L’univers musical des films de Woody Allen

Présentée par

La Symphonie du cinéma

jeudi 19 septembre à 16h30

Durée émission : 25 min

L’univers musical des films de Woody Allen

© Flickr

D'Annie Hall en 1977 à Wonder Wheel en 2017, les bandes originales des films du cinéaste américain Woody Allen revisitent un âge d'or du jazz au service d'histoires, la plupart du temps sentimentales, où des hommes aiment des femmes ou vice-versa, sur fond d'imbroglios qui mêlent parfois polar et fantastique. Un cinéma cuivré et brillant qu'évoque cette semaine Fabien Genest

Cette semaine, La Symphonie du cinéma vous propose vingt-cinq minutes dans l’univers de Woody Allen alors qu’est sorti, hier,  Un Jour de pluie à New York, 52e long métrage du cinéaste américain qui soufflera ses 84 bougies, le 1er décembre.

Une fois n’est pas coutume, il aura mis du temps ce dernier Woody Allen à sortir en salles. Maintes fois décalé en raison des démêlés judiciaires concernant le réalisateur et sa vie privée qui ont conduit à la rupture du contrat qui le liait au géant amazon, Un Jour de pluie à New York est depuis, mercredi, sur les écrans grâce à un distributeur italien mais ne sortira qu’en Europe. Il ne m’appartient pas ici de commenter ce choix, ni l’homme qu’est Woody Allen, en revanche, son cinéma reçoit depuis longtemps des concerts de louanges et rencontre, en France, un énorme succès depuis Annie Hall en 1977.
Un succès qui repose sur trois ressorts essentiels : un art consommé pour raconter des histoires sentimentales d’hier et d’aujourd’hui, l’utilisation du comique de situation, élevé au rang d’excellence, le tout accompagné par une partition musicale jazzy rétro et décalée qui donne à ses œuvres un charme désuet mais aussi ce supplément d’âme tant apprécié.

Seems like old times, interprété par Diane Keaton, classique du jazz de Carmen Lombardo et John Jacob Loeb, que l’on retrouve au générique d’Annie Hall, film aux quatre Oscars dont celui du meilleur réalisateur pour Woody Allen qui déclarait en 2013 au journal Le Figaro.  « J'ai grandi à Brooklyn, à une époque où la radio rythmait la vie de chaque foyer américain. Nous passions notre vie à écouter à la fois les informations et la musique. Il était fréquent d'entendre des artistes comme Glenn Miller, Benny Goodman, Frank Sinatra, Louis Armstrong ou Billie Holiday. Dans les années 50, j'ai découvert l'enregistrement d'un concert de Sidney Bechet à Antibes. À partir de là, je suis devenu fanatique du jazz. »

Le jazz et la radio, deux vieilles amies pour Woody Allen qui en fait le sujet de Radio Days en 1987. Depuis quarante ans, le réalisateur, lui-même clarinettiste de talent, en parsème ses films de morceaux surannés leur donnant une couleur particulière et un style reconnaissable entre mille pour tout cinéphile qui se respecte.
Nouvel exemple de choix avec Rhapsody in blue, de George Gershwin qui accompagne le soliloque d’un Woody Allen, acteur, campant un scénariste de télévision et écrivain désabusé dans Manhattan, vibrant hommage à New York, ses habitants, ses gratte-ciels et ses taxis.

Les Mills Brothers chantant Coney Island, station balnéaire, au sud de Brooklyn, terrain de jeu de Wonder Wheel, sorti début 2018. Les déboires d’une ancienne actrice lunatique devenue serveuse, jouée par Kate Winslet, dont le couple va être mis à mal par le retour de la fille de son compagnon, et qui va tomber dans les bras d’un jeune et séduisant maître-nageur.  
Les femmes et le mystère des relations amoureuses, voilà un terreau fertile chez Woody Allen vous disais-je en préambule. D’Annie Hall à Stardust memories, en passant par Alice (1990), Maris et femmes (1992), Maudite Aphrodite (1995), Match Point (2005), Vicky Cristina Barcelona (2008), jusqu’à Un Jour de pluie à New York, l’Américain en a fait un art consommé...
Une autre marotte récurrente dans la galaxie Allen est quant à elle de situer nombre de ses histoires dans un passé assez lointain et plus précisément dans les années 30 à 50… Et c’est le cas de l’épatant Accord et désaccords, en 1999.  

La musique d’Isham Jones et Gus Kahn, classique revisité de 1924 pour Accords et désaccords… vibrante déclaration d’amour au jazz, encore une fois, et à Django Reinhardt, à travers la figure imaginaire d’Emmet Ray, incarné par Sean Penn, son grand rival qu'il ne peut pas écouter sans pleurer, voire s'évanouir. Radio days, Wonder Wheel, Minuit à Paris (en 2011), Café Society (en 2016), ou La Rose pourpre du Caire, autant de films qui glorifient un âge d’or. Une transition toute trouvée pour évoquer la mise en abyme et la présence régulière du métier de comédien, réalisateur ou dramaturge dans les films de Woody Allen. J’ai l’ai déjà évoqué brièvement avec Manhattan, mais c’est le cas aussi dans La Rose pourpre du Caire, un hymne au cinéma, inspiré de la pièce de Pirandello, Six Personnages en quête d’auteur. En 1984, Broadway Danny Rose glorifie, lui, les déboires d’un impresartio raté alors qu’en 2002,  Hollywood Ending brosse le portrait de Val Waxman, réalisateur oublié, qui se voit confier un gros projet mais tellement angoissé à l’idée de mal faire qu’il va en perdre la vue… Mais écoutons plutôt un extrait d’un autre film sur un autre thème, là encore repris dans plusieurs films de Woody Allen : les pouvoirs occultes de la magie…   

Wilbur de Paris dans In a Persian market, fil rouge musical du Sortilège du scorpion de jade en 2001… Je le disais la magie occupe aussi une place à part dans l’esprit de Woody Allen qui en fait carrément le sujet central  de certains de ses films ou du moins le fil rouge comme dans Le Sortilège du scorpion de jade, mais aussi Scoop en 2006, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu en 2010, ou encore Magic in the moonlight en 2014, qui contient le titre Big Boy, de Bix Beiderbeck et son orchestre.

Autre sujet incontournable ou cinéma de genre chez Woody Allen, vous l’attendiez sans doute, je la gardais pour la fin, c’est l’intrigue policière. Meurtre mystérieux à Manhattan en 1993, Coups de feu sur Broadway l’année suivante, Escrocs mais pas trop en 2000, Le Sortilège du scorpion de jade, encore lui, L’Homme irrationnel en 2015 ou le magnifique Match Point en 2005, autant de films où on enfreint la loi, ou on règle ses comptes et où on tue parfois…
Pour évoquer la bourgeoise londonienne, Woody Allen a recours pour Match Point à des airs d'opéra où les protagonistes, dans un fascinant jeu de miroir, assistent à leur propre tragédie comme le chante Enrico Caruso dans L’Elixir d’amour, de Donizetti et Una Furtiva Lagrima.  

La Minute Judy Garland

Cette semaine dans La Minute Judy Garland… arrêtons-nous sur les années 60 et The Mamas and The Papas, groupe américain phare du mouvement hippie qui en 1966 chantait Straight shooter : « bon tireur » en français. Une chanson que l’on retrouve dans l’excellent Once Upon a Time in… Hollywood, de Quentin Tarentino, sorti le mois dernier, une photographie de l’année 1969 en Amérique vue à travers Leonardo Di Caprio et Brad Pitt, en acteur de série télé sur le déclin et sa doublure…   

 
Quelques conseils en lien avec notre thème aujourd’hui

Woody Allen, film par film, de Jason Solomons paru en 2015 chez Gallimard loisirs. Le cinéaste explore lui-même en 256 pages, richements illustrées, ses cinquante années de cinéma jusqu’à L’Homme irrationnel. Autre livre, aux éditions Carpentier, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Woody Allen, de Jason Bailey, offrant des points de vue inédits et des anecdotes. Enfin, il existe de nombreuses compilations des musiques des films de Woody Allen. Parmi elles, je vous conseille Music from the Films of Woody Allen, trois disques réunis dans un joli coffret compilant soixante titres de Sidney Bechet, Benny Goodman, Red Nicols, Duke Ellington ou encore Carmen Miranda.    
Et on se quitte avec Blue Moon, titre de 1934 que l’on doit à Richard Rodgers et Lorentz Hart, interpété par Conal Fawkes dans Blue Jasmine, film sorti en 2013 dans lequel l’héroïne principale jouée par Cate Blanchett, y fait allusion.

 
Play list des titres diffusés:

BO Un Jour de pluie à New York
All the cats join in, Benny Goodman
Seems like old times, from Annie Hall, Diane Keaton
Extrait de Radio Days
There’ll be blue birds over, Glenn Miller
Rhapsody in blue, George Gershwin, BO Manhattan
Coney Island washboard, Mills Brothers from Wonder Wheel
I’ll see you in my dreams, Emmet Ray, BO d’Accords et désaccords
In a Persian market, Wilbur de Paris, BO Le Sortilège du scorpion de jade
Big Boy, de Bix Beiderbeck et son orchestra, BO Magic in the moonlight
Una Furtiva Lagrima (L'Elisir D'Amore), Enrico Caruso, Gaetano Donizetti
Straight shooter, The Mamas and the Papas from Once Upon a Time… in Hollywood
Blue Moon, par Conal Fawkes, de Richard Rodgers et Lorentz Hart, BO Blue Jasmine

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr