La révolution sexuelle a-t-elle commencé sous la Révolution?

Présentée par PR-15687

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Les Racines du présent

vendredi 17 juillet à 19h30

Durée émission : 59 min

La révolution sexuelle a-t-elle commencé sous la Révolution?

© Wikimédia commons - Le verrou, par Jean-Honoré Fragonard (v. 1774-1778)

Contraception, divorce, homosexualité... La Révolution française, avec ses lois libérales et la perte d'influence de l'Église, a-t-elle lancé une révolution sexuelle?

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Pratiques sexuelles, mariage, divorce, homosexualité... À quoi ressemblait la vie affective et sexuelle des Français avant et après la Révolution de 1789 ? La Révolution française, avec ses lois libérales et la perte d'influence de l'Église, a-t-elle permis une révolution sexuelle ? Étudier l'histoire sous cet angle permet d'une part de mesurer l'influence de l'Église, mais aussi de comprendre quels enjeux politiques se cachent derrière l'autorisation du divorce ou l'imposition d'un modèle familial. C'est ce que nous montre Jacques-Olivier Boudon, auteur de "Le sexe sous l'Empire" (éd. Vuibert).
 

La sexualité des Français avant 1789, la loi De l'Église

Avant la Révolution, la France est un pays où seule la religion catholique est admise. La loi qui s'impose en matière de reproduction est donc celle de l'Église. "Pour l'Église, explique Jacques-Olivier Boudon, il faut que tout rapport sexuel puisse donner naissance à un enfant." L'Église propose une forme de contraception naturelle, d'une part à travers son calendrier liturgique : l'abstinence est de mise durant les temps de jeûne, comme l'Avent et le Carême. Ce que l'on appelle les "temps clos". Et d'autre part, le clergé encourage les couples à se marier le plus tard possible. Au seuil de la Révolution, les hommes comme les femmes se marient en moyenne vers 27 ou 28 ans.

En ce qui concerne les pratiques sexuelles des fidèles, l'Église se tient informée via le rituel de la confession. "Les manuels des confesseurs montrent que les questions sur la pratique sexuelle des Français sont monnaie courante." Ceux qui avouent avoir pratiqué ce que l'on appelle le crime d'Onan, c'est-à-dire le coït interrompu, ne sont pas autorisé à communier. Quant à l'homosexualité - à l'époque on disait "pédérastie", considérée comme "contre nature", elle est passible du bûcher : la peine de mort par le feu.
 

La révolution et la perte d'influence de l'Église

"La Révolution contribue à faire perdre à l'Église son rôle tutélaire." À partir de 1793, "dans la plupart des paroisses il n'y a plus de prêtre". Si les Français n'abandonnent pas toutes les prescriptions, "ceux qui étaient déjà partiellement détachés", comme dans le bassin parisien, s'en détachent : on constate une baisse de la natalité. Dans les régions les plus chrétiennes, en revanche, comme la Bretagne, le taux de natalité est le plus élevé.

Le 20 septembre 1792 sont adoptées la laïcisation de l'état civil et l'autorisation du divorce. "Les divorces se multiplient, principalement dans les villes." Entre 1792 et 1803, à Paris, le taux de divorces est de 25% du nombre de mariages. Et si, au sujet de l'homosexualité, le code pénal de 1791 ne la considère plus comme un crime, il englobe toutes les pratiques "non conformes à la norme sociale dans le cadre d'une atteinte aux bonnes mœurs". Ce qui va permettre de pourchasser ceux qui pratiquent l'homosexualité.
 

le retour à l'ordre moral sous Napoléon

La période du Consulat et de l'Empire (1799-1815) marque "un retour en arrière", selon l'historien Jacques-Olivier Boudon. Un retour en arrière qui ne se lit "pas tellement dans la législation" (qui devient plus restrictive au sujet du divorce), mais dans un "ordre moral" qui se remet en place. Et qui "va conduire les autorités à être très vigilantes avec tout ce qui apparaît comme une déviance".

À noter également, le retour en force de l'Église, qui s'appuie sur l'État pour favoriser un retour en ordre sur le plan sexuel. Le modèle que Napoléon veut imposer est celui de la famille, composée d'un mari, d'une femme et des enfants. Défendre ce modèle que l'on a appelé de "la sainte famille" n'a pas empêché un grand libertinage à la cour de Napoléon, qui a lui-même eu de ombreuses maîtresses.

 

Émission d'archive diffusée en octobre 2019

 

Invités

  • Jacques-Olivier Boudon, historien, spécialiste de la période napoléonienne, professeur de l'histoire de la Révolution et de l'Empire à la Sorbonne, président de l'Institut Napoléon

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Le lundi à 16h, le jeudi à 21h et le dimanche à 13h

L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?