"Miroir de nos peines", troisième volet de Pierre Lemaitre

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L'Actualité littéraire

jeudi 16 janvier à 8h52

Durée émission : 3 min

"Miroir de nos peines", troisième volet de Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre poursuit son enquête de romancier historique dans la France de la Drôle de guerre

Miroir de nos peines, c’est le troisième volet de la trilogie qui a commencé – souvenez-vous - avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, roman porté à l’écran par Albert Dupontel, avec succès – deux millions d’entrées.

En trois tomes, Pierre Lemaitre voulait dépeindre l’entre-deux guerres : la reconstruction après la Grande Guerre, la crise financière de 1929 dans Couleurs de l’incendie publié en 2018, et aujourd’hui, la drôle de guerre, 1940, avant que l’armée allemande n’envahisse l’Hexagone.

On y retrouve quelques-uns des personnages vieillis des précédents livres mais il n’est pas la peine de les avoir lus pour suivre Louise, Gabriel ou Raoul, M. Jules ou Madame Thirion. Une histoire racontée à la manière des feuilletonistes, non pas avec de grandes événements et de hauts dignitaires, mais en suivant les héros ordinaires, qui vivent avec trois francs six sous dans un Paris de carte postale, qui se préparent à la guerre en poireautant sur la ligne Maginot : « C’était des hommes mal équipés, mal armés, dirigés par des officiers mal préparés en quête d’ordres d’un état-major étonnement absent ». Bah… Tout s’explique !

 
Un roman historique plein de rebondissements…

 
La débâcle et l’exode de 1940 créent déjà les conditions de ces rebondissements, les personnages sont déroutés de leur quotidien, ne savent plus que faire, où aller… Sans compter que Pierre Lemaître leur réserve quelques surprises. La première scène du livre est époustouflante, quand Louise, l’héroïne, a rendez-vous avec le docteur Thirion, je n’en dit pas plus. Les comportements les plus étranges peuvent pourtant se révéler être des cris d’amour, la fuite devant l’ennemi un acte de bravoure…

C’est la force du romancier, dont les personnages restent souvent inclassables, pas vraiment héroïques, pas non plus poltrons, dans une débandade nationale qui engorge les routes et les sentiers. Capables du pire comme du meilleur, ils nous déroutent parfois. La défaite est au bout du chemin, mais on continue d’y croire, on est prêt à croire n’importe qui, n’importe quoi : « cette fiction n’étonnait personne parce que tout le monde avait envie d’y croire. »
 

Une leçon d’histoire à travers de petites histoires…

 
Oui, et en même temps, Pierre Lemaître raconte 1940 avec un humour froid pour pousser ses personnages à se révéler face à l’adversité : finalement, qu’est-ce qui est important ? Qui sommes-nous ? C’est aussi une quête de son passé, de ses origines, même en pleine pagaille, pour imaginer un avenir : « Bientôt un événement survint, puis un autre et, avant d’avoir compris ce qui lui arrivait, il fut projeté dans le grand tourbillon de son époque, sa vie allait changer pour n’être plus jamais la même. » Les rendez-vous de l’histoire ont parfois des retentissements individuels insoupçonnés.
 

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Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.