Hommage à Kirk Douglas, dernière légende de Hollywood

Présentée par UA-111025

La Symphonie du cinéma

vendredi 14 août à 11h00

Durée émission : 25 min

Hommage à Kirk Douglas, dernière légende de Hollywood

© Wikipedia.org

Sa présence charismatique fascinait les plus grands qui l’ont tous fait tourner. Homme d’une grande générosité et d’une grande humanité, tel était Kirk Douglas qui n’avait pas oublié ses origines modestes. Si son prénom de scène lui avait été suggéré par un camarade de classe, son nom faisait lui référence à Douglas Fairbanks, premier roi d’Hollywood et star du muet des années 20.
Comme un signe du destin.

Hommage, cette semaine, au dernier géant de l’âge d’or d’Hollywood qui s’est éteint dans sa 104e année, le 5 février. Héros courageux, justicier, cow-boy viril au cinéma, ce fils d’un chiffonnier juif ayant fui la Russie comme il l’avait écrit dans son autobiographie du même nom, aura tout connu, tout vu du mythe hollywoodien. En 60 ans d’une carrière longue comme un hiver nordique, il aura tourné avec les plus grands : Kubrick, Mankiewicz, John Huston, Vincente Minnelli, Howard Hawks, Otto Preminger ou encore Elia Kazan. Celui qui était né Issur Danielovitch Demsky, un 9 décembre 1916 à Amsterdam, une petite ville de l’État de New York, allait connaître un destin hors du commun sous le nom de Kirk Douglas.

Le compositeur d’origine hongroise Miklos Rozsa habille The Strange Love of Martha Ivers, connu sous son titre français par L’Emprise du crime. Kirk Douglas y obtient son premier rôle d’importance en 1946. Pour la petite histoire, c’est Lauren Bacall qui en intervenant auprès du producteur Hal Wallis, va convaincre indirectement Lewis Milestone de lui confier le rôle d’un procureur promis à un brillant avenir politique et mari, dans le film, de Barbara Stanwyck.
En 1949, Joseph  Mankiewicz le dirige dans Chaînes conjugales, puis Michael Curtiz l’année suivante dans La Femme aux chimères où il joue un trompettiste de jazz, écartelé entre Lauren Bacall et Doris Day. Vient alors Une Corde pour te pendre de Raoul Walsh, puis La Captive aux yeux clairs, d’Howard Hawks, L’Homme qui n’a pas d’étoile, de King Vidor un peu plus tard et Règlements de comptes à OK Corral, de John Sturges, autant westerns culte des années 50, décennie dorée pour le genre auquel Kirk Douglas contribua grandement à asseoir la popularité.    

David Buttolph, Dimitri Tiomkin, Hans Salter et Herman Stein puis à nouveau Dimitri Tiomkin, secondé au chant par Frankie Laine, autant de compositeurs de musiques de westerns qui ont signé dans l’ordre : Une Corde pour te pendre, La Captive aux yeux clairs, L’Homme qui n’a pas d’étoile et Règlements de comptes à OK Corral.
Entre 1951 et Une Corde pour te pendre et L’Homme de la rivière d’argent en 1982, Kirk Douglas aura tourné au total dans quinze westerns, aussi cette filmographie dans sa filmographie tient une place à part et a toujours séduit l’acteur malicieux qu’il était. « Ce que j’aime bien dans les westerns, c’est qui si on a un problème, on peut le régler sur le champ. On s’explique d’homme à homme. Dans la vie de tous les jours, ce n’est pas tout à fait pareil. Si j’ai un conflit avec vous, alors, je vais faire appel à un avocat. Et forcément, ça va prendre plus de temps. »
En 1954, dans Vingt Mille Lieues sous les mers, Kirk Douglas manie le harpon et le ukulélé à bord du Nautilus, commandé par un certain capitaine Nemo… Il s’agit là, alors, de la première grosse production des studios Disney,  réalisée en prises de vue réelles.

