Hommage : les grandes BO de la carrière de Michel Piccoli

Présentée par UA-124299

La Symphonie du cinéma

jeudi 4 juin à 16h30

Durée émission : 25 min

Hommage : les grandes BO de la carrière de Michel Piccoli

© Wiki Commons. Michel Piccoli en 2000 au festival de Cannes.

Buñuel, Sautet, Ferreri mais aussi Rivette, Godard, Nanni Moretti et bien d’autres encore l’auront dirigé. Michel Piccoli, disparu le 12 mai dernier, était en quelque sorte le dernier lien entre le cinéma d’hier et celui d’aujourd’hui.

Cette semaine, La Symphonie du cinéma rend hommage à Michel Piccoli, disparu le 12 mai dernier à l’âge de 94 ans, à travers quelques-unes des musiques de ses films.
Réputé boulimique de travail, curieux, instinctif et colérique, il aura joué dans près de deux cents longs métrages et tourné avec les plus grands réalisateurs de son époque  à l’image de Claude Sautet, bien sûr, qui lui aura offert quelques-uns de ses plus grands rôles, souvent accompagnés d’une bande originale devenue tout aussi célèbre…

 

CLAUDE SAUTET, LA MUSIQUE DE PHILIPPE SARDE ET L'AMITIÉ

La musique de Philippe Sarde pour Vincent, François, Paul… et les autres pour débuter cette émission consacrée à Michel Piccoli. Quatre ans après Les Choses de la vie et trois après Max et les ferrailleurs, Claude Sautet tournait en 1974 un autre grand film : sur l’amitié cette fois-ci entre une bande de copains d’enfance soudainement confrontés à la réalité de leur existence après le problème de santé de l’un d’eux, en l’occurrence Yves Montand.
D’abord comédien de théâtre, notamment au sein de la troupe de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Le Point du jour, de Louis Daquin, en 1949, constitue son premier rôle au cinéma.  Il fait également durant la même période, plusieurs téléfilms qui lui amèneront une certaine notoriété tout en tournant avec des réalisateurs majeurs de l’époque comme Jean Delannoy, Jean Renoir, René Clair ou Luis Buñuel qui le dirige en 1956 dans La Mort en ce jardin. Comme Sautet, Buñuel lui offrira, à travers six films, quelques grands rôles, notamment en 1967 dans Belle de jour où il partage l’affiche avec  Catherine Deneuve qu’il retrouvera par la suite à neuf reprises.
 

"BELLE DE JOUR", DE LUIS BUñUEL AVEC CATHERINE DENEUVE

La partition délicate de Michel Magne, compositeur majeur du cinéma français dans les années 60  pour Belle de jour, un portrait implacable des contraintes de la bourgeoisie et aussi une réflexion sur le bien et le mal. Le film fit grand bruit à sa sortie tant pour son thème, la prostitution occasionnelle, que pour certaines scènes.  Les années 60 marquent en tout cas l’éclosion de la notoriété de Michel Piccoli qui se révèle véritablement en 1962 dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville, où il joue un receleur que tente de doubler un tout jeune Jean-Paul Belmondo. La partition musicale, quant à elle, est signée Paul Mistraki. On l’écoute…
 

1962: "LE DOULOS", LE DÉBUT D'UNE VRAIE NOTORIÉTÉ

Le générique du Doulos que l’on doit à Paul Misraki, l’occasion d’évoquer brièvement cet immense compositeur du cinéma français à qui l’on doit, aussi, quelques fameux airs de la chanson française dès les années 30, notamment pour Edith Piaf, Yves Montand, Jean Sablon sans oublier Ray Ventura et ses collégiens. Disparu en 1998, il aura signé quelque 180 partitions pour le cinéma dont quelques grands thèmes comme celui du Doulos et avant cela chez Vadim en 1956 pour Et Dieu créa la femme, sa partition la plus connue indissociable de Brigitte Bardot.    
Restons avec BB, justement, que malmène Michel Piccoli en 1963 devant la caméra de Jean-Luc Godard dans Le Mépris, grand film de la Nouvelle Vague et adaptation du roman du même nom d’Alberto Moravia.
 

"LE MÉPRIS": GODARD, BARDOT ET LA MUSIQUE DE DELERUE

Le célèbre thème, dit de Camille, sinon le plus célèbre de Georges Delerue pour Le Mépris, un film qui, presque soixante ans plus tard, continue de fair parler les critiques de cinéma louant ce grand moment de l’histoire du 7e art où initialement les deux rôles principaux avaient été proposés à Frank Sinatra et Kim Novak. A la suite du désistement de Sinatra, Carlo Ponti, alors producteur du film pour l’Italie, avait proposé à la place Marcello Mastroianni et Sophia Loren, son épouse. Godard et Georges de Beauregard, producteur, lui, du film pour la France ne l’entendent pas de cette oreille et retiennent finalement Michel Piccoli et Brigitte Bardot. On connaît la suite…
 

"LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT": PARENTHÈSE ENCHANTÉE CHEZ DEMY

On ne pouvait raisonnablement rendre un hommage musical à Michel Piccoli sans évoquer Les Demoiselles de Rochefort, à travers cet extrait chanté par la doublure vocale de Michel Piccoli, Georges Blaness, dans la scène du magasin d’instruments où se rend Françoise Dorléac.
En 1967, Jacques Demy éblouit l’écran avec ses couleurs chatoyantes et une comédie musicale qui allait faire date. Il fera appel une deuxième fois à l’acteur en 1982 dans Une Chambre en ville où Michel Piccoli tiendra, à nouveau, le rôle d’un commerçant, vendeur de télévisions cette fois-ci, dans une boutique du passage Pommeray à Nantes.
Abordons à présent un autre incontournable qui est la collaboration avec Marco Ferreri, réalisateur avec lequel il tournera pas moins de sept films à partir de 1968 et Dillinger est mort, jusqu’en 1988. Des films plutôt mineurs, il faut l’avouer, sauf un, La Grande Bouffe, qui fait scandale à sa sortie en 1973 pour ses scènes de bacchanales mais qui allait devenir, par la suite, un film culte et une satire de la société de consommation et de la décadence de la bourgeoisie en cela très proche de l’univers de Buñuel.
 

"LA GRANDE BOUFFE": UNE CRITIQUE ACERBE DE LA BOURGEOISIE ET DE LA SOCIÉTÉ

La musique de Philippe Sarde qui compose notamment pour La Grande Bouffe cette rumba quelque peu décalée avec la tragédie qui se trame dans la grande maison que louent Michel Piccoli, Philippe Noiret, Marcello Mastroianni et Ugo Tognazzi, quatre amis, fatigués de leurs vies ennuyeuses et de leurs désirs inassouvis, bien décidés à manger jusqu'à ce que mort s’en suive. Le film, je le disais en préambule, se veut une critique féroce de la société de consommation, de l'aliénation qu'elle procure en aboutissant à des abus et des excès de toutes sortes, jusqu'à l'autodestruction.
Revenons à un peu plus de légèreté avec l’extrait suivant que je vous propose d’écouter, un morceau de Franz Schubert intitulé le Moment musical N°3 opus 94, que l’on peut entendre dans le film de Michel Deville, Péril en la demeure, un film de 1984 avec Christophe Malavoy et Nicole Garcia.
 

"PÉRIL EN LA DEMEURE": SUR UN AIR DE SCHUBERT...

Le Moment musical N°3 opus 94, joué ici par Philippe Cassard. Venons-en à présent au dernier grand rôle et quel rôle, celui du pape, qu’a endossé en 2011 Michel Piccoli pour Nanni Moretti. Dans Habemus papam, il joue un cardinal en plein désarroi, effrayé par la charge trop lourde qu’on veut lui confier. Le film qui se veut plus largement une parabole de notre temps sur l'homme qui recule devant un monde qu'il ne sait plus gouverner vaut à Michel Piccoli le David Di Donatello, l’équivalent des César en Italie.  Outre, le Dies irae du Miserere d’Arvo Pärt et Todo cambia, de Mercedes Sosa, la bande originale du film est signée de Franco Piersanti, premier compositeur auquel fit appel Nanni Moretti à ses débuts en 1976 pour Je suis un autarcique.
 

"HABEMUS PAPAM": SON DERNIER GRAND RÔLE CHEZ NANNI MORETTI

 

La Minute Judy Garland

Cette semaine dans La Minute Judy Garland… arrêtons-nous sur Barbara Carlotti. Chanteuse cinéphile, on se souvient de son titre Cannes en 2005, la voici désormais réalisatrice comme en atteste 14 ans, un autre de ses titres qui est aussi le nom d’un court métrage musical de 24 minutes, sorti l’année dernière. Située en Corse, l’histoire suit durant l’été 1988 Vanina qui vit pleinement son adolescence avec sa cousine et sa grande sœur. Les jeunes filles, interprétées par Théoline Lanckriet, Jeanne Patronik et Marilou Lopes Benites sortent, entre autres, en cachette pour aller danser. Le film est programmé du 9 au 16 juin par le 9e Champs-Elysées film festival, consacré au cinéma indépendant français et américain qui se tiendra en ligne cette année. Et sachez qu’il est 100% gratuit…

 

Quelques conseils…

Deux conseils de lecture si vous souhaitez prolonger cette émission. Et tout d’abord Piccoli derrière l’écran, d’Anne-Sophie Mercier qui vient tout juste de paraître aux éditions Allary. Une passionnante biographie sur l’homme, son engagement politique et ses amitiés. Autre livre, paru lui en 2015 chez Grasset, J’ai vécu dans mes rêves. Une passionnante conversation de Michel Piccoli avec l’ancien président du festival de Cannes, Gilles Jacob, où l’acteur évoque son enfance, l’apprentissage du théâtre, ses souvenirs de cinéma et ses plus grands films, mais aussi ses réflexions sur le métier d’acteur.
Et on se quitte, comme on avait débuté avec Claude Sautet et l’un des plus grands rôles de Michel Piccoli, lui qui aimait à rappeler qu’il n’était pas qu’un acteur de films dramatiques même si il excèlle en 1970 dans Les Choses de la vie, baigné par le sourire lumineux de Romy Schneider et la musique mélancolique de Philippe Sarde.

 

Play list des titres diffusés

Thème de la BO Vincent, François, Paul… et les autres, Philippe Sarde

Thème de la BO Belle de jour, Michel Magne

Générique, BO Le Doulos, Paul Misraki

Le thème de Camille, BO Le Mépris, Georges Delerue

Chanson de Simon Dame, BO Les Demoiselles de Rochefort, Michel Legrand 

Extrait La Grande Bouffe, Philippe Sarde

Moment musical N°3 opus 94, BO Péril en la demeure, Franz Schubert, Philippe Cassard 

Bande annonce Habemus papam, musique de Franco Piersanti

14 ans, BO 14 ans, Barbara Carlotti,  Théoline Lanckriet, Jeanne Patronik, Marilou Lopes Benites

La Chanson d’Hélène, BO Les Choses de la vie, Romy Schneider & Michel Piccoli, musique Philippe Sarde

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L'émission

Tous les lundis à 11h00 Tous les mardis à 11h00 Tous les mercredis à 11h00 Tous les jeudis à 11h00 Tous les vendredis à 11h00

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr