"L'officier de fortune", la vie vaut d'être vécue

Présentée par

S'abonner à l'émission

L'Actualité littéraire

jeudi 23 avril à 8h52

Durée émission : 3 min

"L'officier de fortune", la vie vaut d'être vécue

© Image RCF

​Chaque jeudi, on parle littérature et aujourd'hui, Christophe Henning nous présentez le premier roman de Xavier Houssin, "L’officier de fortune", paru chez Grasset.

J’aurais voulu recevoir Xavier Houssin dans mon émission, mais vous le savez, il n’y pas de rendez-vous littéraire Au pied de la lettre pour l’instant pour cause de confinement. Je ne voulais pas passer sous silence ce livre qui tient tout à la fois du récit et du roman. Récit, parce que c’est un peu le portrait du père de l’auteur qu’il n’a connu qu’à l’âge de 18 ans. Roman, parce qu’il a bien fallu reconstituer l’itinéraire chaotique de cet officier engagé dans la Coloniale dès 1927. François a bourlingué, du Maroc au Vietnam qu’on appelait Tonkin à l’époque, de l’Indochine à l’Algérie… Tout au long de ce passé recomposé, c’est l’officier qui parle, à la première personne : "Je suis allé jusqu’au bout, je n’ai pas manqué de courage. Rarement celui de décider, davantage celui d’accepter bravement, de supporter." Au fil des pages, le constat s’impose : l’homme n’a pas choisi cette vie mouvementée, qu’il s’agisse de l’armée ou de sa vie personnelle. A-t-il seulement été heureux ? On peut se le demander…
 
En effet, le père n’a pas vu son fils avant que celui-ci ait 18 ans… Car l’officier s’est marié rapidement, une union catastrophique, avec Yvonne, une femme insupportable, trois enfants, dont la petite dernière qui meurt à l’âge de 2 ans, un pavillon de banlieue et des missions militaires de par le monde. Pas très réjouissant… sauf qu’il y a aussi une histoire d’amour, secrète, qui se tisse durant ces pérégrinations avec Jeanne, qui donnera naissance à un fils, le fils : « Je me sentais tout bouleversé d’émotion. Mais je m’étais repris. Vite. J’avais chassé ce mirage d’une autre vie », confesse le père. Quand son épouse légitime meurt, l’officier à la retraite renoue timidement avec Jeanne et tente d’apprivoiser ce fils qu’il n’a pas connu. A 70 ans, accède-t-il enfin à ce qui peut ressembler au bonheur ? Mais il y a toutes ces guerres intérieures, ces combats perdus. Ce qui est passé ne se rattrape pas, à l’image de cette France coloniale pour lequel il s’est battu et dont il ne reste rien : « Tout ce en quoi j’ai cru, tout ce pourquoi je me suis battu, n’existe plus… », constate le narrateur au soir de sa vie.
 
Une histoire émouvante, une vie bouleversante... En mettant des mots sur l’histoire du père, l’auteur le rend proche, humain, fragile. Au fil des pages, il fait revivre cet officier qui aurait pu rester une figure légendaire et lointaine. Avec tendresse, il perce l’armure, soulève le voile qui protège les secrets de famille. Avec pudeur et  délicatesse, il raconte l’amour de ses parents, dessinant en creux, le portrait de la mère, à qui il a déjà consacré un livre. Et raconte enfin ce fils grandi sans père, a qui il rend sans doute, par ce livre, le plus bel hommage qui soit. Comme des retrouvailles, en dépit du temps perdu. Xavier Houssin est un écrivain trop rare, à l’écriture précise et poétique. Des drames ordinaires, il trace un fil, ténu pour dire que malgré tout, la vie vaut d’être vécue. "L’officier de fortune", de Xavier Houssin, est publié chez Grasset.

 

Ce soir, on vous retrouve avec émission déjà diffusée avant l’épidémie du covid… A 21 heures, émission exceptionnelle avec Anne-Dauphine Julliand que j’avais reçu à l’occasion de la sortie de son premier roman Jules-César, publié aux Arènes. 
 

Les dernières émissions

L'émission

Le jeudi à 8h52 et 15h15

Chaque jeudi, Christophe Henning présente un ouvrage qu'il a sélectionné.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.