Al Hoffman pour la musique et Norman Gimbel pour les paroles de A Whale of a tale devenue Une Histoire de baleine, dans la version française du film de Richard Fleischer, adapté du roman de Jules Verne, 20 000 Lieues sous les mers. Une célèbre chanson interprétée, ici, par Roger Rudel qui double l’acteur au sommet de sa forme.
En 1956, alors que Kirk Douglas fête sa première décennie à Hollywood, c’est Vincente Minnelli qui le débauche et lui propose d’incarner le personnage de Vincent Van Gogh. Kirk Douglas ne le sait pas encore mais ce sera l’un des rôles majeurs de sa carrière.

“J’ai failli me perdre”, raconte l’acteur dans ses mémoires, Le Fils du chiffonnier, précisant avoir même vécu “une expérience effrayante proche de la folie”. La Vie passionnée de Vincent Van Gogh vaudra à Kirk Douglas un Golden Globes et une nomination aux Oscars qui lui échapera au profit de Yul Brynner pour Le Roi et moi.  Comme pour L’Emprise du crime, la musique symphonique très wagnérienne est composée par Miklos Rosza.
Aux côtés de Kirk Douglas, citons cet autre monument, Anthony Quinn, qui interprète un Paul Gauguin tout aussi confondant, qui obtiendra, en revanche, l’Oscar du meilleur second rôle.
Ambiance radicalement différente pour l’extrait suivant mais on reste en France avec Les Sentiers de la gloire, autre chef d’oeuvre dans la filmographie de Kirk Douglas. Les Sentiers de la gloire et son vibrant message antimilitariste sur la folie et l’orgueil des hommes à travers la résistance d’un officier, le colonel Dax, incarné par Kirk Douglas, qui va défier sa hiérarchie afin de sauver la vie de soldats promis au peloton d’éxécution.

La musique lourde et pesante qui sied parfaitement à l’ambiance des Sentiers de la gloire, de Stanley Kubrick, un des meilleurs films de toute l’histoire du cinéma sur la Première Guerre mondiale dont j’avais déjà parlé le 16 janvier à l’occasion de la spéciale Symphonie du cinéma consacrée à 14-18. Et le titre que nous venons d’entendre s’appelle Patrol et est interprété par le City of Prague Philharmonic Orchestra. Un morceau, comme l’ensemble de la bande originale, que l’on doit au compositeur américain, toujours en vie et âgé de 92 ans, Gerald Fried.
Kirk Douglas va délaisser les tranchées pour la mer du Nord et les drakars, en 1958, pour le film Les Vikings, autre grand film de la décennie 50…  

On doit le générique de fin des Vikings au grand compositeur italien Mario Nascimbene, grand spécialiste des fresques historiques, qui signe en 1958 la musique du film de Richard Fleischer. Un Richard Fleischer qui à cette occasion retrouvait Kirk Douglas 4 ans après Vingt Mille Lieues sous les mers. Les Vikings sera un grand succès  mondial en raison du tandem antagoniste que forme alors Kirk Douglas et Tony Curtis qui allaient se retrouver en 1960, à la demande du premier, pour la fresque de l’esclave Spartacus, et là encore, Stanley Kubrick est à la manoeuvre...

Le célèbre Love Theme présent sur la bande originale de Spartacus est signé Alex North. Un thème qui a donné, est-il bon de le rappeler, lieu à de multiples reprises, certaines devenues des standards comme celles de Bill Evans, de Carlos Santana ou encore d’Ahmad Jamal. Décrété en 2017 par la Bibliothèque du Congrès américain comme film majeur de par son importance culturelle, historique et esthétique », Spartacus, avec ses treize millions de dollars fut à l’époque le second film le plus cher après Ben-Hur.
Enfin, sachez encore que Kirk Douglas, qui en était le producteur, porta son choix d’en confier la réalisation à Stanley Kubrick après plusieurs refus ou échecs et avoir pensé dans un premier temps à Dalton Trumbo, puis à David Lean, à Laurence Olivier et enfin à Anthony Mann.

Impossible d’évoquer tous les films marquants de Kirk Douglas sans évoquer, sans citer au moins deux d’entre eux : Les Héros de Télémark, d’Anthony Mann, on en parlait juste avant, un film de 1965, et Paris brûle-t-il ? dont vous avez sans doute reconnu le thème de Maurice Jarre, chanté également par Mireille Mathieu. Paris brûle-t-il, la superproduction mondiale, réalisée par René Clément en 1966 à la distribution impressionnante et tout comme Les Héros de Télémark, un film de guerre. Dans le premier, Kirk Douglas est à la tête d’un commando ayant pour mission de désamorcer la bombe atomique dans les montagnes enneigées de Norvège, tandis que dans le second, il joue le rôle du général Patton.
 Quant au troisième et dernier extrait, il s’agit en revanche d’un film beaucoup moins connu et beaucoup plus dispensable, sorti en 1979 et intitulé Cactus Jack qui vaut surtout pour l’anecdote comme étant l’avant-dernier western, tourné par Kirk Douglas, où l’on retrouve un certain Arnold Scharzenegger, alors débutant.

Pas de Minute Judy Garland exceptionnellement cette semaine

Quelques conseils pour prolonger…
Le Fils du chiffonnier, réédité en livre de poche en 2013, une autobiographie fascinante sur le destin et la carrière hors du commun de Kirk Douglas, fourmillant d’anecdotes sur sa vie, sa famille et le métier d’acteur. Un autre livre, beaucoup plus récent que l’on doit à Georges Di Lallo, chez Riveneuve, est sorti lui cet automne. Sobrement intitulé Kirk Douglas, ce très bel ouvrage contient notamment plus de 300 photos.
Enfin pour accompagner ces deux lectures, je ne saurais que trop vous conseiller de voir ou revoir les films de Kirk Douglas dont de nombreux sont disponibles en DVD ou Blue ray.   
Et on se quitte, on ne pouvait finir sans l’évoquer, avec l’amitié qui unissait Kirk Douglas à Burt Lancaster, rencontré en 1948 sur le tournage de L’Homme aux abois, de Byron Haskin.
Une amitié immortalisée sur pellicule dans Règlements de compte à OK Corral en 1957, tandis que les deux hommes se retrouvaient une dernière fois en 1986 dans Coup double, de Jeff Kanew, une comédie policière mettant en scène deux ex-taulards, tentés par un dernier gros coup. La BO du film contient They don't make them like they used, une chanson interprétée par Kenny Rogers.   

 

Play list des titres diffusés :
Prélude et fugitives, BO L’Emprise du crime, Miklos Rosza
Une Corde pour te pendre, David Buttolph
La Captive aux yeux clairs, Dimitri Tiomkin
L’Homme qui n’a pas d’étoile, Hans J. Salter et Herman Stein
Règlements de comptes à OK Corral, Dimitri Tiomkin et Frankie Laine
Une Histoire de baleine, BO Vingt Mille Lieues sous les mers, Kirk Douglas, musique : Al Hoffman, paroles : Norman Gimbel
Prelude lust for life, BO La Vie passionnée de Vincent Van Gogh, Miklos Rosza 
The Patrol, BO Les Sentiers de la gloire, par le City of Prague Philharmonic Orchestra, Gerald Fried
Funeral End titles, BO Les Vikings, Mario Nascimbene
Love theme, BO Spartacus, Alex North
End Titles, BO Les Héros de Télémark, Malcolm Arnold
Main theme, Paris brûle-t-il ? Maurice Jarre
Cactus Jack, musique Bill Justis, interprétation de Mel Tillis
The Man from snow river, main theme, Bruce Rowland
They don't make them like they used to, Kenny Rogers, BO Coup double (Though guys)

Les dernières émissions

L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr