Sa majesté "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson

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L'Actualité littéraire

jeudi 7 novembre à 8h52

Durée émission : 3 min

Sa majesté "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson

Aujourd'hui on parle de "La Panthère des neiges" de Sylvain Tesson : le prix Renaudot

Avant toute chose, bravo à  Jean-Paul Dubois qui a reçu quant à lui le Goncourt 2019. Je vous ai déjà parlé de son roman en septembre, et le titre de son livre convient bien à ma chronique aujourd’hui : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon », nous dit-il, et en effet, Sylvain Tesson a sa manière à lui d’habiter le monde, de le conquérir bien souvent.

On ne présente plus ce globe-trotter des extrêmes, ce fou-furieux des expéditions étranges et des défis casse-gueule. Depuis la chute d’un toit qui aurait pu être beaucoup plus grave, Sylvain Tesson poursuit ses acrobaties mais avec un peu plus de gravité, que ce soit au bord du lac Baïkal ou sur les chemins noirs et vicinaux de la France profonde. Avec La panthère des neiges, c’est sur les contreforts des montagnes tibétaines qu’il nous entraîne. Le jeu, l’enjeu, vous l’avez deviné, c’est de se planquer par moins 25, moins 30 degrés Celsius, afin de voir la fameuse panthère des neiges.
 
Entraîné par le photographe animalier Vincent Munier, habitué des sommets, Sylvain Tesson nous parle à peine des conditions d’expédition à plus de 4000 mètres d’altitude, non : ce qui tient de l’exploit, pour lui, c’est rester à l’affût : « Moi qui aimais courir les routes et les estrades, accepterais-je de passer des heures immobile et silencieux ? » se demande-t-il. Mais voilà : observer la panthère des neiges, souveraine et distante, ça se mérite. Et d’ailleurs, notre baroudeur écrivain apprend à regarder, conscient qu’il est souvent passé à côté des choses : « On pouvait s’échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant », remarque-t-il dans son immobilité de rigueur. Dans la montagne on trouve des yaks, des loups, des tétraogalles – vous voyez ? – mais toujours pas de panthère… Jusqu’au jour où, enfin, sortant des neiges, là voici, majestueuse…

 
Sylvain Tesson voit donc une panthère des neiges… grand moment d’émotion !

 
Un éblouissement tel qu’il inspire l’écrivain, et je ne résiste pas à vous lire sa description : « Son pelage, marqueterie d’or et de bronze, appartenait au jour, à la nuit, au ciel et à la terre. Elle avait pris les crêtes, les névés, les ombres de la gorge et le cristal du ciel, l’automne des versants et la neige éternelle, les épines des pentes et les buissons d’armoise, le secret des orages et des nuées d’argent, l’or des steppes et le linceul des glaces, l’agonie des mouflons et le sang des chamois. Elle vivait sous la toison du monde. »

Un morceau de bravoure, poétique, émerveillé, digne d’une dictée de Pivot. Une invitation aussi, à garder les yeux ouverts sur le monde : qui sait, vous verrez peut-être surgir une panthère des neiges ou un tétraogalle…
 
La panthère des neiges, de Sylvain Tesson, paru chez Gallimard, et ce soir, qui sont vos invités au pied de la lettre ?
 
On parlera littérature et musique ce soir avec Eric Faye pour La télégraphiste de Chopin au Seuil et Alexis Ragougneau pour Opus 77 chez Viviane Hamy.

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Chaque jeudi, Christophe Henning présente un ouvrage qu'il a sélectionné.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.