La Grande Guerre au cinéma

Présentée par

La Symphonie du cinéma

jeudi 16 janvier à 16h30

Durée émission : 25 min

La Grande Guerre au cinéma

© Gaumont/France 2

La guerre de 14-18 a fait l’objet d’innombrables films depuis les années 30. De La Grande Illusion en 1937, de Renoir, à Capitaine Conan, de Tavernier, en passant plus récemment par Au revoir là-haut d’Albert Dupontel, la Grande Guerre a souvent inspiré cinéastes mais aussi les compositeurs comme Joseph Kosma, Philippe Sarde ou Serge Gainsbourg…

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La Symphonie du cinéma honore l'Histoire avec un grand H cette semaine à l’occasion de la sortie de 1917, le spectaculaire film de Sam Mendes sur la Première Guerre mondiale. Le récit de deux soldats britanniques à qui est confiée la mission de délivrer un message de la plus haute importance. La difficulté en forme de jeu de la mort est qu’il va leur falloir pour cela traverser les lignes ennemies au péril de leur vie… Mais ce message aura pour conséquence de sauver 1600 soldats alliés dont le frère d’un des deux messagers.

En filmant la guerre à hauteur d’hommes, Sam Mendes rend un superbe hommage à son grand-père soldat ayant vécu la Grande Guerre. Quant à Thomas Newman qui signe la partition musicale, son orchestration, à l’image du titre The Big smoke, elle constitue l'une des meilleures entendues ces derniers mois.
En 1937, Jean Renoir réalise La Grande Illusion, considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma mondial. Le film raconte la vie d’officiers français en captivité dans un camp en Allemagne, commandé par Erich Von Stroheim en officier infirme. Camp d’où ils vont tenter de s’échapper par tous les moyens.

Jean Gabin penché sur un Grammophon fredonnant Frou-Frou, chanté par Lucile Panis… et puis, la musique de Joseph Kosma.
La Grande Illusion contient également plusieurs chansons connues comme Aux bat’d’Af’ d’Aristide Bruant ou encore It’s a Long Way to Tipperary, un air célèbre de music-hall, écrit par Jack Judge et Harry Williams au début du XXe siècle…

Der treue Husar (« le fidèle hussard » en français), la chanson de la scène finale des Sentiers de la gloire (Paths of glory dans son titre original), fredonné par tout un régiment de soldats. En 1957, Stanley Kubrick filme la Première Guerre mondiale et dénonce le bellicisme des hommes à travers la résistance désespérée d'un officier incarné par Kirk Douglas. La chanson, interprétée par une jeune Allemande à la fin du film, sera adaptée en France par Francis Lemarque sous le titre de Marjolaine.

La lumière de l'Afrique, les dunes du Sahara comme décor, et la superbe musique de Philippe Sarde en 1984 pour Fort Saganne, d’Alain Corneau, interprétée ici par le London Symphony Orchestra sous la direction de Carlo Savina. Gérard Depardieu tient le rôle de l'officier Charles Saganne, renvoyé sur le front en Europe. Ce grand film à la fois romanesque et sur l'histoire coloniale française repose en grande partie sur le rôle tenu par Philippe Noiret, en officier aristocrate, tout l'opposé de Saganne, modeste fils de paysans qui va se buter aux limites de sa condition sociale. Cinq plus tard, cette fois-ci sous la caméra de Bertrand Tavernier, Philippe Noiret endosse à nouveau l'uniforme de l'armée française dans La Vie et rien d'autre.
Dans le rôle du commandant Delaplane, il doit recenser les soldats disparus au combat. Dans ses enquêtes, il va croiser deux femmes qu'incarnent Sabine Azema et Pascale Vignal. Après recoupements, il s'avère que toutes deux cherchent le même homme: mari pour l'une, amant pour l'autre... Porté par la musique d'Oswaldo d'Andrea, La Vie et rien d'autre sera consacré par deux Cesar en 1990. Celui du meilleur acteur pour Philippe Noiret et celui de la meilleure musique.

Irène et Delaplane dans La Vie et rien d'autre puis La Cantate de l'offensive, dans Capitaine Conan, deux partitions signées du même compositeur: Oswaldo d'Andrea et deux films de Bertrand Tavernier, séparés par sept ans d'écart. Et là encore, deux Cesar: meilleur film pour Tavernier et meilleur premier rôle masculin pour un génial Philippe Torreton, dans un rôle à la dimension de héros wagnérien habité par le combat et le sens du sacrifice sous le ciel des Balkans.
Abordons à présent un autre aspect de la Grande Guerre, celui des gueules cassées, ces hommes défigurés au combat à qui la médecine de l'époque s'employa à redonner une dignité. Comme pour Fort Saganne et Capitaine Conan, La Chambre des officiers est d'abord un roman, celui de Marc Dugain, avant d'être un film que porte à l'écran en 2001 François Dupeyron. Le film repose sur l'exceptionnelle dévouement d'une infirmière, jouée par Sabine Azéma, pour Adrien, jeune lieutenant, interprété par Eric Caravaca. En plus de la bande originale, composée par Jean-Michel Bernard, le film intègre des morceaux additionnels notamment Für Alina et Spiegel im spiegel, d'Arvo Pärt, le compositeur estonien dont la musique minimaliste constitue un fil conducteur à l'intrigue...

