Penser le Brexit à l'heure de "l'affolement du monde"

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Les Racines du présent

mardi 13 août à 19h30

Durée émission : 25 min

Penser le Brexit à l'heure de "l'affolement du monde"

© John Cameron / Unsplash - Manifestants à Londres

Le Brexit est à bien des égards un événement exceptionnel, que Frédéric Mounier envisage dans une perspective historique mais aussi dans un contexte actuel "d'affolement du monde".

C'est la première fois depuis 1957 qu'un État membre de l'UE tente d'en sortir : le Brexit est à bien des égards un événement exceptionnel, que Frédéric Mounier et ses invités envisagent dans une perspective historique mais aussi dans un contexte actuel "d'affolement du monde" - et dans la perspective des élections européennes.
 

Un des grands problèmes aujourd'hui de l'Europe c'est le fait que la construction européenne apparaît à tort ou à raison comme un projet porté uniquement par les élites

 

Quand les européens s'affolent

Ce que les Européens ont constuit c'est 60 ans de paix et de stabilité. "Il faut toujours le rappeler", insiste Thomas Gomart, auteur de "L'affolement du monde" (éd. Tallandier). On considère parfois en effet l'Europe "comme un acquis alors même que c'est le résultat d'un engagement politique extrêmement volontaire et constant". 

Ce que l'historien observe c'est que les Européens sont déstablilisés par "la compréhension que leur environnement extérieur n'évolue pas dans la même direction que la construction européenne". Il écrit : "Les Européens ont voulu voir le monde à leur image, ils sont en train de découvrir leur violence à l'extérieur comme à l'intérieur de leurs frontières."

 

L'Europe : une union fragile, une identité faible

"Hantise de la guerre, hantise du déclin, hantise des crises" : ce sont autant de "stimuli négatifs" qui ont permis à l'Europe de se construire, selon Robert Frank, auteur de "Être ou ne pas être Européen" (éd. Belin). Selon l'historien, si "l'identité européenne existe", elle "est faible", et c'est "parce qu'elle est faible que les deux guerres mondiales ont beaucoup compté dans la constitution d'une union européenne". 

"L'Union européenne demeure un prototype fragile fondé sur des abandons de souveraineté, un principe de solidarité et d'intégration régionale sans équivalent ailleurs dans le monde", comme l'écrit Thomas Gomart. L'histoire de l'Union européenne est donc une succession d'avancées vers "plus d'Europe" et de reculs vers les identités nationales.
 

La bascule de 2005

Quand, en 2005, la France votait non à 54,68% au référendum sur la constitution pour l'Europe, quelque chose "se cristallisait", pour Thomas Gomart. Quelque chose de l'ordre d'une "déconnection entre l'opinion et le projet européen, entre les élites et l'opinion". "Un des grands problèmes aujourd'hui de l'Europe c'est le fait que la construction européenne apparaît à tort ou à raison comme un projet porté uniquement par les élites, par les gagnants de la mondialisation." 
 

29 mai 2005 : quand la France a dit non au projet de constitution européenne

 

Brexit : L'axe franco-britannique en question

Au sein de l'Union européenne, l'axe franco-anglais est "un axe qui dure", notamment en terme de coopération militaire. "Quoi qu'il arrive, Brexit ou pas Brexit, les relations franco-britanniques sur le plan militaire, sur le plan de la sécurité, risquent heureusement de continuer, je ne suis pas sûr qu'ils aient le choix", constate Robert Frank. 

"Du point de vue britannique, décrit Thomas Gomart, il y a une sorte de malaise" : là où l'axe franco-allemand est "l'alliance du vaincu de 1940 avec le vaincu de 1945", les Britanniques n'ont jamais été dans le camp des vaincus, et "leur monarque actuel était là". "Psychologiquement, ça explique beaucoup de l'attitude des Britanniques par rapport au continent européen, en termes stratégiques, en termes militaires, ce sont des vainqueurs et ils nous voient nous comme des vraincus."

 

Émission diffusée en mars 2019

 

Invités

  • Robert Frank, historien, professeur émérite de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne

  • Thomas Gomart, historien, directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), membre des comités de rédaction de Politique étrangère, de la Revue des deux mondes et d’Études

  • Jean-Christophe Ploquin, journaliste, rédacteur en chef à La Croix

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L'émission

Le lundi à 22h, le mercredi à 16h et le dimanche à 18h30

L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?