Le cinéma de Lino Ventura

Présentée par

La Symphonie du cinéma

jeudi 6 juin à 16h30

Durée émission : 25 min

Le cinéma de Lino Ventura

© Wikipedia

Retrouvons à présent l'univers d'un monstre sacré du cinéma français. Si je vous dis Touchez pas au grisbi, Les Tontons flingueurs, L'Aventure c'est l'aventure ou encore Boulevard du rhum, vous aurez sans doute reconnu comme point commun la présence de Lino Ventura à l'honneur cette semaine dans La Symphonie du cinéma.

La Symphonie du cinéma est consacrée cette semaine à une personnalité majuscule du cinéma français, disparue le 22 octobre 1987. C’est avec un homme de cœur et de caractère, héritage de ses racines italiennes, que RCF vous convie de passer 25 minutes alors que l’on fêtera le centième anniversaire de sa naissance, le 14 juillet. 

Le thème, pour le moins célèbre, mais toujours envoûtant d’Ennio Morricone pour Le Clan des Siciliens, immense succès d’Henri Verneuil qui réunissait en 1969 un trio magique : Gabin, Delon et Lino Ventura dans ce polar tout en retenue avec en toile de fond la préparation du vol d’une importante collection de bijoux à Rome. Quinze ans après ses débuts dans Touchez pas au grisbi!, Lino Ventura, acteur sur le tard, retrouvait Jean Gabin.
Et puisque j’en parle, revenons en 1954 pour évoquer, justement, le film de Jacques Becker, qui relança la carrière de Jean Gabin qui en finissait avec ses rôles d’amant et dans lequel Lino Ventura faisait ses grands débuts dans le rôle d’un truand et chef de bande.

Le thème à l’harmonica, de Touchez pas au grisbi ! signé Jean Wiener, grand thème de l’histoire du cinéma français, collant totalement à l’ambiance très noire du film de Jacques Becker, adapté du roman éponyme d’Albert Simonin, premier d'une trilogie dont les volumes suivants,
Le Cave se rebiffe et Grisbi or not grisbi (qui deviendra Les Tontons flingueurs), seront également adaptés à l'écran.
Successivement portier, livreur, mécanicien, et employé de bureau dans sa jeunesse, Lino Ventura se passionne à 16 ans pour la lutte et deviendra lutteur professionnel et même champion d'Europe des poids moyens en 1950. Par le plus grand des hasards, un de ses amis parle de lui à Jacques Becker, qui recherche un acteur pour jouer le rôle d’un truand italien dans son prochain film. On connaît la suite… Après Touchez pas au grisbi !, les rôles et les succès s’enchaîneront chez Henri Decoin, Gilles Grangier, Jean Delannoy ou Louis Malle qui lui confie le rôle du commissaire Cherrier dans Ascenseur pour l’échafaud en 1958…

La lumineuse musique d’Ascenseur pour l’échafaud pour laquelle Miles Davis et les musiciens qui l’accompagnent improvisent devant un écran projetant des scènes du film en boucle. Ces morceaux très visuels, ne comptant que très peu d'accords, resteront une référence dans la carrière du trompettiste américain.
Né à Parme en Emilie-Romagne, un 14 juillet 1919, Lino Ventura n’a que 8 ans lorsqu’il quitte l’Italie. Son père, Giovanni, est représentant de commerce et fait venir sa famille à Paris. Mais arrivés à Montreuil, Luisa, la mère de Lino, ne trouve pas son mari. Plus tard, l’acteur n’évoquera que rarement ce père absent. Dès lors, il se construira sans lui.

