Quelle histoire pour nos terroirs?

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Les Racines du présent

vendredi 9 août à 19h30

Durée émission : 55 min

Quelle histoire pour nos terroirs?

© Sam Bark / Unsplash - Village de Cordes-sur-Ciel (Tarn), France

Le terroir est-ce la représentation d'un monde idéalisé? Quelle image a-t-on du paysan? Avec deux historiens, Frédéric Mounier questionne le passé et le devenir de nos campagnes.

Alors que la consommation de produits bio semble se généraliser, que l'on se réfère de plus en plus au terroir, synonyme d'authenticité et de qualité, nos campagnes s'urbanisent chaque jour un peu plus et les conditions de travail de nos agriculteurs restent difficiles. Nos terroirs sont-ils l'image d'un passé révolu, idéalisé ?
 

Le paysan, l'image d'un monde perdu ?

Dans son ouvrage "Nos villages - Au cœur de l'histoire des Français" (éd. Taillandier), Jean-Pierre Rioux se rend au cœur de ce qui a fait l'histoire des Français : leurs villages. Sous la plume de l'historien, chaque lieu est l'occasion d'un décryptage de notre histoire. Une balade qui se veut "sans pétainisme ni désespérance". C'est-à-dire sans nostalgie mais avec "une prise de conscience que nous vivons tous : nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés", comme dit la chanson. Il y a bel et bien un monde perdu, mais "un autre est en train de le remplacer", même si "nous ne voyons pas trop ce qu'il est"... 

"Le paysan est trop souvent évoqué sur le ton de la nostalgie, admet Éric Alary, on est en train de nous 'bassiner' en nous disant que le monde d'avant était meilleur, celui de demain sera pire, et quel message envoyons-nous à nos enfants ?" L'image du paysan renvoie à la représentation que nous avons du monde rural : un monde en train de disparaître ? Un monde en souffrance ? Un monde en train de se réinventer ? "Actuellement ce qui domine, c'est plutôt une représentation de l'abandon, c'est le ton de la déploration qui domine."
 

Ville, campagne : histoire d'un clivage

Industrialisation, modernisation, dépaysement : pour Éric Alary les campagnes sont en train de "se réinventer". Et ce depuis la Seconde Guerre mondiale : on est passés des "unités agricoles familiales d'autosubsistance" à une agriculture mécanisée et plus productive. Et pour l'historien, "les femmes sont les agents de la réinvention des campagnes" : l'envie "de participer à la société de consommation", "d'avoir la fameuse cuisine en formica" ou "d'aller travailler pour apporter aussi quelques participations aux revenus du foyer".

Depuis les années 50 et 60, la France a vu se multiplier les exodes ruraux : la désertification des campagnes a accentué le clivage entre "ceux qui restent et ceux qui partent", entre "Paris et la Province", entre "celui qui est dépendant du climat, qui se salit les mains, qui n'a pas de vacances" et celui "qui est sûr d'avoir un salaire, qui ne se salit pas trop les mains, et qui travaille dans un bureau". Des clivages qui n'ont fait que s'accentuer.

 

Émission diffusée en mars 2019

 

Invités

  • Jean-Pierre Rioux, historien, spécialiste de l'histoire contemporaine de la France, notamment de son histoire politique, culturelle et sociale, chroniqueur à La Croix

  • Éric Alary, écrivain, historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, de la vie des Français au quotidien et de l'histoire de la Gendarmerie

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L'émission

Le lundi à 22h, le mercredi à 16h et le dimanche à 18h30

L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?