Plus près de nous, en 2017, Albert Dupontel adapte le prix Goncourt de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, où il est question, là encore, du difficile retour à la réalité des gueules cassées. Albert et Edouard se sont liés d’amitié au front. Mais Edouard, campé par Nahuel Perez Biscayart en voulant sauver Albert, est touché par un terrible éclat d’obus qui va le laisser pour mort. Après de longs mois d’hôpital, il va tenter de vivre et suggère à Albert, comme dans une volonté de revanche sur la société, de monter une immense escroquerie aux monuments aux morts. D’abord réticent, ce dernier finit par céder. Porté par une somptueuse bande originale, signée Christophe Julien qui aurait mérité un César, Au revoir là-haut est une réussite en tous points que je vous invite à voir si vous l’aviez loupé au cinéma…

Mathilde aimait Manech avant que la guerre n’éclate. Un jour, elle reçoit une lettre lui annonçant sa mort. Mais Mathilde ne peut s’y résoudre. Elle en est sûr, Manech n’a pas pu mourir à Bingo crépuscule, abandonné avec quatre de ses camarades car reconnus coupables d’avoir voulu s’auto-mutiler pour échapper à la guerre. Une longue enquête va alors démarrer pour Audrey Tautou dans Un Long Dimanche de fiançailles, le film aux quelque 5 millions d’entrées de Jean-Pierre Jeunet en 2004. Dans les défis superstitieux qu’elle se lance, elle ne va cesser de voir des signes du destin. C’est Angelo Badalamenti, complice régulier de David Lynch, qui compose la bande originale qui rappelle grandement par moments celle des Sentiers de la gloire que nous avons évoquée tout à l’heure. Mais le mieux encore est d’en savourer un extrait et plus précisément Le thème de Mathilde.

Le thème de  Mathilde dans Un Long Dimanche de fiançailles, puis la bande annonce des Gardiennes, le film de Xavier Beauvois, lequel aborde, en 2017, le thème peu traité au cinéma de la guerre du point de vue des femmes. Ici, on suit le destin de trois d’entre elles, interprétées par Nathalie Baye, Laura Smet et Iris Bry, paysannes travaillant sans relâche par tous les temps. Michel Legrand signait son avant-dernière œuvre pour le cinéma et reprenait notamment le thème de Vivre sa vie qu’il avait composé en 1962 pour Godard alors qu’Iris Bry, qui joue Francine, interprète trois classiques de l’époque notamment Les Blés d’or et Amours fragiles, popularisés notamment par Fred Gouin et Fragson.

La Minute Judy Garland

Restons avec le thème de la Grande Guerre cette semaine dans La Minute Judy Garland… et arrêtons-nous sur l’année 1967. Année durant laquelle, Jacques Rouffio réalise L’Horizon. L’action se passe en 1917 et met en scène Antonin, jeune soldat blessé, joué par Jacques Perrin, qui retourne dans sa Creuse natale. Là, il va s’éprendre d’Elisa (incarnée par Macha Méril), jeune veuve, dont le mari est tombé pour la France. Mais la guérison plus rapide que prévu d’Antonin va annoncer son retour sur le front… Elisa tentera l’impossible pour le forcer à déserter. Avec Michel Colombier à la direction d’orchestre, Serge Gainsbourg signe la musique et notamment la chanson thème d’Elisa, devenu un classique. En 1996, on la retrouve pour le film du même nom de Jean Becker, et sera couronnée du César de la meilleure musique décerné à titre posthume.

Quelques conseils en lien avec le thème aujourd’hui :

14-18 au cinéma : Les 50 grands films de la Grande Guerre, un livre passionnant et très complet de Boris Barbieri, paru en 2014 aux éditions de Passy.  Et puis, lisez ou relisez Capitaine Conan, de Roger Vercel, Fort Saganne, de Louis Gardel, Un Long Dimanche de fiançailles, de Sébastien Japrisot, ou encore Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître, autant de romans majeurs, tous adaptés au cinéma et disponibles en DVD et Blueray.
Et on se quitte avec John Williams et le titre Dartmoor, extrait du film Cheval de guerre, de Steven Spielberg, sorti en 2011. L’épopée d’un cheval et de son jeune cavalier, pris dans la tourmente des combats… Un hommage aux huit millions de chevaux sacrifiés durant la Première Guerre mondiale.

Play list des titres diffusés :

Bande annonce de 1917, de Sam Mendes

The Big smoke, Thomas Newman, BO 1917

Extrait La Grande Illusion, musique de Joseph Kosma

BO Les Sentiers de la gloire, Gerald Fried

BO Fort Saganne main title, Philippe Sarde, Carlo Savina

BO de Fort Saganne, d'Alain Corneau

Irène et Delaplane , BO La Vie et rien d'autre, Oswaldo d'Andrea

Extrait de Capitaine Conan

La Cantate de l'offensive, BO Capitaine Conan, Oswaldo d'Andrea

Extrait La Chambre des Officiers

Spiegel im spiegel, Arvo Pärt

L'Arnaque et la poste, de Christophe Julien, BO Au revoir là-haut

Bande annonce d’Un Long Dimanche de fiançailles

Le Thème de Mathilde, Angelo Badalamenti

Extrait bande annonce Les Gardiennes, de Xavier Beauvois, musique de Michel Legrand

Vivre sa vie, Michel Legrand

Elisa, Serge Gainsbourg, BO L'Horizon

Dartmoor, John Williams, BO Cheval de guerre

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr