L. Van Beethoven, Le Nouvel Orphée

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Contrepoint

vendredi 2 octobre à 20h00

Durée émission : 25 min

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Anniversaire des 250 Ans de la Naissance de L. Van BEETHOVEN

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-BONJOUR,
-ET BIENVENUE DANS UN NOUVEAU NUMÉRO DE « CONTREPOINT » célébrant, puisque nous sommes en 2020, le 250e anniversaire de la naissance de L. van BEETHOVEN
-Compositeur et pianiste virtuose allemand né à Bonn le 15 ou le 16 décembre 1770 et décédé à Vienne où il fit l’essentiel de sa carrière le 26 mars 1827.
-Né en plein âge du « classicisme » viennois dominé par J. HAYDN, Ch. W. GLUCK et W. A. MOZART, L. van BEETHOVEN assure le passage du « classicisme » au « romantisme »
-tant par sa musique symphonique que grâce à ces très avant-gardistes quatuors à cordes,
-à ses Sonates pour piano qui considèrent le piano comme un instrument « à marteaux » et le détache définitivement des techniques digitales héritées du clavecin sur lequel MOZART appris la musique
-ou encore grâce à ses concertos qui deviennent, et nous allons le voir et l’entendre aujourd’hui, des discours philosophiques bien éloignés des pièces divertissantes des classiques,
- comme ceux que pouvaient écrire Antonio SALIERI, ici entendu dans une version pianoforte, c’est à dire non pas le piano moderne que ni MOZART, ni BEETHOVEN n’ont connu mais un piano plus léger, plus digital, plus chantant et aux possibilités expressives bien plus développées.

AUDITION 1
A. Salieri, Concerto en Do, « Andantino »

-L. van BEETHOVEN laisse 5 concertos pour pianoforte et plusieurs fragments d’un 6e Concerto, transfigurant le genre abordé pourtant 27 fois par W. A. MOZART
-Peu après son arrivée à Vienne, dans les années 1790 au moment où W. A. MOZART vient d’être enterré,  L . van BEETHOVEN s’impose, dans cette ville devenue capitale de la musique européenne, comme le premier pianiste de son temps, un pianiste virtuose, qui sait mettre en valeur son aisance et son talent dans des concertos qu’il s’écrit pour lui-même puisqu’il est derrière le clavier lors de leur création

-Le 1er concerto pour piano qui portait alors le numéro 2, est composé vers 1795-96-98 en même temps que le numéro 2 actuel en réalité le 1er achevé
- Le 1er concerto pour piano comme le second Concerto écrit vers 1795 restent si fidèles à la manière d’écrire de W. A. MOZART, que BEETHOVEN écrit à son éditeur « ce concerto peut valoir seulement 10 ducats parce que je ne le présente pas comme un des meilleurs »

-Le 3e concerto crée le 5 avril 1803 tranche en revanche radicalement avec les 2 précédents qui appartenaient encore à l’âge « classique »
-Il est écrit en UT mineur et non plus dans une tonalité majeure pour favoriser l’expression d’un discours musical que BEETHOVEN veut désormais dramatique
-Le 3e Concerto est si moderne et encore en construction, que BEETHOVEN improvise l’essentiel de la partition au piano lors sa création el 5 avril 1803 à Vienne
-Son élève et tourneur de page, Ignaz von SEYFRIED se souvenant qu’il « ne voyait guère que des pages blanches, avec par ci par là quelques hiéroglyphes incompréhensibles, il jouait la partie principale presque de mémoire », ce qui prouve bien que BEETHOVEN écrit, selon un usage encore longtemps pratiqué, son concerto pour lui-même

AUDITION 2
3e Concerto pour piano en DO m op. 37, « Rondo »

