Les parfums de l'Égypte ancienne à nos jours

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La suite de l'Histoire, l'intégrale

samedi 4 avril à 16h00

Durée émission : 55 min

Les parfums de l'Égypte ancienne à nos jours

© Unsplash - "L'odorat a été considéré dès l'Antiquité par les philosophes grecs comme un sens inférieur"

Le parfum a toujours eu trois fonctions essentielles: religieuse, thérapeutique et séductrice. Annick Le Guérer retrace la fabuleuse histoire du parfum, depuis l’Égypte ancienne.

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"Notre langage ne vaut rien pour décrire le monde des odeurs", écrit Patrick Süskind, l'auteur du célèbre roman "Le Parfum" (1985). Avec l'historienne et anthropologue Annick Le Guérer on peut toutefois essayer de mettre des mots sur ce monde mystérieux des odeurs et des parfums. Un champ thématique vaste et pourtant "très négligé pendant des siècles" aussi bien par les historiens, les anthropologues et les scientifiques.
 

"Les premiers parfums ont été utilisés dans un but sacré : communiquer avec les dieux"

 

L'odorat, un sens jugé inférieur...

"L'odorat a été considéré dès l'Antiquité par les philosophes grecs comme un sens inférieur parce que n'apportant pas de connaissances comme le faisaient les sens dits intellectuels et nobles, la vue et l'ouïe." L'odorat en effet est un sens qui "a très peu de langage". Il est par ailleurs très lié à la sexualité et à l'animalité. De là à en faire un sens "dangereux" il n'y a qu'un pas que nos sociétés occidentales ont allègrement franchi.

L'odorat, Descartes en a fait un sens "grossier" ; Kant après lui a déclaré qu'il était inutile de le développer ; Georg Simmel, philosophe allemand du XIXe siècle, a dit qu'il était un sens "anti social" ; Freud enfin "a dit que l'odorat était un sens qu'il avait fallu que l'on refoule pour que la civilisation se développe". C'est "sur ces idées-là" que l'on a vécu pendant des siècles : ce n'est que dans les années 80 que des chercheurs - dont Annick Le Guérer - ont montré combien l'odorat était en réalité un sens important dans la vie affective et sociale - ne dit-on pas dans le langage courant "Je ne peux pas le sentir" ?
 

"L'odorat est le sens de l'imagination, donnant au nerf un ton plus fort, il doit beaucoup agiter le cerveau, c'est pour cela qu'il ranime un moment le tempérament et l'épuise à la longue ; il a dans l'amour des effets assez connus. L'odorat ne doit donc pas être fort actif dans le premier âge où l'imagination, que peu de passions ont encore animée, n'est guère susceptible d'émotion, et où l'on n'a pas encore assez d'expérience pour prévoir avec un sens ce que nous promet un autre. Je voudrai seulement qu'on n'altérât pas les rapports naturels (entre l'odorat et le goût) pour tromper un enfant en couvrant d'un aromate agréable le déboire d'une médecine."
Jean-Jacques Rousseau, "Émile ou De l'éducation" (1762)

 

... sauf pour les médecins

Il n'y a guère que les médecins pour avoir cru au rôle essentiel de l'odorat dans l'établissement d'un diagnostic. Et pour détecter des maux dans l'odeur des urines ou de l'haleine. Ce à quoi on revient aujourd'hui, avec l'usage de nez artificiels pour détecter un cancer. "Les médecins étaient les seuls à accorder de l'importance aux odeurs."
 

"J’appartiens à un pays que j’ai quitté. À cette heure s’y épanouit au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. À cette heure l’herbe profonde y noie le pied des arbres, d’un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif... Viens, toi qui l’ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose. Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs, qu’un fruit mûrit on ne sait où, là-bas, ici, tout près… un fruit insaisissable qu’on aspire en ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l’automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu’une pomme trop mûre vient de choir, et tu la cherches, et tu la flaires ici, là-bas, tout près...
Et si tu passais, en juin, entre les prairies fauchées, à l’heure où la lune ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais, à leur, parfum, s’ouvrir ton cœur."

Colette, "Les Vrilles de la vigne" (1908)

 

L'Égypte, la terre des premiers parfums

Les premiers parfums ont été utilisés dans un but sacré : communiquer avec les dieux. "L'Égypte a été le berceau de la parfumerie et les premiers parfums ont été faits par les prêtres dans l'enceinte des temples." Ils brûlaient des gommes de résine aromatique, comme l'encens ou la myrrhe : petit à petit, ils y ont ajouté des fleurs de  genêt, du styrax, du raisin sec ou encore du jonc odorant. Dès 1.500 av. J.-C., apparaît le kyphi, un parfum dont on a les traces de la composition. Dès l'Antiquité, les Égyptiens se servaient également du parfum pour guérir des maladies pulmonaires, hépatiques et intestinales.

Des fonctions religieuses et thérapeutiques, mais aussi sociales : le parfum était utilisé pour séduire. Après l'Égypte, la Grèce et la Rome antique, où l'on aimait s'enduire d'huiles parfumées. "À Rome on parfume tout, les Romains sont tellement friands de parfums qu'ils parfument leurs chevaux, leurs chiens, la plante des pieds..." Si bien que les importations massives et coûteuses de produits aromatiques d'Asie ou d'Arabie vont contribuer au déclin de l'Empire romain.
 

"Parfum des fleurs d’avril, senteur des fenaisons, 
Odeur du premier feu dans les chambres humides, 
Arômes épandus dans les vieilles maisons
Et pâmés au velours des tentures rigides.
Souffle des mers chargé de varech et de sel,
Tiède enveloppement de la grange bondée, 
Torpeur claustrale éparse aux pages du missel,
Acre ferment du sol qui fume après l’ondée ;
Odeur des bois à l’aube et des chauds espaliers, 
Enivrante fraîcheur qui coule des lessives, 
Baumes vivifiants aux parfums familiers,
Vapeur du thé qui chante en montant aux solives"

Anna de Noailles, "Les Vivants et les Morts" (1913)

 

Émission d'archive diffusée en décembre 2018

 

Invités

  • Annick Le Guérer, anthropologue, historienne, philosophe, spécialiste de l'odorat, des odeurs et du parfum

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L'émission

Le samedi à 16h

Des grands événements qui ont façonné les civilisations aux personnalités qui ont marqué les consciences, Véronique Alzieu se tourne vers notre histoire. Une émission pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit. Le week-end, elle vous offre l'intégrale du feuilleton proposé du lundi au vendredi. 

Le présentateur

Véronique Alzieu

Journaliste à RCF depuis 1993, Véronique s'est spécialisée au fil des ans dans le domaine de la foi, de la vie spirituelle et de la recherche de sens. Elle a choisi la radio parce que c'est un média de proximité, chaleureux sans être intrusif. Son léger accent trahit ses origines pyrénéennes qu'elle revendique avec joie!