"Disparaître" : la vie peut déraper à tout moment

Présentée par PR-21928

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L'Actualité littéraire

jeudi 25 juin à 8h52

Durée émission : 3 min

"Disparaître" : la vie peut déraper à tout moment

On parle littérature aujourd'hui, Christophe Henning nous présente "Disparaître", un roman de Mathieu Menegaux, aux éditions Grasset.

C’est un roman complet, à la fois polar, intrigue amoureuse, peinture sociale, critique du système… L’histoire paraît banale, mais "Disparaître" laisse des traces. Parce que le style est sobre, percutant, sans effet de plume, parce que s’il y a bien une intrigue, l’auteur ne s’amuse pas à des rebondissements faciles, laissant son lecteur découvrir petit à petit l’inéluctable.

De quoi s’agit-il ? Une jeune femme tombe du haut du sixième étage, alors que débute une soirée parisienne sans confinement, et que la foule est amassée à la terrasse des cafés : "Tout se résume en trois temps ; un cri, un bruit, une morte." Chapitre suivant, un cadavre est découvert de bon matin par un jogger sur la plage de Saint-Jean-Cap-Ferrat : accident ou suicide, impossible de l’identifier, mais l’affaire serait vite classée si le capitaine Grondin, nouvellement affecté à Nice, ne s’inquiétait devant cet homme nu, dont les empreintes digitales ont été brûlées. Ça, c’est le côté polar.

Les chapitres suivants nous plongent dans les coulisses d’une grande banque d’affaires, au management impitoyable, qui sélectionne les meilleurs pour mieux les épuiser : "Un bonus de fin d’année plus important que celui des voisins, des titres, des responsabilités, des médailles, tout est bon pour vous faire courir plus vite, plus longtemps, plus loin." On a compris dès le début qu’il y a forcément un lien avec les deux morts, mais… je ne révélerai rien. Ah si : il y a aussi une histoire d’amour, de séduction, de passion qui vient bouleverser l’ordre établi… accrochez-vous !
 
Il va se passer quelque chose dans l’espace de la banque
, et le regard croisé de nos personnages laisse toutes les hypothèses ouvertes. Étienne, le grand patron, la cinquantaine, se souvient des idéaux qui l’animaient alors qu’il est devenu un monstre d’efficacité. Esther, la jeune provinciale douée en tout et bonne élève, va-t-elle résister à cette machine qui broie les salariés jusqu’au burn out ? Mais n’est-ce pas plus largement le portrait de notre société d’efficacité où la loi du marché justifie tout ? Et que reste-t-il pour la vie de famille, pour les jeunes amours ? C’est cette ambiance oppressante que restitue avec force l’écriture de Mathieu Menegaux. En fait, on se rend compte que la vie peut déraper à tout moment, nous faire perdre le contrôle et plonger sans pouvoir résister…
  
En effet, jusqu’à disparaître des écrans radar, ce qui n’est pas facile : comment pourrait-on ne pas laisser de trace  avec les réseaux sociaux, les caméras de surveillance dans les grandes villes, l’utilisation simplement de sa carte bleue ? "Effacer sa vie. Réussir sa sortie. Voilà ce qui lui reste, dit l’un des personnages. Il veut se rayer de la carte, éliminer toute trace de son passage ici-bas." Circulez, y’a rien à voir. Disparaissez ! Et ça, ça fait une sacrée histoire.

 

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Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.