-BEETHOVEN n’écrit pas son 4e Concerto pour Piano pour le simple plaisir de l’auditeur, et n’est pas pensé pour être écouté comme une succession de beaux sons, comme une conversation entre l’orchestre et le piano, ou comme un moyen de mettre en valeur le soliste comme les précédents
-Le 4e Concerto pour Piano est bien plus que ça, un discours, un conte philosophique écrit pour raconter, dans chacun des 3 mouvements qui le constitue, 3 épisodes importants de l’histoire d’Orphée, héros de la mythologie grecque, choisi par le compositeur allemand pour être, selon la légende, à la fois poète et musicien,
-Mais aussi parce qu’il est considéré comme un prophète à l’origine d’un mouvement religieux appelé « Orphisme » liés aux Pythagoriciens et aux mystères dionysiaques
-La doctrine « orphique », qui transparait dans chacun des 3 mouvements du 4e Concerto pour piano, et surtout dans le 2e mouvement qui raconte la descente d’Orphée aux Enfers pour y chercher son épouse Eurydice, pense que l’âme est condamnée à un cycle de réincarnation dont seule l’initiation pourra la faire sortir, et la conduire vers une éternité bienheureuse où l’humain rejoint le divin
-Lorsqu’il compose son 4e concerto pour piano, en Sol Majeur op. 58, pour lui-même, en 1806, BEETHOVEN écrit aussi sa Quatrième Symphonie, son Concerto pour Violon et sa Sonate « Appassionata »
-Il fut joué par le compositeur en 1807 lors d’une exécution privée, au palais de son mécène le Prince LOBKOWITZ
-Et repris pour être exécuté en public, le 22 décembre 1808 au Theater an der Wien,
-Avant le 4e Concerto pour piano exécuté par BEETHOVEN lui-même s’y présentant en « nouvel Orphée », on entendit, dans un programme pensé par le compositeur,
-La « Grande Symphonie en ut mineur n°5 Symphonie intitulée « Souvenirs de Vie à la campagne en Fa Majeur », aujourd’hui portant le n°6 et le titre de « Symphonie Pastorale », incarnation de la Nature reflet des tourments et des bonheurs de l’âme, Nature idyllique où ORPHÉE parvenait, par son chant à faire pleurer les rochers et à pacifier les bêtes sauvages
-La 6e Symphonie était suivi de l’air « Ah, Perfido », « Aie pitié, ne me dis pas adieu. Que ferais-je sans toi ? Tu le sais, mon bien-aimé, je mourrai de douleur », chant de désespoir d’Orphée quand il perd sa jeune épouse mordue par un serpent le jour de ses noces mais aussi message adressé au public viennois qui s’éloignait de BEETHOVEN trouvant sa musique trop complexe
-Enfin, Le Gloria de la Messe en Ut Majeur, acte de foi en la lumière divine que vit Orphée lorsqu’il fut comblé de dons par Apollon, concluait cette longue introduction philosophique au 4e Concerto pour piano qui devait consacrer L. van BEETHOVEN comme « L’Orphée des temps modernes »

AUDITION 3
 Messe en Ut, « Gloria »

- Après le Gloria de la Messe en Ut Majeur, BEETHOVEN exécuta le 4e Concerto pour piano dans lequel il s’y présente en « Orphée » jouant la lyre des modernes, le pianoforte, que le musicien accorde dans les premières mesures du 1er mouvement
-Un Orphée capable d’affronter la Mort et de vaincre les faiblesses de la nature humaine
-C’est pourquoi, BEETHOVEN demanda à ce que l’on joue ensuite La 6e Symphonie dite « Le Destin », qui porte aujourd’hui le numéro 5, pour signifier qu’après avoir vaincu la Mort on pouvait assumer son destin d’homme et entrer dans l’éternité
-Vint ensuite le Sanctus et le Benedictus de la Messe en Ut Majeur, montrant que désormais l’Homme pouvait entrer dans la lumière divine et tutoyer Dieu
-Et Enfin, pour conclure ce programme pensé comme une leçon de philosophie, on entendit, avec BEETHOVEN au pianoforte, la Fantaisie pour piano solo (futur opus 77,) improvisée par BEETHOVEN Homme désormais libre de penser, et qui peut parler un discours sans contrainte
-Cette Fantaisie solo fut suivie, pour achever ce concert en apothéose, de La Fantaisie Chorale pour piano soliste, chœur et orchestre en do mineur op. 80 qui se termine par le chant de ce qui deviendra plus tard « l’Ode à la liberté » future conclusion de sa 9e Symphonie qui réunit toutes les forces musicales entendues dans la soirée, le piano, le chœur, et l’orchestre et chante la liberté enfin trouvée au bout du chemin

