Dans l’ambiance musicale des films de Georges Lautner, dialogués par Michel Audiard

Présentée par UA-122355

La Symphonie du cinéma

vendredi 28 août à 11h00

Durée émission : 25 min

Dans l’ambiance musicale des films de Georges Lautner, dialogués par Michel Audiard

© Gaumont. "Les Tontons flingueurs, première collaboration entre Georges Lautner et Michel Audiard en 1963.

Né il y a cent ans, Michel Audiard avait l’art de la réplique et la science de la phrase qui fait mouche. Un art consommé qui s’est exprimé à merveille pendant plus de vingt ans chez Georges Lautner à travers des films comme Les Tontons flingueurs, Le Pacha, Flic ou voyou ou encore Le Guignolo.

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La Symphonie du cinéma est consacrée, cette semaine, à un duo redoutable qui aura collaboré sur pas moins de quatorze films entre 1963 et 1985.
Des films où le héros a souvent le coup de poing facile et le verbe fleuri, le tout, accompagné de partitions musicales devenues culte pour beaucoup.  Et pour débuter cette émission dans l’ambiance des films de Georges Lautner, dialogués par Michel Audiard, démarrons là où tout a commencé avec une adaptation du roman Grisbi or not grisbi, d'Albert Simonin, troisième volet d'une trilogie démarrée avec Touchez pas au grisbi, suivi par Le cave se rebiffe, portés à l’écran respectivement par Jacques Becker en 1954 et par Gilles Grangier en 1961…

« LES TONTONS FLINGUEURS » : DES DéBUTS FRACASSANTS

Il y a cent ans, le 15 mai 1920, naissait, à Paris, Michel Audiard, l’un des plus fameux scénaristes et dialoguistes que le cinéma français de l’après-guerre ait connu.
 “Pour un jeune metteur en scène, ce n’est pas un cadeau, c’est un rêve miraculeux. Avec les dialogues d’Audiard, je me devais de mettre les acteurs en avant”, aimait à répéter Georges Lautner. A sa sortie, le 27 novembre 1963, le public découvre Les Tontons flingueurs, une parodie de films de gangsters, avec ses dialogues percutants et son autodérision, qui allait devenir légendaire.
Habillé par la célèbre musique de Michel Magne, le film marque la première collaboration entre Georges Lautner, alors jeune réalisateur, et Michel Audiard, de presque six ans son aîné, déjà célèbre chez André Hunnebelle, Gilles Grangier ou Henri Verneuil. Mais Les Tontons flingueurs restera un coup de maître dans la carrière des deux hommes dont on mesure à chaque rediffusion à la télévision la puissance comique et la performance des acteurs: Lino Ventura, Francis Blanche et Bernard Blier pour n’en citer que quelques-uns. Trois têtes d’affiche que l’on retrouvait l’année suivante dans Les Barbouzes où on reprenait les mêmes. Lautner à la caméra, Audiard dans le texte et Michel Magne à la partition…

« LES BARBOUZES » : ON PREND LES MêMES ET ON RECOMMENCE

Le générique des Barbouzes que l’on doit à Michel Magne et une autre petite madeleine de Proust, tournée un an seulement après Les Tontons flingueurs auquel il est fait allusion, d’ailleurs, à plusieurs reprises. Georges Lautner offre là son premier grand rôle à Mireille Darc, avec qui il tournera de nombreuses fois par la suite, mais on y reviendra tout à l’heure. Le film met en vedette, surtout, Lino Ventura qui, deux ans plus tard, en 1966, sera encore la tête de gondole dans Ne nous fâchons pas, baigné par la bande son très pop de Bernard Gérard.

« NE NOUS FâCHONS PAS » : LINO VENTURA, ROI DE LA CASTAGNE

La chanson du générique de fin de Ne nous fâchons pas, chantée par Graeme Allwright sur une musique de Bernard Gérard, dont c’est d’ailleurs l’une des premières créations pour le cinéma, lui qui fut, pour la petite histoire, l’assistant de Michel Magne. La chanson fait référence au tournage à l'Akou-Akou-Club, situé sur la commune de Valbonne sur la Côte-d’Azur et s’inspire fortement du titre Gloria de Van Morrison et des Them, publié cette même année 1964.
Si la critique se montre dure reprochant au tandem Lautner-Audard de se répéter et un certain ostracisme anti-anglais déplacé, le public, en revanche, se presse dans les salles et savoure l’humour du film, très rythmé et le sens du montage indéniable de Georges Lautner.
Archétype du Français gouailleur et cocardier, aimant refaire le monde accoudé à un comptoir en zinc, Michel Audiard aura donné ses lettres de noblesse à la comédie française des années 60 et 70 à travers un style populaire et franchouillard puisant dans des répliques en argot, semblant bien lointaines de la langue d’aujourd’hui, mais aussi  usant de métaphores dont lui-seul, l’amateur de vélo, nostalgique du Paris de sa jeunesse, semblait avoir le secret.    

« LA GRANDE SAUTERELLE » : MIREILLE DARC, L’ACTRICE LAUTNERIENNE PAR EXCELLENCE

On doit le générique de La Grande Sauterelle à Bernard Gérard. On est en 1967 lorsque Mireille Darc interprète Salène, jeune femme libre et décomplexée dans cette comédie policière qui donnera son surnom à l’actrice par la suite. Georges Lautner qui a été séduit trois ans auparavant par son style et son tempérament lui façonne peu à peu des rôles de femmes fatales naïves mais remplies d’humour. Il fera tourner l’actrice encore à sept reprises jusqu’au milieu des années 70.

