Qui a vraiment gagné la Première Guerre mondiale ?

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Les Racines du présent

lundi 5 novembre à 21h00

Durée émission : 55 min

Qui a vraiment gagné la Première Guerre mondiale ?

© Wikimédia Commons -

Aurions-nous gagné la guerre sans "ceux de l'arrière", sans les civils ? 100 ans après la victoire du 11 novembre 1918, retour sur le conflit qui a fait entrer l'Europe dans le XXe siècle.

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"L'Europe se suicide la première fois en 14-18, elle se suicidera définitivement en 39-45." Aux yeux de l'évolution problématique de l'Europe aujourd'hui, Frédéric Mounier et ses invités posent un regard sur la véritable boucherie qui a marqué les débuts du XXe siècle.

"Ce qui a rendu le conflit inévitable ce fut la croyance dans son inéluctabilité"

 

COMMÉMORATION DU 11 NOVEMBRE 1918Il y a 100 ans, l'armistice du 11 novembre 1918 marquait la fin d'un conflit de quatre ans, trois mois et 14 jours. La Grande Guerre se solde par un bilan de plus de 38 millions de morts, blessés ou disparus. Pour les historiens la Première Guerre mondiale marque l'entrée de l'Europe dans le XXe siècle.
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Le XXe siècle, enfant de la Grande Guerre

Intitulée sobrement "1914-1918" (éd. Perrin), cette somme magistrale de Jean-Yves Le Naour qui se lit comme un roman, retrace, année après année, le déroulement de la guerre. "Souvent on fait partir le XXe siècle de 1914, explique l'historien, mais en réalité c'est plus 1917... 14, c'est encore une guerre nationale, c'est encore vraiment les petites nations européennes avec leurs petites ambitions nationalistes."

En 1917 avec l'entrée en guerre des États-Unis se révèle la puissance américaine, tandis que la Russie bascule dans la révolution bolchevique. Jean-Yves le Naour parle de la naissance de "deux messianismes" qui s'affronteront jusqu'en 1991, pour donner naissance à "un court XXe siècle idéologique". "L'Europe se suicide la première fois en 14-18, elle se suicidera définitivement en 39-45."
 

Le rôle des civils dans la guerre, les vrais gagnants du conflit ?

Dans son ouvrage nouvellement réédité "La Grande Guerre des civils" (éd. Perrin), Éric Alary formule l'hypothèse selon laquelle la guerre n'aurait jamais pu être gagnée sans les civils, ceux de l'arrière. Quelque 36 millions de personnes qui ont tenu bon entre 1914 et 1919 "sur un front intérieur oublié". "L'arrière est l'espace le plus oublié par l'historiographie, s'étonne Éric Alary, j'ai toujours été surpris par cette absence d'études des civils, comme si la société ne s'était intéressée en priorité qu'aux poilus."
 

Et si les Allemands avaient gagné la bataille de la Marne ?

L'une des premières grandes bataille de la Première Guerre mondiale, c'est la bataille de la Marne, du 5 au 12 septembre 1914. ​Que les Allemands auraient sans doute pu gagner, "c'est vrai que ça s'est joué à un cheveu", admet Jean-Yves Les Naour. De quoi susciter une interrogation vertigineuse : et les Allemands l'avaient effectivement gagnée, cette bataille ? Dans "L'autre siècle - Et si les Allemands avaient gagné la bataille de la Marne ?" (éd. Fayard), Xavier Delacroix fait appel à six historiens - dont Stéphane Audoin-Rouzeau, Pascal Ory ou Pierre Singaravélou - et à cinq romanciers, comme Pierre Lemaitre l'auteur de "Au revoir là-haut (éd. Albin Michel, 2013 - Prix Goncourt) ou Cécile Ladjali, pour imaginer ce qui se serait passé alors.

Entremêlant l'historicité à l'art du roman, l'uchronie est un type de récit dont l'auteur imagine ce qui aurait pu advenir si un événement avéré historiquement ne s'était pas déroulé ou repense le déroulement de ll'histoire en faisant intervenir un fait générateur plausible mais en réalité non advenu, selon la définition du dictionnaire. Pour Xavier Delacroix, c'est à la fois une façon de questionner le "poids commémoriel" auquel on se soumet en France, "ce pays qui entre dans l'avenir un rétroviseur à la main".

C'est aussi une façon de remettre en cause une certaine idée du "déterminisme" : "On a tendance à faire rentrer au chausse-pied des choses que l'on présente désormais comme évidentes et comme advenues et qui en fait si on veut bien regarder, auraient pu ne pas se pas se passer comme ça." D'ailleurs, analysant les causes "subjectives" de la Grande Guerre (par opposition aux causes objectivers comme l'économie), Jean-Yves le Naour écrit : "Ce qui a rendu le conflit inévitable ce fut la croyance dans son inéluctabilité."

 

Invités

  • Xavier Delacroix , journaliste, essayiste, directeur de la maison d'édition Cent Mille Milliards, auteur de la revue Au Fait

  • Jean-Yves Le Naour , historien, spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'histoire du XXe siècle

  • Éric Alary , historien, écrivain, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et de la vie quotidienne des Français au XXe siècle

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Le lundi à 21h, le vendredi à 17h03 et le samedi à 14h

L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?