est installé en face de sa table de jeu, il a commencé une réussite et il a eu un malaise. C'est une rupture d'anévrisme qui l'emporte à 19 heures ce lundi 9 novembre 1970", explique Marie Lefebvre, directrice de la Maison natale Charles de Gaulle située à Lille. "Il avait choisi d'être enterré à Colombey-les-Deux-Églises parce que c'est une ville qu'il a choisie pour s'y établir dès les années 1930 et c'est là que sa fille est enterrée", ajoute-t-elle.

L'homme de l'appel du 18 juin

Dans les mémoires, De Gaulle reste l’homme de l’Appel du 18 juin 1940, celui qui demande aux Français de maintenir la parole signée avec les alliés et de ne pas cesser le combat de façon unilatérale. C’est cet engagement définitif, total, qui va conditionner tout le reste de sa vie publique. Il va se donner dans cette mission, dans ce combat qu’il est contraint d’engager seul pour ne pas être dans le déshonneur ou l’asservissement. "Il fait une croix sur lui-même, il s'engage totalement pour défendre une cause. Il n'y a pas de demi-mesure possible. C'est l'engagement total, définitif quelle qu'en soient les conséquences. Il est porteur de la légitimité et du bien commun profond", affirme son petit neveu, l’historien Laurent De Gaulle. 

Cet appel est une forme de vocation de Charles de Gaulle. "De Gaulle dit bien à quel point lui-même se sent indigne et va accepter une mission qui le dépasse complètement. C'est posture là s'explique par une éducation catholique. La posture que va adopter de Gaulle est assez étonnante mais elle correspond très fort à la mystique de la vocation en général. On croit dans l'Eglise catholique qu'un homme peut avoir un appel qui lui vienne directement de Dieu et qui va justifier qu'il se mette en route", explique le Père Christophe Danset du diocèse de Lille.

Un président catholique

De Gaulle reste celui qui incarne la France, qui en parle comme Péguy, en disant Notre Dame la France. Un général dont la vie est profondément ancrée dans sa foi catholique. C’est aussi ce qu’évoque le journaliste Gérard Bardy dans son dernier livre, "Dernières heures à Colombey : la mort du Général" aux éditions télémaques. "À l'Élysée, l'une des premières choses qu'il a fait c'est de virer les chauffeurs du bureau qu'ils occupaient et d'en faire une chapelle pour célébrer la messe à l'abri des regards. Dans une République laïque, il ne voulait pas communier en public", raconte Gérard Bardy. Une procédure de canonisation a été ouverte pour le général de Gaulle.

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De Gaulle, le parcours d'un géant

De Gaulle, le parcours d'un géant

Le général de Gaulle a toujours pensé que la place de la France était au premier rang. Ses choix politiques et ses engagements ont donc été dictés par cette ambition.

Émission d'archive diffusée en mars 2019

 

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L'Appel du 18 juin ou la naissance du mythe De Gaulle

L'Appel du 18 juin ou la naissance du mythe De Gaulle

Rares sont les responsables politiques qui ne se réclament pas de De Gaulle. 80 ans après l'Appel du 18 juin, Frédéric Mounier évoque le Général et la mythologie gaullienne.

En 2020, on célèbre un triple anniversaire gaullien : le 130e anniversaire de la naissance de Charles de Gaulle (le 22 novembre 1890), le 50e anniversaire de sa mort (le 9 novembre 1970) et les 80 ans de l'Appel du 18 juin lancé depuis Londres en 1940. S'il existe une méprise quant à la date réelle de l'enregistrement du fameux Appel, le 18 juin reste la date de la naissance du mythe De Gaulle. Pour évoquer le Général et la mythologie gaullienne née dans son sillage, Frédéric Mounier reçoit Aurélie Luneau, auteure de "L'Appel du 18 juin" (éd. Flammarion).

 

le mythe De Gaulle

Aujourd'hui, rares sont les responsables politiques qui, d'une façon ou d'une autre, ne se réclament pas de De Gaulle. En mai dernier, Emmanuel Macron l'a célébré sur le champ de bataille de Montcornet, dans l'Aisne, là où le colonel de Gaulle a tenté de s'opposer à la foudroyante avancée des troupes allemandes en mai 40.  On a même entendu récemment Marine Le Pen, pourtant issue d'une tradition politique fortement anti-gaulliste, c'est le moins qu'on puisse dire, se réclamer du général. 

