Hyper-consommation, le mal du siècle

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Le Temps de le dire

mardi 31 mai 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Hyper-consommation, le mal du siècle

© pixabay

Quand la société bascule dans l'hyper-consommation elle fait passer le consommateur avant l'homme qui pense, qui aime, qui prie, qui s'engage. On en parle avec Stéphanie Gallet.

La montée du fondamentalisme religieux, les revendications identitaires... les symptômes d'une même maladie? Philippe Moati fait un lien troublant entre les attentats du 7 janvier 2015, ses causes, et tout ce que l'on observe de l'ordre de la pulsion individualiste. Pour lui, le diagnostic est sans appel: la société occidentale est bel et bien malade de son hyperconsommation. "Peut-être que l'on voit ici les limites d'une société non pas de consommation mais d'hyperconsommation", explique-t-il.

La consommation n'est pas un mal en soi - il convient de le rappeler. Elle est d'ailleurs "un aboutissement de l'activité économique et un des moteurs de la croissance dans une économie capitaliste", souligne l'économiste. Ce que Philippe Moati dénonce dans son dernier ouvrage c'est "l'hyperconsommation". C'est-à-dire ce qui fait passer le consommateur avant l'individu, le citoyen, le penseur, l'homme agissant, l'homme engagé pour la cité. Dans une société d'hyperconsommation, les individus forgent leur identité à travers des modèles diffusés par des techniques marketing. "Des constructions identitaires extrêmement fragiles". Et qui montrent leur faille quand la société va mal.

Changer de téléphone tous les deux ans, de voiture tous les quatre ans, investir dans le nouvel écran plat incurvé, faire les soldes en janvier et en juin... Le shopping et le divertissement s'introduisent dans tous les interstices des emplois du temps. Est-ce le bonheur que l'on cherche? En mai 2013, on a vu circuler sur Internet de nombreuses vidéos montrant ces ruées de clients dans les différents magasins Virgin de France. Hédonisme, présentisme, plaisir immédiat. La société de l'hyperconsommation s'organise selon des "comportements individuels pétris de la figure du consommateur roi, un acteur toujours en train de chercher son intérêt privé".

"Rendre aux hommes une signification spirituelle. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés. On ne peut plus vivre sans poésie, couleur, ni amour, en travaillant pour les seuls biens matériels." HUBERT, AUDITEUR DE RCF A GRENOBLE

 

"Il ne faut pas que la consommation nous fasse rater l'essentiel". C'est un économiste qui le dit. L'essentiel c'est quoi? La poésie, l'art, la culture, mais aussi les amis, la spiritualité... Pour Philippe Moati, qu'importe le domaine pourvu qu'il ait du sens. Et que l'on sache se passionner. Il y aura toujours à portée de main un petit plaisir plus immédiat que celui procuré par la lecture d'un poème, l'écoute d'un silence, la marche en montagne ou le jardinage. Dans notre société d'hyperconsommation et d'abondance de biens, découvrir quelle est notre véritable identité passe par l'apprentissage du refus.

Invités

  • Philippe Moati , économiste, spécialiste de la grande distribution, professeur d'économie à l'université Paris-Diderot, co-fondateur de L'observatoire société et consommation (Obscoco) | Twitter @PhMoati

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.