"Bénie soit Sixtine" de Maylis Adhémar

Présentée par UA-143339

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L'Actualité littéraire

jeudi 22 octobre à 8h52

Durée émission : 3 min

"Bénie soit Sixtine" de Maylis Adhémar

© Christophe Henning

Pour son premier roman, Maylis Adhémar raconte les dérives sectaires liées à la religion catholique.

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C’est un roman inspiré, avec pour décor et référence la religion catholique dans ses dérives. L’histoire se déroule donc dans le milieu des grandes familles, pour lesquelles on s’en remet à Dieu et à la tradition, notamment pour ce qui est des jeunes filles, sages et soumises à leur mari. D’ailleurs Sixtine vient d’épouser Pierre-Louis, et tout se passe comme il le décide : la jeune femme ne travaille pas, a pour mission principale de perpétuer la lignée, attendra donc un enfant, plus par devoir que par amour.

Quant aux hommes, ils sont la force du mouvement intégriste : "Pierre-Louis a le regard courageux de ces soldats de Dieu, virils mystiques au pied desquels la mère de Sixtine déverse tant de prières." Dit comme cela, le roman peut paraître caricatural, ce qu’il n’est pas, décrivant sans animosité l’héritage sclérosant, dépassé, mortifère d’un intégrisme catholique sectaire et sans concession : il faut "Faire son devoir et s’oublier", tel est le message du frère André, fondateur des Frères de la Croix. Et tout le monde s’exécute.

Le roman met en scène une communauté d’inspiration intégriste, en rupture avec Rome

L’auteur s’est nourri de sa propre expérience pour décrire avec précision et justesse cette ambiance, qui peut mettre en danger l’équilibre des personnes elles-mêmes, avec des discours impératifs : "C’est à vous, filles de Dieu, femmes de croisés, d’être le rempart de la pureté", leur enseigne-ton. Camps d’été, écoles et chorales vont formater ces "croisés" des temps modernes, alors que Sixtine se bat seule contre tous pour simplement exister. Elle demande pardon à genoux sans cesse, elle s’inquiète de son manque de foi et de constance dans la prière, alors même qu’elle est broyée par les contraintes édictées par la communauté et aussi par sa belle-mère…

Mais un drame va ouvrir une petite porte de sortie à l’héroïne, qui, tout en se sentant profondément coupable, découvre la liberté d’être, d’agir et d’aimer aussi cet enfant qui lui est donné. "Je me suis échappée d’un monde où j’étais malheureuse", confie Sixtine. Le chemin d’émancipation sera long.

Un livre qui interroge

Ce livre bouscule mais il sonne juste, et je ne pouvais pas ne pas vous en parler. Tout d’abord parce que l’écriture de Maylis Adhémar est fine, précise, chaleureuse. On se prend même à éprouver de l’affection pour certains personnages pourtant peu sympathiques. Et puis, ce livre aborde le sujet délicat, douloureux, de l’intégrisme, de l’emprise, des dérives sectaires dans l’Église et aussi les situations d’abus d’autorité, d’abus spirituel… On a du mal à parler de ces sujets, à en comprendre les mécanismes, et la fiction peut certainement aider à approcher ces questions difficiles.

Enfin, c’est un premier roman, parfaitement maîtrisé, avec des personnages attachants, qu’on pourrait croiser, à qui on souhaiterait de vivre heureux. Comme quoi, la littérature peut être aussi une bénédiction. 

"Bénie soit Sixtine", de Maylis Adhémar, est publié chez Julliard.

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Chaque jeudi, Christophe Henning présente un ouvrage qu'il a sélectionné.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.