"Je ne suis pas votre nègre": au-delà de la révolte

Présentée par PR-21619

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La chronique Cinéma

mercredi 10 juin à 8h52

Durée émission : 3 min

"Je ne suis pas votre nègre": au-delà de la révolte

© Dan Budnick

C'est la dernière semaine sans cinéma, avant de reprendre le chemin des salles, Valérie de Marnhac nous présente le documentaire "I Am Not Your Negro" de Raoul Peck.

On peut se demander d’ailleurs si les nouvelles habitudes de visionnage prises pendant le confinement vont changer quelque chose à notre rapport au cinéma. Les films de cinéma ont été nombreux à la télévision pendant ce confinement et ils ont, semble-t-il, bien résisté, face aux séries notamment. On a tous été agréablement surpris par leur succès d’audience, et par celui des plateformes VOD comme "LaCinetek" par exemple. Comme si on redécouvrait que le cinéma avait une histoire, et qu’elle avait quelque chose à nous dire aujourd’hui.

C’est un film récent que j'ai choisi, c’est un documentaire de Raoul Peck, qui est sorti en salles en 2017 et qu’Arte rediffuse mardi prochain, en écho à l’actualité du moment. Son titre : "I Am Not Your Negro" ("Je ne suis pas votre nègre"). Ce documentaire revient sur les assassinats de Martin Luther King, de Malcolm X et de Medgar Evers. C’est le point de départ, en 1979, d’un projet de livre de l’écrivain noir-américain James Baldwin qui avait milité avec eux dans les années 1960. Mais il embrasse plus largement toute la question noire contemporaine aux États-Unis.

Le réalisateur Raoul Peck, qui est haïtien, reprend le projet, 40 ans après, et le met en images avec un montage visuel et musical hallucinant, qui embrasse l’ensemble de la question noire contemporaine aux États-Unis, à travers des images d’archives glaçantes, des extraits de films, des interviews, le tout accompagné en voix off par des textes de Baldwin exclusivement.

L’écrivain et le réalisateur démontrent ensemble, avec une sensibilité proche, comment la question noire américaine est structurellement inscrite dans l’histoire du pays. Ils la rapprochent même du massacre des Indiens, sorte de péché originel, en pointant au passage le rôle du cinéma hollywoodien dans la construction de mythes et de fausses représentations. Avec ce télescopage inédit d’images et de paroles, il interpelle nos consciences et il incite à une relecture qui aille au-delà de la révolte. Il dit – je le cite : "L’histoire n’est pas le passé, c’est le présent. On ne peut pas changer tout ce qu’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas."

Pour Baldwin, cette relecture de l’histoire est nécessaire pour enrayer le cycle de la violence. Et il nous invite à dépasser notre émotion pour une vraie espérance. Dans le film, quand un présentateur lui demande pourquoi les Noirs sont toujours pessimistes, il conclut : "Je ne peux pas être pessimiste parce que je suis vivant."

 

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Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour où écouter la chronique Cinéma de Valérie de Marnhac !

Le présentateur

Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran... Elle est également conférencière pour le l’association venez et voyez www.venezetvoyez.fr