"Les petits de Décembre" de Kaouther Adimi : révolution pour un terrain vague

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L'Actualité littéraire

jeudi 21 novembre 2019 à 8h52

Durée émission : 3 min

L'Actualité littéraire

L'enfance en lutte pour défendre un terrain vague aménagé en terrain de foot : un esprit de liberté souffle en Algérie

Au quatre coins du monde, il suffit d’un ballon et d’un terrain vague pour qu’un quartier s’anime. C’est ce qui se passe dans la banlieue d’Alger, plus précisément dans la cité du 11 Décembre, un nom qui rappelle les manifestations de décembre 1960 pour l’indépendance de l’Algérie. Bien sûr, le terrain est parfois boueux, les buts sont approximatifs, mais on s’amuse et le temps passe vite pour les gamins qui se rêvent déjà professionnels. Tout va pour le mieux jusqu’à ce jour de 2016 quand, encore par un matin pluvieux, déboule sur la place une limousine noire.

Deux généraux en sortent, munis de plans, projetant la construction de leur vaste villa sur ce terrain qui, aux dires de documents officiels, leur appartient. Surprise : loin de déguerpir, les enfants chassent les militaires. Youcef en pleurs se justifie : « Ca fait des années qu’on joue au foot là-bas, eux, ils ont tout le pays, ils ne peuvent pas nous laisser ce bout de terrain ? » Pas évident de bouleverser l’ordre établi…
 

Face aux généraux, le match est perdu d’avance…

 
Pas si sûr… Si les plus anciens du quartier sont fatalistes – « c’est comme ça, on n’y peut rien » -, les gamins, eux, ne voient pas pourquoi il faudrait battre en retraite. Et l’affaire prend de l’ampleur, parce que – magie du portable – voici que répondant à l’appel de Jamyl, Mahdi et Inès, les jeunes sont de plus en plus nombreux sur le terrain, leur terrain, qui attise les convoitises. « Ne cède pas aux adultes, ne cède jamais aux peurs des grands », confie une sage grand-mère.

Et les anciens rient sous cape : les enfants tiennent tête, ils font souffler un vent de liberté sur ce terrain qui appartient à tous. Même si on sait de quel côté se trouve la force : « Il n’y eut pas de blessés. Mais quarante enfants avaient humilié deux généraux et ça ne pouvait que mal se terminer. » Mais le match n’est pas fini…
 

Révolution autour d’un terrain vague : le roman porte aussi l’espoir de tout un peuple…

 
Oui, on se souvient des manifestations pacifiques du printemps dernier. L’avenir de l’Algérie est en train de se dessiner, la difficile campagne électorale pour la présidentielle bat son plein… Que va-t-il en sortir ? C’est aux analystes politiques de le dire.

Dans le livre de Kaouther Adimi, un personnage, Adila, fait mémoire des déchirures qu’a connu l’Algérie : « On avait réussi à nous convaincre qu’il n’y avait que deux camps possibles : les islamistes et les militaires ». Et on imagine la chape de peur et de silence qui a pu paralyser ce pays pendant tant d’années. Il faut en sortir. Mais ce roman n’est pas seulement un plaidoyer pour la justice : il raconte aussi la vie, avec tendresse, humour parfois, et une douce complicité avec ses enfants qui se battent pour pouvoir simplement jouer au ballon chez eux.

Les petits de Décembre, c’est une fable, peut-être une parabole : « Ils ont mis notre génération hors-jeu en quelques jours, dit un ancien du quartier. Nous vivons dans la peur, pas eux. » C’est l’avenir qui se joue.
 
Les petits de Décembre, de Kaouther Adimi, éditions du Seuil. Ce soir, à 21 heures, on vous retrouve pour votre émission Au pied de la lettre avec…
 
Avec Astrid Eliard pour La dernière fois que j’ai vu Adèle au Mercure de France, et Constance Rivière pour Une fille sans histoire, chez Stock.

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Chaque jeudi, Christophe Henning présente un ouvrage qu'il a sélectionné.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.