« LE PACHA » : GABIN ET LA MUSIQUE DE GAINSBOURG

Serge Gainsbourg  signe en 1968 Requiem pour un con, pour Le Pacha, unique collaboration entre Georges Lautner et Jean Gabin qui, en 1964, alors fâché avec Michel Audiard, son grand ami pourtant et en désaccord avec Georges Lautner sur le choix des techniciens, avait refusé de tourner dans Les Tontons flingueurs.  Je reviens à la chanson du film car elle sera, en effet, interdite de diffusion à la radio en raison de ses propos crus avant de connaître une seconde carrière en 1991 à la mort de Serge Gainsbourg.
Faisons un saut dans le temps à présent jusqu’en 1977 où le style Lautner a changé. Il abandonne la veine parodique, l’amitié virile à l’ancienne et l’insouciance des années 60 au profit de films d’action ou plus sombres, aussi, à l’image de Mort d’un pourri, un excellent polar de 1977 avec Alain Delon et le saxophone de Stan Getz…

« MORT D’UN POURRI » : STAN GETZ ET PHILIPPE SARDE à LA PARTITION

Le très beau thème jazzy de Mort d’un pourri, exemple typique du polar politique de qualité comme on en faisait dans les années 70, chez Henri Verneuil notamment, et pour lequel Georges Lautner filme un Alain Delon aux abois qu’il avait déjà dirigé trois ans auparavant dans Les Seins de glace. Les dialogues de Michel Audiard, forcément plus sobres, de part la personnalité de l’acteur vont en revanche retrouver de la verve et un certain panache à la fin de la décennie et au début des années 80 avec trois grands succès et la période dite Belmondo.
 

« FLIC OU VOYOU » : LAUTNER CHEZ LUI à NICE ET LES PUNCHLINES DE BéBEL

Dans Flic ou voyou, Jean-Paul Belmondo profite de la reconstitution d’une scène de crime dans une carière sur les hauteurs de Nice pour s’échapper par une tyrolienne. Philippe Sarde signe le thème du film. Alors en pleine période jazz, le compositeur s’adjoint, après Stan Getz, les services de Chet Baker et de sa trompette. Le film sera un très grand succès de l’année 1979 et augure d’un autre quelques mois plus tard avec pour cadre cette fois-ci Venise et ses canaux.

« LE GUIGNOLO » : UNE FARCE à LA SAUCE VéNITIENNE DEVENUE CULTE

Guignolo vaudeville, un des titres qui compose la BO du Guignolo où Jean-Paul Belmondo, sautillant en diable et suspendu à un hélicopère au-dessus de la Sérénissime, est au sommet de sa forme. Vous avez sans doute perçu toute la malice de Philippe Sarde dans ce thème largement emprunté au Brésilien de La Vie parisienne, d’Offenbach qui cadre idéalement avec l’ambiance très théâtrale du film en tout cas.

 
La Minute Judy Garland
Cette semaine dans La Minute Judy Garland… restons dans les années 60, une décennie incroyablement créative et en 1967 plus précisément, année de sortie d’un film peu connu, La Blonde de Pékin, réalisation franco-allemande de Nicolas Gessner où l’on retrouve Mireille Darc dans le rôle d’une fausse espionne, traquée par des agents des services secrets. François de Roubaix en compose la musique et la chanson du générique de fin, écrite par Gilles Thibault, dans un style jazz Nouvelle Orleans à contre emploi. François de Roubaix recherche une tessiture proche de la voix de France Gall et la confiera à une autre chanteuse yé-yé, Annie Philippe, alors considérée comme sa rivale.

Quelques conseils pour prolonger cette émission…
Et tout d’abord l’excellent livre de Philippe Durant Le Dictionnaire insolite des Tontons flingueurs, paru en fin 2019 aux éditions Nouveau Monde. Un ouvrage de référence pour les fans du film mais pas seulement, truffé d’anecdotes insolites, répertoriées dans un abécédaire. Autre conseil lecture, deux autres livres consacrées à Michel Audiard sortent en ce mois de mai, tout d’abord : Sous la casquette de Michel Audiard : Les secrets de ses grandes répliques, chez Dunod et puis Audiard, le livre petit mais costaud, chez Hugo Image, tout deux de Philippe Lombard. Enfin, je vous recommande, outre les films cités, disponibles en DVD, le CD des Bandes originales des films de Georges Lautner, paru l’année dernière chez Emarcy Universal, dans l’excellente collection Ecoutez le cinéma !, que l’on doit à Stéphane Lerouge.
Et on se quitte avec La Cage aux folles 3 en 1985 et la chanson Now it’s up to me, interprétée par Tilda Rejwan sur une musique d’Ennio Morricone à la partition du film, le dernier dialogué par Michel Audiard, qui décédera quatre mois avant la sortie. Georges Lautner perdait son dialoguiste fétiche et tirait à son tour sa révérence,  le 22 novembre 2013 à l’âge de 87 ans.

 
Play list des titres diffusés :
Extrait Les Tontons flingueurs
Tontons swing BO Les Tontons flingueurs, Michel Magne
Barbouzes en folie, BO Les Barbouzes, Michel Magne
Akou, BO Ne nous fâchons pas, Graeme Allwrigt et Bernard Gérard
Générique La Grande Sauterelle, Bernard Gérard
Extrait Le Pacha, Requiem pour un con, Serge Gainsbourg
Tout est tranquille, BO Mort d’un pourri, Philippe Sarde, Stan Getz
Extrait Flic ou voyou, musique : Philippe Sarde
Guignolo Vaudeville, BO Le Guignolo, Philippe Sarde
Extrait archives INA, 25 mars 1980, Michel Audiard interviewé par Eve Ruggieri.
La Blonde de Pékin, BO La Blonde de Pékin, Annie Philippe, musique : François de Roubaix
Now it’s up to me, BO La Cage aux folles 3, Tilda Rejwan, musique : Ennio Morricone

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L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr