Jean-Pierre Marielle ou l'art de la fugue

Présentée par

La Symphonie du cinéma

jeudi 10 octobre à 16h30

Durée émission : 25 min

Jean-Pierre Marielle ou l'art de la fugue

© Wikimedia.org

Marquis breton complotiste chez Tavernier, professeur de musique chez Corneau ou père de famille fébrile chez Berri, Jean-Pierre Marielle savait tout jouer et pratiquait aussi bien l’humour que la gravité.

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Sa verve très gauloise et son sens de la séduction faisaient mouche, sans parler de sa voix caverneuse à souhait, inimitable, comme de sa capacité à jouer, aussi bien dans les comédies franchouillardes, que dans des films d’auteurs, au ton plus grave. Les musiques des films avec Jean-Pierre Marielle, qui disparaissait le 24 avril dernier à l’âge de 87 ans, sont cette semaine notre fil rouge dans La Symphonie du cinéma.

Dans Calmos ! de Bertrand Blier, un film de 1976, jugé réactionnaire, anti-féministe, et accueilli à sa sortie par de violentes critiques, Jean-Pierre Marielle campe un hédoniste, comme souvent au cinéma, mais aussi un personnage gouailleur et cynique. . La musique de Georges Delerue l’habille avantageusement en tout cas. Second prix de comédie classique au conservatoire en 1954 où il se lie d’une solide amitié avec Jean Rochefort, Jean-Paul Belmondo et Claude Rich, il lui faudra attendre le début des années 60 pour commencer à percer au cinéma et un film va notamment y contribuer en 1964.   

Jean-Pierre Marielle donne la réplique à Louis de Funès, dans Faites sauter la banque !, de Jean Girault. Le thème musical du film est quant à lui de Paul Mauriat, compositeur et orchestrateur de talent qui travailla, notamment, dans les années 60, pour la variété et Charles Aznavour en particulier. Si Faites sauter la banque ! est un des premiers rôles marquants de Jean-Pierre Marielle, Week-end à Zuydcoote en est un autre.

Dans Week-end à Zuydecoote, film d’Henri Verneuil, un jeune sergent français, joué par Jean-Paul Belmondo et ses amis soldats, incarnés notamment par Jean-Pierre Marielle, sont pris au piège lors de la bataille de Dunkerque et tentent en vain de regagner l'Angleterre. Un an après avoir obtenu l’Oscar de la meilleure musique originale pour Lawrence d’Arabie, de David Lean, et deux ans avant Doctor Jivago, Maurice Jarre signait la musique de ce grand succès en salle de la fin d’année 1964.
Petit saut dans le temps à présent et dans la filmographie de Jean-Pierre Marielle pour atterrir en 1973, année où sort une comédie, signée Georges Lautner et où la musique, est quant à elle, de l’incontournable Philippe Sarde.

La musique entraînante, très typée années 70, que l’on doit à Philippe Sarde… Le morceau s’appelle Tijuana haute et figure sur la bande originale de La Valise, comédie policière avec Mireille Darc, Michel Constantin et Michel Galabru que l’on doit à Georges Lautner.  Un réalisateur avec lequel Jean-Pierre Marielle tournera trois ans plus tard un second film, On aura tout vu, juste un an après le film de Joël Séria Les Galettes de Pont-Aven,  qui fait partie inhérente de la filmographie de l’acteur. Toute autre univers et toute autre ambiance à présent avec l’extrait suivant…

On reste dans l’année 1975 avec, quelques mois avant Les Galettes de Pont Aven, un autre film marquant dans la carrière de Jean-Pierre Marielle. Ce film, c’est bien sûr Que la fête commence, de Bertrand Tavernier et sa musique du XVIIIe siècle, restituée par Antoine Duhamel, d'après le manuscrit original de l'opéra Penthée, de Philippe d’Orléans, régent du royaume de France sous la cour de Louis XV. Le film met en vedette Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, dans le rôle du marquis de Pontcallec qui fomente un complot destiné à renverser le régent au profit du roi d’Espagne et à redonner son indépendance à la Bretagne.
Dans les années 70, Jean-Pierre Marielle fera également, non sans une certaine fierté, beaucoup de nanars, comme on définit des navets du 7e art, tout en s’illustrant dans des comédies dramatiques qui questionneront la société. Et ce sera le cas avec Dupont Lajoie, d’Yves Boisset et Un moment d’égarement, de Claude Berri. 

She’s a lady, la chanson originale de Michel Stelio pour Un Moment d’égarement, film de Claude Berri en 1979 avec un Jean-Pierre Marielle qui va tomber amoureux de la fille de son meilleur ami, Victor Lanoux, alors que tous deux sont en vacances au bord de la mer, avec leur fille respective.
Et puis un court extrait du thème de Vladimir Cosma, avec le violon de Stéphane Grapelli, pour Cause toujours tu m’intéresses, comédie primesautière d’Edouard Molinaro, toujours en 1979, avec une Annie Girardot qui fut la grande amie de Jean-Pierre Marielle.
Autres voix féminines, celles de Stephan Audran et Isabelle Huppert qui poussent la chansonnette en 1981 pour un autre film de Claude Berri, Coup de torchon, dont l’action se passe en Afrique au temps des colonies. Jean-Pierre Marielle n’est pas en reste et reprend dans ce court extrait O Catarinetta bella, de Tino Rossi, sur l’insistance d’un Philippe Noiret menaçant…     

Lecteur gourmand, amoureux de jazz et d’art, Jean-Pierre Marielle disait cependant n’être calé en rien : « Je suis décalé, pas calé. Il n’y a rien de mieux que d’être décalé. »
Jean-Pierrre Marielle, mélomane, l’affirmation prend tout son sens en 1991 dans Tous les matins du monde. L’acteur y incarne l’ombrageux violiste M. de Sainte-Colombe qui fut le professeur de Marin Marais, interprété dans le film, pour ses jeunes années, par Guillaume Depardieu et, pour celles de la maturité, par Gérard Depardieu. Aux journalistes qui lui demandaient quel avait été son plus beau rôle, il bottait en touche. « Je ne sais pas, disait-il, j’ai fait trop de choses différentes. »

Un extrait de Tous les matins du monde suivi des Folies d’Espagne, pièce pour viole de gambe, de Marin Marais, interprétée pour le film par Jordi Savall, qui remportait le César de la meilleure musique en 1992. Dans un rôle grave, inquiétant parfois, Jean-Pierre Marielle contribua, à sa manière, à redonner à la musique baroque, ses lettres de noblesse. Le disque de la bande originale des œuvres de Marin Marais, contenant également des pièces de Jean-Baptiste Lully et François Couperin, allait devenir disque d’or en quelques semaines seulement.

La Minute Judy Garland
Cette semaine dans La Minute Judy Garland, arrêtons-nous sur l’année 1964. Année où sort  Hier encore,  interprétée par Charles Aznavour ou les réflexions d'un homme d’âge mur qui fait le bilan de sa vie. La chanson, ainsi que deux d’autres du grand Charles, apparaît dans la BO de Chambre 212, le dernier film de Christophe Honoré, sur les écrans depuis hier, et dans lequel, un couple qui sait aimer s’est éloigné peu à peu.

Et on se quitte, comme on avait débuté cette émission, avec le tandem Rochefort-Marielle qui interprètent Paris jadis, en 1977 qui figure au générique du film de Bertrand Tavernier Les Enfants gâtés.  Chanson de Jean-Roger Caussimon sur une musique de Philippe Sarde.

Quelques conseils pour prolonger cette émission :
Jean-Pierre Marielle : le lyrique et le baroque, de Stéphane Koechlin, aux éditions du Rocher. A travers des interviews et confidences de proches, l'auteur retrace sur près de 400 pages son parcours dans les années 50 notamment au Conservatoire supérieur d'art dramatique, et ses rencontres avec le monde du théâtre et du cinéma.  Et puis, ne boudez pas votre plaisir et n’hésitez pas à voir ou revoir les quelques films cités ou évoqués cette semaine dans cette émission à commencer par Que la fête commence et Tous les matins du monde.
 
Play list des titres diffusés :
Extrait de Calmos !, Bertrand Blier, musique de Georges Delerue
Faites sauter la banque !, musique de Paul Mauriat
Week-end à Zuydcoote générique, Maurice Jarre
Tijuana haute, BO La Valise, Philippe Sarde
Que la fête commence. Musique Antoine Duhamel (sur un air du régent de France Philippe d’Orléans)
She’s a lady, Michel Stelio, BO de Un moment d’égarement
Cause toujours tu m’intéresses (1979), V. Cosma et S. Grapelli
O Catarinetta bella tchi-tchi, Tino Rossi, BO Coup de torchon, C. Berri. Par Jean-Pierre Marielle et Gérard Hernandez
Extrait de Tous les matins du monde, d’Alain Corneau
Les Folies d’Espagne, Marin Marais, par Jordi Savall
Hier encore, Charles Aznavour, BO Chambre 212, de Christophe Honoré
Paris jadis, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, BO Les Enfants gâtés, de Bertrand Tavernier

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr