Judas, le coupable idéal, d'Anne Soupa

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Le livre du jour

mardi 20 mars à 8h53

Durée émission : 2 min

Judas, le coupable idéal, d'Anne Soupa

A quelques jours de Pâques, Noémie Marijon a lu pour vous le dernier livre d'Anne Soupa, "Judas, le coupable idéal".

Le dernier livre d’Anne Soupa s’intéresse au méchant de la dramatique biblique. A la figure du traître : Judas. Pour elle, Judas, c’est le coupable idéal, c’est-à-dire un leurre, un pare-feu qui nous empêche d’appréhender la profondeur et la ramification du mal. Judas c’est le méchant ultime comparable dans notre mythologie contemporaine à Dark Vador.  Le plus terrible avec Judas c’est qu’il est proche du Christ, et c’est à cause de cette proximité que son acte de traîtrise nous interroge. Ce livre est divisé en quatre parties :  la première explore le coté lumineux de Judas, puis l’épisode dramatique de la trahison, le mobile du crime et enfin la figure de Judas comme bouc émissaire.

Judas est l’un des douze, il a partagé l’existence du Christ pendant tout son ministère public. Son nom Iscariote ne nous donne pas beaucoup d’indice, cela veut juste dire habitant de Judée. Judas c’est monsieur tout-le-monde, donc c’est un peu nous tous. Judas est l’acteur principal de 19 versets chez Matthieu, 15 chez Luc ou 11 chez Marc. Ces trois évangiles racontent le dernier repas, le baiser et l’arrestation, et enfin sa mort par pendaison avant la mort du Christ. Il est décrit comme un personnage traître et cupide mais finalement Judas est le révélateur du destin du Christ. Pour Anne Soupa, la trahison de Judas c’est « un geste qui le dépasse, il est l’instrument d’un salut que Jésus opère en prenant sur lui le mal ». Judas est acteur et victime, il est le lieu de l’indécidable. Malgré son acte « Jésus aime  Judas. Il ne le condamnera pas, il plaindra, il ira avec lui comme avec les autres, jusqu’au bout de l’amour ». Judas c’est aussi la figure du remord tellement lourd qu’il le conduit au suicide. Benoit XVI nous rappelle d’ailleurs en 2006 que « ce n’est pas à nous qu’il revient de juger son geste, en nous substituant à Dieu, infiniment miséricordieux et juste ».

La chrétienté a propagé la légende noire de Judas. Il a été exclu, diabolisé, et il a permis de légitimer la violence et l’exclusion du peuple juif en Occident. Anne Soupa revient sur les dérives théologiques et historiques qui ont conduit à la construction d’un Judas monstrueux qui sera même qualifié « fieffée canaille » par un ermite autrichien du 18 e siècle.

Dans la troisième partie de son ouvrage, l’auteure expose sa vision très contemporaine du personnage de Judas qui se conclue ainsi : « Judas est à la fois le succès et l’échec de Jésus » celui qui n’a pas compris que  « l’amitié de Jésus lui resterait acquise quoi qu’il fasse, pour toujours ».  

Dans ce livre Anne Soupa nous entraine dans une véritable enquête qui nous pousse à relire les textes d’évangiles à redécouvrir les différentes figures de Judas dans son épaisseur et sa complexité. Judas nous pousse à nous  interroger sur l’énigme du mal. Un mal tellement absolu qu’on ne peut le porter qu’ensemble.
 

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Les lundis et mardis à 8h53 et 15h15

Vous aimez lire ? Chaque jour, notre club de lecteurs vous donne une idée de lecture. Découvrez quels sont les derniers ouvrages parus et ayant un rapport avec la foi chrétienne. Chroniqueurs : Nennecy du Chaffaut, Bénédicte Draillard, Christophe Henning, Loïc Joncheray, Corinne Masoëro, Noémie Marijon  

Le présentateur

Noémie Marijon

Noémie Marijon est responsable de bibliothèque et doctorante en histoire médiévale (Université Grenoble Alpes)