Une vérité qui dérange sur les frères Van Gogh

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L'entretien de la semaine

samedi 19 mai à 13h15

Durée émission : 12 min

Une vérité qui dérange sur les frères Van Gogh

© Wikimédia Commons - Auto-portrait, Vincent Van Gogh (1887)

Vincent Van Gogh n'était pas aussi pauvre qu'on l'a dit. Wouter van der Veen révèle "une vérité qui dérange" sur les frères Van Gogh: leur obsession de la réussite, y compris financière.

Les grands artistes et leur vie de bohême... Pourquoi aimons-nous tant cultiver cette image d'un génie créateur inspiré par une vie de dépouillement ? En ce qui concerne Van Gogh, il va falloir se débarrasser de cette image, toute séduisante soit-elle. Déjà parce que Vincent Van Gogh n'était pas aussi pauvre qu'on l'a dit et qu'au musée Van Gogh d'Amsterdam, "cela fait une quinzaine d'années" qu'on le souligne. Dans son livre "Le Capital de Van Gogh" (éd. Actes Sud), Wouter van der Veen révèle "une vérité qui dérange" sur les frères Vang Gogh, leur obsession de la réussite.

"Il n'a pas souffert de ne pas être reconnu, car il ne voulait pas vendre ses tableaux... Il sentait que le marché n'était pas prêt"

 

L'Influence calviniste

L'enfance calviniste de l'artiste a inscrit en lui l'idée d'un devoir moral de réussite - y compris financière. Vincent Van Gogh appartient à une famille de pasteurs très influents au Pays Bas. Dans leur conception, il y a l'idée, que l'on retrouve chez les puritains américains, non pas qu'il faut s'enrichir pour l'amour de l'argent, mais qu'il faut "créer de la prospérité, et de rendre à la communauté ce qu'elle nous a donné", explique Wouter van der Veen.

Dans la correspondance de l'artiste, avec son frère notamment (les quelque 900 lettres que l'on a conservées ont été éditées chez Actes Sud en 2009), on lit une véritable obsession pour l'argent. Obsession dont on a cru qu'elle relevait d'un manque criant d'argent. En réalité, Théo et Vincent Van Gogh défendaient une cause, ils voulaient mettre une place une société d'artistes qui assurerait un climat favorable aux créateurs. À l'abri de la crise économique qui frappe les Pays-Bas entre 1882 et 1897.

 



 

Deux stratèges

Mais ce sont aussi de véritables stratèges. Et même encore aujourd'hui les marchands d'art usent des mêmes mécanismes que celui des frères Van Gogh. À savoir "mettre en avant des œuvres qui ne sont pas innovantes, mais qui suscitent le désir et qui font monter la cote." Pour Wouter van der Veen, c'est tout simplement une stratégie "géniale" et le directeur scientifique de l'Institut Van Gogh se dit même "assez étonné de voir qu'on ne l'a jamais pointé du doigt à ce moment-là". 

À eux deux, les frères Vang Gogh se complétaient à merveille. L'un artiste, "instransigeant, difficile, compliqué", l'autre "diplomate hors pair" et "très appliqué". Théo van Gogh, le marchand d'art avait acquis avant otu le monde des toiles de Gauguin, Cézanne ou Toulouse-Lautrec, qui à l'époque n'étaient pas cotés. "Vincent et Théo ne voyaient pas la même chose", ils étaient comme "une créature bicéphale".

 



 

La postérité

Aujourd'hui l'œuvre de Van Gogh est estimé à 6 à 8 milliards d'euros. De son vivant, l'artiste n'a vendu qu'une toile - mais "à contre-cœur" - sur l'ensemble des 400 tableaux peints à partir de 1888 et jusqu'à sa mort en 1890. "Il n'a pas souffert de ne pas être reconnu, car il ne voulait pas vendre ses tableaux... Il sentait que le marché n'était pas prêt."

Si le génie de Vincent Vang Gogh a été connu et reconnu 15 ans après sa mort, c'est à l'épouse de Théo, Johanna Bonger, qu'on le doit. Elle qui s'est révélée après la mort des deux frères "une marchande d'art hors pair, d'une intelligence incroyable, d'une force de volonté admirable". C'est elle qui "a su placer les œuvres aux bons endroits, aux bons moments, susciter des débats et des publications". 

 

Invités

  • Wouter Van der Veen , spécialiste de Van Gogh, secrétaire général et directeur scientifique de l'Institut Van Gogh

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Du lundi au vendredi à 06h30, 20h45 et 02h00

Chaque semaine, Thierry Lyonnet donne la parole à un acteur de l'actualité culturelle. Ecrivains, metteurs en scènes, peintres, etc, parlent de leur travail et de leurs oeuvres. 

Le présentateur

Thierry Lyonnet

Rédacteur en chef du Service « Foi et Culture », Thierry met son insatiable curiosité au service de RCF depuis 1990. Spiritualité, art, voyages, solidarité et surtout rencontres, qu’il aime partager avec les auditeurs. Depuis l’enfance, il est fasciné par la richesse de la différence…et cette fascination ne cesse de croître!