 

 

La vérité sur l'Appel du 18 juin

En réalité "l'appel du 18 juin a probablement été enregistré mais n'a pas été conservé", explique Aurélie Luneau. Il aurait été enregistré à 18h15 dans les locaux de la BBC et diffusé pour la première fois à 22 heures, puis rediffusée durant 24 heures "mais le disque n'aurait pas été conservé".

Ce n'est que le 22 juin, alors que l'armistice vient d'être été signé à Rethondes, que l'on autorise "ce général félon" à enregistrer son appel. "Ce document du 22 existe, il a été conservé pour l'histoire." Et c'est celui-là que l'on peut encore entendre aujourd'hui, 80 ans après.

 

 

L'appel du 18 juin, un texte pour dire non

"De Gaulle reste l'homme du 18 juin, l'homme du non", note Aurélie Luneau. Signe de "la force symbolique de l'Appel" : la jeunesse de 1968 s'en est emparé. Depuis Nanterre, un petit groupe emmené par Daniel Cohn-Bendit a détourné "l'affiche mythique symbolique" pour dénoncer "la capitulation des mandarins du syndicalisme et de la politique".

Plus récemment, des apiculteurs ont lancé en 2016 "L'Abeille du 18 juin", pour dénoncer l'usage des pesticides dans l'agriculture. "Ils utilisent le phrasé, la rythmique, la force de ce texte qui a traversé le siècle, en faveur des abeilles. Ce texte continue à être utilisé pour dire non."

 

Émission diffusée en juin 2020, enregistrée en duplex avec RCF Bordeaux

 

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Sans sa fille trisomique, De Gaulle aurait-il été un grand homme?

Sans sa fille trisomique, De Gaulle aurait-il été un grand homme?

"Derrière chaque grand homme, il y a une grande femme." Dans le cas de De Gaulle tel qu’on le découvre dans le film de Gabriel Le Bomin, il y en a deux: sa femme et sa fille trisomique.

"Sans Anne, peut-être n’aurais-je jamais fait ce que j’ai fait. Elle m’a donné le cœur et l’inspiration." Ces mots sont du général de Gaulle lui-même à son biographe, Jean Lacouture. Anne ? C’est donc sa fille trisomique. En voyant le film "De Gaulle", de Gabriel Le Bomin, on découvre, non sans émotion, l’amour inconditionnel, empreint de tendresse et de respect, que Charles et Yvonne de Gaulle portaient à cette enfant bien fragile, Anne. Ce film a le talent et l’audace de nous faire entrer, par un savant dosage, dans la grande histoire et la petite histoire.

La grande histoire, c’est le récit de la courte période de la débâcle en 1940, jusqu’à l’entrée en résistance du Général et l’appel du 18 juin. La petite, ce sont les flash-back grâce auxquels nous entrons dans l’intimité de la vie familiale de ce couple, qui traverse les étapes pour consentir au handicap de leur fille trisomique. L’annonce douloureuse du diagnostic médical ; le renoncement à une éventuelle guérison ; la décision qu’elle grandisse auprès d’eux ; la découverte de la beauté et de la richesse de cette enfant atypique, qui les accompagne dans les doux moments familiaux comme dans le chaos qui suit la débâcle.

On devine peu à peu qu’il y a un lien puissant entre ces deux images - celle de ce quadragénaire en chapeau et costume sombre faisant sauter sa fille trisomique sur ses genoux sur une plage bretonne - et celle de cet homme droit et ferme, seul, lançant de Londres l’appel à la résistance le 18 juin 1940. "Sans Anne et sa vulnérabilité, son père aurait-il pu trouver en lui la force de résister à l’esprit de défaitisme de son temps ?" interroge l’essayiste Édouard Tétreau dans Le Figaro. Il ajoute : "Anne de Gaulle rappelle que c’est au contact intime de la fragilité et de la faiblesse que la France et ses chefs puiseront toujours leur force d’âme, leur légitimité, et au fond leur raison d’être." Le général le laisse entendre à sa manière en parlant de celle qu’il appelait "ma joie" : "Elle était une grâce, elle m’a aidé à dépasser tous les échecs, à voir plus haut."

Anne est décédée à 20 ans, dans les bras de son père, emportée par une pneumonie. "La vie l’a quittée avec douceur pour la conduire là où maintenant elle est l’égale de tous", a-t-il dit quelques jours après son enterrement. L’égale de tous, oui, mais aussi tellement unique dans ce qu’elle a pu donner à son père et à travers lui, à notre pays. Alors, on peut la remercier, et, à travers elle, toutes ces personnes fragiles qui nous invitent et qui nous aident, personnellement et collectivement, à aller plus haut, plus loin !

 

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Charles de Gaulle, icône ou modèle?

Charles de Gaulle, icône ou modèle?

Dans l'imaginaire français, le général de Gaulle reste une figure puissante. Ce n'est sans doute pas un hasard si Emmanuel Macron lui emprunte beaucoup d'éléments...

De Gaulle est-il toujours un modèle ou bien n'est-il qu'une icône ? En 2018, on célèbre les 60 ans de la Constitution de la Vè République (du 4 octobre 1958) conçue par le Général. Alors que la présidence d'Emmanuel Macron se déroule sous le signe de la fameuse monarchie républicaine - à moins qu'il ne s'agisse d'une république monarchique instaurée par cette constitution - quel est l'héritage politique et diplomatique du général ?
 

"Il disait qu'une armée peut capituler mais qu'un gouvernement n'a pas le droit de se rendre à l'ennemi"

 

Le De Gaulle de l'ère Macron

"Hors norme". C'est ainsi qu'il faut "objectivement" qualifier la place et le rôle qu'a joué le général de Gaulle dans l'histoire française du XXè siècle, selon François Ernenwein. "Et aussi à cause de ce que la mythologie a construit autour du personnage." Visiblement, dans l'imaginaire français "De Gaulle" marche encore "très fort" ! Ce n'est sans doute pas un hasard si "on retrouve beaucoup d'éléments pris au général de Gaulle" chez Emmanuel Macron.

Et pourtant, lorsqu'il quitte la présidence de la République en 1969 - "un moment douloureux pour lui" rappelle le rédacteur en chef de La Croix - il est un peu comme "un chêne abattu". "Très clairement au moment de mai 68, de Gaulle n'a pas compris les transformations de la société française, il était d'une autre époque, d'une autre vision, cette idée de la grandeur ne correspondait plus à l'état de la France, aux bouleversements de mentalités en France et partout ailleurs dans le monde."

 

Du général...

Qui était de Gaulle ? "Avant qu'il ne devienne de Gaulle il a été un officier supérieur d'une rare intelligence qui, auprès de ses pairs s'est imposé par la clarté de ses idées mais aussi la force de son imagination." De Gaulle était de toute évidence un "esprit supérieur" avec une vraie vision de la guerre et de l'armée. "C'est d'abord un penseur militaire", qui publie dès 1924 "La discorde chez l'ennemi". Un premier livre passé relativement inaperçu mais où le jeune officier livre déjà sa vision de ce que doivent être les rapports entre l'armée et la politique. Selon lui, rappelle Michel Winock, auteur en 2017 de "De Gaulle et le gouvernement de la France" (éd. Belin), "les Allemands ont perdu la guerre de 1914 parce qu'il n'ont pas su respecter la règle à laquelle il sera fidèle toute sa vie : le pouvoir militaire est subordonné au pouvoir politique".

Quand le sous-secrétaire d'État à la guerre du gouvernement de Paul Reynaud traverse la Manche, "il est convaincu", décrit Hélène Carrère d'Encausse, que "le pacte-germano soviétique ne tiendra pas". L'historienne et académicienne qui publie "Le Général De Gaulle et la Russie" (éd. Fayard) décrit "un sens historique très profond".

 

... au gaullisme

C'est du 18 juin 1940 que date le gaullisme. Ou en tout cas le premier gaullisme, celui que Michel Winock qualifie de "gaullisme de guerre". On a en effet retenu le 18 juin 40 comme date fondatrice "de sa grandeur et de sa légende" même si ce discours diffusé sur les ondes de la BBC a été à ce moment-là très peu entendu. Il reste "l'acte fondateur de l'épopée de la France libre".

Il y eut en réalité trois discours : celui du 18, du 19 et du 22 juin. Celui du 19 n'a pas été diffusé mais il donnait un élément important pour comprendre sa vision, comme nous l'apprend François Kersaudy, dont l'ouvrage "Le Monde selon De Gaulle" (éd. Tallandier) paraîtra en mars 2018. "Il disait qu'une armée peut capituler mais qu'un gouvernement n'a pas le droit de se rendre à l'ennemi."

 

Emission d'archive diffusée en janvier 2018

 

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