AUDITION 4
Fantaisie Chorale op. 80, « Final », Chœur

-Le 4e concerto pour piano est à la fois, comme la Fantaisie Chorale, une symphonie pour orchestre et piano concertant chantant tel Orphée
-Le 1er mouvement « Allegro moderato » décrit Orphée capable de civiliser le monde sauvage par son chant, message philosophique qui montre que la musique est civilisatrice
-Il commence par Orphée accordant sa lyre (un pianoforte) durant 5 mesures la même note 4 fois répétées, alors que l’usage voulait que ce soit l’orchestre qui énonce le thème durant une exposition de plusieurs mesures
-ORPHÉE chante ensuite pour émouvoir les pierres et faire pleurer les arbres accompagné par un orchestre qui n’est plus réduit à un simple soutien du pianiste qui maintenant converse, se confronte, dialogue, s’équilibre et reprend la cellule thématique qui avait ouvert de manière originale ce mouvement d’une amplitude inédite puisqu’il dure 16 minutes et qui ne ressemble à rien de ce qu’on avait pu entendre avant dans le concerto

AUDITION 5
4e Concerto pour piano, 1er Mouvement, « Allegro Moderato »

-Le 2e mouvement, un très court « Andante con moto » puisqu’il ne fait que 72 mesures et ne dure que 3 minutes 30, raconte la descente d’Orphée aux Enfers, parti y chercher Euridice ombre errante au royaume des morts et qui doit convaincre les furies gardiennes des lieux de le laisser entrer, lui qui n’est qu’un simple mortel
-Il s’agit pour BEETHOVEN homme d’un nouveau monde romantique et « nouvel Orphée », a pu vaincre la mort en entrant aux Enfers
-BEETHOVEN adepte de « L’Orphisme » et initié par l’Art montre, dans ce 2e mouvement du 4e Concerto pour Piano que la musique conduit vers une survie bienheureuse où l’humain rejoint le divin
-D’ailleurs, au même moment en 1804, BEETHOVEN commande au peintre Joseph Willibrord MÄHLER un portrait de lui en Orphée dans une belle nature « où les feuilles d’automne tombent et se fanent », métaphore de la perte d’audition du compositeur
-Il tient une lyre-guitare à la main, à 5 cordes au lieu de 6 pour l’instrument réel, la corde la plus aiguë manquante signifiant que BEETHOVEN entendait de moins en moins les sons les plus aigus.
-La disposition des vêtements signifie « une âme agitée par la passion », sur son dos une cape bleu foncé signifiant « le dépassement du chagrin »
-La main droite est musclée et nerveuse, elle est telle que l’était la main du pianiste BEETHOVEN
-Il tourne le dos à l’obscurité, à la tourmente, à l’arbre à moitié mort qui domine la zone à sa gauche, il avance vers le champ ensoleillé et le temple d’Apollon à sa droite
-Le 2e mouvement du 4e Concerto pour piano est également une copie du 2e acte de l’Orpheo de Ch. W. Gluck où Orphée est confronté aux Furies dans un long dialogue entre les chœurs et le soliste qui avant fortement impressionné BEETHOVEN et auquel il rend ici un hommage appuyé
-Peu à peu attendries par le chant du musicien (le piano), les Furies (l’orchestre) ouvrent le passage de l’Enfer et fonde le mythe « Beethoven », icone de la liberté et prophète d’une musique romantique qui philosophe.

AUDITION 6
L. Van Beethoven, 4e Concerto pour piano,
2e mouvement, Andante con moto
Joué par Steven Lubin sur Pianoforte A. Walter,
Orchestre instruments anciens, diapason 415

-Le 3e mouvement, un « Rondo vivace » raconte la lutte d’Orphée contre les Bacchantes (l’orchestre) qui doivent chanter plus fort qu’Orphée (le piano) pour pouvoir l’anéantir.
-On y entend nettement un galop, celui des Bacchantes qui poursuivent ORPHÉE qui doit, pour ne pas périr, reprendre leurs chants guerriers, BEETHOVEN prouvant ici que le forte-piano peut rivaliser avec un orchestre réunissant un grand pupitre de cordes, des vents, des cuivres renforcés par des trompettes et des trombones
-Un 3e mouvement qui fait entendre un appel aux armes où l’on devine l’esquisse de ce qui sera le thème du chœur final de la 9e Symphonie, une fanfare et une fête dansante quand Orphée mêle les sons de son forte-piano à ceux de l’orchestre comme s’il faisait partie d’un pupitre d’orchestre sans qu’on puisse distinguer l’un de l’autre, BEETHOVEN transfigurant ici définitivement le concerto pour piano

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-BONNE SEMAINE SUR RCF ET A TRÈS BIENTÔT POUR DE NOUVELLES AVENTURES MUSICALES DANS CONTREPOINT

AUDITION 7
4e Concerto pour piano, op. 58, 3e mouvement, « Rondo vivace »

 

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