"Les caves du Potala" de Dai Sijie

Présentée par PR-24555

S'abonner à l'émission

L'Actualité littéraire

jeudi 5 novembre à 8h52

Durée émission : 3 min

"Les caves du Potala" de Dai Sijie

© Christophe Henning

"Les caves du Potala" raconte l'histoire du peintre du dalaï-lama parti à la recherche du successeur de celui-ci magré les tortures infligées par Pékin.

00:00

00:00

C’est un très beau texte, sensible, érudit, qui nous raconte le Tibet et ses malheurs au travers la figure du peintre officiel du 13e dalaï-lama. En 1968, l’artiste est enfermé dans les prisons du Potala, cet immense palais de Lhassa investi par les gardes rouges de la Révolution chinoise. Bstan Pa garde en mémoire l’incroyable richesse culturelle et spirituelle de la vie au Tibet, avant l’arrivée de l’envahisseur. Il a fallu un long apprentissage pour que le peintre puisse maîtriser les codes d’un art considéré comme "un acte de foi".

Une tradition si importante que Bstan Pa est bientôt l’un des proches du dalaï-lama vieillissant : "Au cours de ses longs mois, le jeune homme avait peu à peu gagné la confiance et l’estime – pour ne pas dire l’amitié – du Grand Treizième, dont il avait fini par intégrer le cercle des intimes". Au point d’assister aux derniers jours du chef de Lhassa : "L’hiver 1932 fut particulièrement funeste à la santé du treizième dalaï-lama, seulement âgé de 57 ans. Bstan Pa s’inquiétait car il lui suffisait de poser le regard de peintre sur le souverain tibétain pour avoir l’impression de voir un vieillard à la santé fragile, rongé par un mal incurable". L’histoire du Tibet ne va pas tarder à basculer. 

Toute une succession qui s'organise

Il faut trouver le dalaï-lama réincarné : ce sera le 14e, celui que nous connaissons encore, et, dans le roman, le peintre du Potala participe à la recherche de l’enfant qui prendra la succession. Un long périple à travers montagnes et vallées, jusqu’à l’enfant à qui sont présentés divers objets : "Il avait sans peine reconnu, au milieu des copies, ceux qui avaient appartenu au Grand Treizième : le petit tambour qu’il utilisait pour appeler ses serviteurs, son bol personnel, son stylo et sa canne"On connaît la suite : le jeune dalaï-lama est reconnu, enseigné à Lhassa, avant d’être contraint à fuir en exil, en 1959, ce que pressentait son prédécesseur : "Il prophétisait que son pays allait bientôt tomber sous le joug des conquérants qui banniraient la religion, pilleraient les monastères, confisqueraient les biens et tenteraient de détruire l’âme du Tibet"

Le roman décrit alors les tortures infligées au vieux peintre par les sbires de Pékin : "Tu veux jouer les vieux martyrs ? Rien de plus facile. Je vais te faire subir toutes sortes de supplices", prévient le meneur, surnommé Le Loup. Mais que peuvent ces jeunes arrogants sur un homme de sagesse et de foi, alors que les tibétains, écrit le romancier, ignorent la tragédie de la mort : "Elle ne marque que le bref passage d’une forme de vie à une autre, non une disparition définitive dans les abîmes d’un mystère insondable".

Un roman qui mêle histoire et fiction, dédié à la peinture et aussi à la sagesse du bouddhisme tibétain

L’auteur remarqué de Balzac et la petite tailleuse chinoise – c’était en 2000 - , avait raconté en 2018 l’aventure du premier pasteur chinois dans L’Evangile selon Young Sheng. Il y a chez Dai Sijie une dimension spirituelle qui s’incarne dans l’adversité. Vivre sa foi profonde, ses convictions, être et rester libre, c’est, d’une certaine manière, réaliser une œuvre d’art : "Aussi doué soit-on, on ne doit jamais relâcher sa concentration, qui seule donne de la vigueur aux traits et de relief aux couleurs". Une belle leçon.

Les dernières émissions

L'émission

Le jeudi à 8h52

Chaque jeudi, Christophe Henning présente un ouvrage qu'il a sélectionné.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.