Notre XIXe siècle était-il aussi religieux qu'on le dit?

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Les Racines du présent

lundi 29 juin à 6h00

Durée émission : 25 min

Notre XIXe siècle était-il aussi religieux qu'on le dit?

© Wikimédia Commons - Un enterrement à Ornans, par Gustave Courbet (entre 1849 et 1850)

Siècle du rationalisme et du positivisme, le XIXe siècle est aussi celui d'une renaissance du catholicisme, fortement liée au mouvement romantique, et d'une féminisation de l'Église.

Période qui a vu triompher le positivisme et le rationalisme, le XIXe siècle en France a-t-il été aussi religieux qu'on le dit ? Guillaume Cuchet, dont le livre "Une histoire du sentiment religieux au XIXe siècle" (éd. Cerf) est une véritable mine d'informations et de découvertes, montre la grande diversité du "sentiment religieux" entre la Révolution française et la Grande Guerre, gagné entre autres par le spiritisme et le courant romantique.

 

au XIXe siècle, une église de plus en plus féminine

En 1789, on comptait 40.000 religieuses en France, en 1808 il n'y en avait plus que 8.000 et en 1870, on en comptait 128.000. Des chiffres qu'il faut évidemment correler avec la Révolution française et la dissolution des communautés religieuses, puis avec le Concordat et la reconstitution de ces mêmes communautés, "les unes autorisées les autres tolérées". 

La forte augmentation des effectifs dans la seconde moitité du XIXe siècle concerne surtout les femmes. Guillaume Cuchet parle d'une "sorte de libération féminine". "Dans la société du XIXe siècle, il n'y a pas d'autre institution que l'Église catholique, qui offre des carrières de véritable chefs d'entreprise possibles pour les femmes, que les congrégations féminines." Ces femmes, qui "ont inventé les futurs métiers féminins du XXe siècle - institutrices, infirmières, assistantes sociales", sont "des personnages extrêmement familiers de la société française, qui rendent énormément de services" et sont "d'ailleurs très appréciées".

 

la renaissance romantique du catholicisme

Tout au long du XIXe siècle, le sentiment religieux a connu beaucoup d'évolutions, explique l'historien. Si, à l'époque du Concordat, vers 1801, la situation était "très critique", il y a eu progressivement "un travail de reconstruction", variable selon les diocèses. Entre 1830 et 1870, Guillaume Cuchet note "une très belle séquence", avec de très nombreuses vocations. Un renouveau lié notamment au courant romantique, qui "remet la religion à la mode sur le plan culturel".

À la suite de Chateaubriand et de son "Génie du christianisme" (1802) - véritable "coup de force apologétique", "on a tout un courant romantique qui se développe un petit peu comme une sorte de mouvement religieux à l'intérieur de l'incrédulité héritée du XVIIIe siècle, qui redécouverte toute la richesse, la densité anthropolgique, humaine, du catholicisme". L'événément qui marque la renaissance romantique du catholicisme, c'est le retour des prédications de Carême à Notre-Dame de Paris en 1835, confiées au célèbre dominicain Henri Lacordaire (1802-1861) ; c'est "l'événement religieux et mondain" auquel tout le monde se rend. Le XIXe siècle est aussi celui de l'engouement pour le spiritisme, dont l'un des adeptes les plus célèbres n'est autre que Victor Hugo.

 

Émission enregistrée en duplex avec RCF Bordeaux

 

Invités

  • Guillaume Cuchet, historien, spécialiste d'histoire religieuse contemporaine des sociétés occidentales, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil

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L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?