L'esclavage est-il une constante de l'histoire ?

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Les Racines du présent

lundi 5 février à 21h00

Durée émission : 55 min

L'esclavage est-il une constante de l'histoire ?

© Wikimédia commons - Marché aux esclaves de Zanzibar au XIXè siècle

N'en aura-t-on jamais fini avec l'esclavage? Alors que le devoir de mémoire pour les victimes de la traite négrière s'avère difficile, des formes d'esclavage moderne persistent.

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Lundi 22 janvier 2018, une femme a été jugée par tribunal de Nanterre pour "aide au séjour irrégulier", "travail dissimulé" et "soumission d’un mineur à des conditions de travail ou d’hébergement indignes". La quinquagénaire avait soumis une adolescente malienne à des travaux d'aide-ménagère à raison de 18 heures par jour, sans contrat de travail, forcée de dormir à même le sol et de ne sortir qu'accompagnée pour faire les courses. On est bien France, puisqu'on est à Châtenay-Malabry, et on est bien au XXIè siècle. L'esclavage, un dossier toujours d'actualité, qu'il s'agisse de migrants africains en Libye, de travailleurs indiens en Arabie Saoudite ou de personnel domestique au Moyen-Orient et en Asie, et aussi en Europe.
 

"Comme s'il y avait cette tendance de l'être humain à infliger des souffrances à d'autres êtres humains, pour les dominer, pour les surexploiter"

 

L'esclavage moderne

Lors de son voyage en Amérique latine, du 15 au 21 janvier dernier, le pape François a dénoncé l'esclavage du travail forcé quand il était au Pérou. "En fait, il faut savoir que dans la forêt amazonienne, aujourd'hui il y a des travailleurs esclaves, explique Jean-Christophe Ploquin, il y a une exploitation acharnée de la forêt amazonienne qui est menée par des groupes, qui vont recruter très loin de là, dans les régions très pauvres du Brésil, des paysans sans terre." Une fois sur place, ces paysans restent sans contact avec leur famille et ne perçoivent pas de salaire. Depuis une vingtaine d'année, des ONG luttent pour leur libération. On estime que 52.000 personnes libérées au Brésil, rappelle le journaliste.

 



 

Comment peut-on être esclavagiste

En novembre 2017, le monde entier regardait tétanisé des vidéos de CNN montrant la vente aux enchères d'hommes sur les marchés de Libye. La traite négrière, une histoire que l'on croyait révolue, d'autant plus volontiers qu'elle nous terrifie. Avec "Un océan, deux mers, trois continents" (éd. Actes Sud), Wilfried N’Sondé propose un véritable thriller sur fond d'esclavagisme. Lui-même descendant de marchand d'esclave, le romancier tente de comprendre comment on devient esclavagiste.

Il retrace l'odyssée, invraisemblable mais vraie, de Nsaku Ne Vunda, "né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo", ordonné prêtre et devenu ambassadeur du roi des Bakongos auprès du pape. Pour se rendre à Rome, il a traversé l'Atlantique sur un bateau transportant des esclaves comme lui Bakongos, il a été attaqué par des pirates, incarcéré par l'Inquisition pendant 12 mois... "Je l'ai découvert en même temps que j'ai découvert que j'étais moi-même descendant de marchands d'esclaves", raconte Wilfried N’Sondé, fasciné par le personnage. Comment certains Bakongos se sont mis à vendre une partie des leurs à des négriers ? "Il s'agissait de faire du business", raconte Wilfried N’Sondé, qui poursuit : "Comme je l'ai lu quelque part, l'avantage de la marchandise humaine, c'est qu'elle se reproduit bien et qu'elle est très facile à capturer. C'est un business juteux."

 



 

Le devoir de mémoire

Ce qui est perturbant avec l'esclavage c'est sa permanence. D'un côté le traumatisme laissé par des siècles de traite négrière, de l'autre des cas de maltraitance qui persistent. "Comme s'il y avait cette tendance de l'être humain à infliger des souffrances à d'autres êtres humains, pour les dominer, pour les surexploiter", observe le romancier. "En Afrique, comme partout ailleurs, le travail de mémoire se fait, inégalement, précise Olivier Pétré-Grenouilleau, il n'est jamais totalement réalisé mais comme partout ailleurs il est difficile à faire." L'historien cite notamment le travail de Biram Dah Abeid en Mauritanie, prix des droits de l'homme des Nations unies en 2013.

"La première déshumanisation en ce qui concerne la traite c'est de faire des êtres humains une couleur, de les réduire à cela." Un avertissement de Wilfried N’Sondé pour "rendre l'humanité à ces hommes, ces femmes, ces enfants". L'esclavage est plus que jamais le nécessaire sujet d'un devoir de mémoire à faire et un objet constant de vigilance pour chacun aujourd'hui.

 

Invités

  • Wilfried N’Sondé , romancier, musicien

  • Olivier Pétré-Grenouilleau , historien, spécialiste de l'histoire de l'esclavage, professeur des universités à l'Institut d'études politiques de Paris et à l’Université de Bretagne-Sud, membre du Centre Roland-Mousnier

  • Jean-Christophe Ploquin , rédacteur en chef à La Croix

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L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?