Quand l'anglais s'inspire du français...et réciproquement

Présentée par UA-140423

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lundi 5 octobre à 17h03

Durée émission : 57 min

Quand l'anglais s'inspire du français...et réciproquement

Le français "colonisé" par l'anglais ? Et si c'était l'inverse ? Retour sur les rapports entre les deux langues au fil des siècles avec le linguiste Jean Pruvost.

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Professeur émérite de lexicologie et d’histoire de la langue française, il est l’auteur de plus de 4 000 chroniques de langue, de plusieurs dictionnaires et de nombreux ouvrages autour des mots : Jean Pruvost,  l'homme qui a toujours son mot à dire, a la passion pour la langue française, dont il défend l’élégance et la vigueur.
Officier des arts et des lettres, il vient d'éditer La story de la langue française, ce que le français doit à l'anglais et vice versa  (éd.Taillandier), où l'on redecouvre les rapports familiaux entre l'anglais et le français. 

Possesseur de 10 000 volumes de dictionnaires chez lui, né à Saint-Denis la même année que Bruce Springsteen et les frères Bogdanov, il s’est initié jeune à la sténographie (écrire des sons avec des signes), à la dactylographie et à l’espéranto. "Mon père était militant de l’espéranto. Je ne suis pas militant mais convaincu que cela fonctionne comme un latin simplifié. Cela m’a permis qu’une langue, c’est aussi une morphologie", raconte-t-il. Il fera ensuite des études de lettres modernes et mène ensuite une carrière de maitre formateur, universitaire, chercheur, auteur et éditeur.

De nombreux points communs

Son dernier ouvrage trouve un peu ses racines dans son enfance, alors que sur les genoux de sa grand-mère, à Boulogne-sur-Mer, il voyait arriver les Anglais de " la malle de Douvres". "J’entendais ces mots ferryboat, pudding… Quand vous découvrez que malle était un mot néerlandais qui voulait dire un sac qui passe en français, qui devient une sorte de coffre, qu’on met sur un bateau pour y mettre les lettres, qui passe en Angleterre qui devient mail d’ailleurs, vous découvrez que la malle de Douvres va aussi être la malle des Indes, la malle des Indes… Il y a tant de convergence. C’est un plaisir de démêler tout cela, on se sent un peu plus en harmonie avec sa langue et celle des autres", explique-t-il.
Le français et l’anglais viennent d’une même souche indo-européenne, avec des sonorités communes. Une subdivision va ensuite s’opérer avec une souche romane ( le français, l’italien, l’espagnol, le portugais…) et une souche germanique ( l’anglais, l’allemand, le suédois, le norvégien…).

Depuis l'invasion de l'Angleterre par Guillaume Le Conquérant, il y a beaucoup de mots français qui sont intégrés au vocabulaire anglais mais certains ne correspondent plus au sens premier, comme par exemple actually, qui veut dire en réalité et non pas actuellement ou encore cry qui veut dire pleurer et non pas créer. Des sens qui existaient au Moyen-Age. "Cela fait de l'anglais une sorte de frigidaire, de lieu de mémoire pour notre langue y compris pour l'accent", explique Jean Pruvost, à propos de ces faux-amis.

Le charmant mot budget

Beaucoup de mots se sont promenés d'une langue à l'autre, comme tennis ( du mot tenez, qu'on disait au jeu de paume). Bacon et toast, par exemple, viennent aussi du français. Au siècle des Lumières, les philosophes comme Voltaire ou Montesquieu vont être séduits par l'anglais pour des raisons politiques, puisque l'Angleterre a opté pour une monarchie constitutionnelle, une nouveauté pour l'époque. Des mots vont alors apparaître et rentrer dans le langage français comme jury, club, vote ou encore meeting, ou encore budget. " Il est charmant parce qu'en fait c'est un mot gaulois. Il a donné en ancien français "bougette", un petit sac dans lequel on mettait diverses choses dont de l'argent. C'est passé en Angleterre et c'est devenu budget, avec une prononciation similaire à la nôtre. Il y avait une tradition qui consistait à dire lorsqu'on se réunissait pour parler des finances :" we are going to open the budget" ( ouvrir le sac). Cela a plu aux Français qui ont récupéré ce mot, qui s'est installé sous la révolution. Aujourd'hui, on est tous à faire des budgets compliqués, et on parle gaulois, français, anglais et de nouveau français !", explique ainsi Jean Pruvost. 
 

La boite à questions pour Jean Pruvost

- Pour vivre heureux, vivons : "en partage. J'ai toujours la sensation que dès que j'apprends quelque-chose, il faut le partager. C'est pour cela que j'aime la radio et les dictionnaires". 
-  Vos prochaines vacances : "pour les vacances, c'est mon épouse qui choisit et je suis avec plaisir". 
- Le super pouvoir que vous aimeriez bien avoir : "une mémoire bien plus solide que la mienne". 

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L'émission

Du lundi au vendredi à 17h03

Et si on prenait une heure pour se faire du bien à l’heure de pointe ? C’est ce que vous propose RCF dans cette toute nouvelle émission. Des invités de marque vous partagent à la fois leurs projets et ce qui les inspire pour vivre au jour le jour. Des chroniqueurs vous donnent des conseils mieux vivre, famille et culture. Une heure de bonne humeur, de bonnes idées, de musique et d’un peu de douceur pour vous accompagner dans le tempo effréné du quotidien.

Le présentateur

Vincent Belotti

Ado, Vincent écoutait dans son lit les voix de la nuit, espérant un jour passer de l’autre côté du transistor. Après avoir couvert l’actualité pour RCF Haute-Savoie puis RCF Lyon, il a animé A votre service puis Ca va mieux en le disant. Avec C’est aussi de l’info une nouvelle aventure commence. Mais il n’abandonne pas sa collection d’appareils de TSF des années 30 à 50.