Le 27 novembre 1963 sort sur les écrans Les Tontons flingueurs, une comédie parodique de film de gangsters, dialoguée par Michel Audiard. L’immense succès que connut le film par la suite repose en grande partie sur ses formules et ses scènes d’anthologie comme celle de la scène d’ivresse à la cuisine avec l’eau de vie du Mexicain. Confié à Michel Magne, l’habillage musical n’utilise qu’un seul thème, interprété dans différents styles musicaux : jazz, swing, yéyé, et même le fameux piano-banjo à chaque bourre-pif de Fernand Naudin, joué par Lino Ventura, à Bernard Blier, inoubliable Raoul Volfoni.  Bien qu'il ne soit pas porté au crédit du générique, Bernard Gérard, compositeur et arrangeur très actif dans le cinéma français des années 60 et 70, seconde efficacement Michel Magne.

Vous avez peut-être reconnu la musique des Grandes Gueules, film de 1965, que l’on doit à Robert Enrico qui réunit Lino Ventura et Bourvil dans cet excellent polar immergé dans le monde des bûcherons et tourné dans les forêts vosgiennes. Quant à la musique, on la doit un jeune surdoué novice, nommé François de Roubaix, parfait autodidacte, doué d’un sens inné de la mélodie, qui créera un nouveau style musical au cinéma dans la décennie suivante avant de disparaître tragiquement en 1975 lors d’un accident de plongée, en Mer Rouge, à seulement 36 ans. Après Les Grandes Gueules, il signera notamment les bandes originales des Aventuriers, du Rapace, ou encore le thème célèbre de Dernier Domicile connu, autant de films avec Lino Ventura.

Le générique de Dernier Domicile connu, un film de José Giovanni, sorti en 1970 avec Marlène Jobert et Lino Ventura enquêtant sur la mystérieuse disparition d’une fillette avec de nombreuses scènes extérieures du Paris de l’époque. Un thème largement repris et samplé, comme on dit, par d’autres musiciens et artistes comme en 2000 par le chanteur anglais Robbie Williams.
Changement d’époque et de tonalité à présent avec l’extrait suivant…

Lino Ventura et Jean-Pierre Melville sont en froid depuis Le Deuxième Souffle. Mais un contrat stipule le tournage d’un deuxième film. C’est dans cette ambiance particulière que se tournera à l’hiver 1969 L’Armée des ombres, le comédien et le réalisateur ne communiquant que par écrit et l’aide d’un assistant. La partition musicale est confiée à Eric Demarsan, sauf pour le morceau Spirituals, communément appelé aussi la marche de Gerbier, qui est une reprise de Spirituals for Orchestra du pianiste et compositeur américain Morton Gould. Morceau, qui servit, aussi, vous ne l’aurez pas oublié, de générique à une émission culte de la télé française pendant près de 25 ans
Les Dossiers de l’écran.

Une nouvelle preuve par la musique, ici celle de Francis Lai, de l’éclectisme qui aura marqué durant sa carrière les choix de Lino Ventura, capable de passer d’un sujet hautement sérieux comme la guerre dans L’Armée des ombres à une comédie légère, devenue culte bien des années après sa sortie, avec Jacques Brel, Charles Denner et Johnny Hallyday (qui chante) dans son propre rôle, je veux bien sûr parler de L’Aventure c’est l’aventure, de Claude Lelouch, en 1972, qui dirigeait une seconde fois Lino Ventura l’année suivante dans La Bonne Année et son joli face à face sentimental avec Françoise Fabian. J’aurais aimé parler de La Gifle, de Claude Pinoteau et de L’Emmerdeur, d’Edouard Molinaro, deux autres films qui comptent dans la filmographie de Lino Ventura, mais il a fallu faire des choix, aussi, le suivant en est un.

La musique d’Ennio Morricone pour Le Ruffian, troisième film de José Giovanni avec Lino Ventura, 15 ans après Le Rapace et 23 ans après Classe tous risques, premier film, lui, de Claude Sautet mais pour lequel José Giovanni avait écrit les dialogues et le scénario, adaptant ainsi son propre roman. Le Ruffian fut un succès en salles en 1983, un film d’aventure avec pour décor les grands espaces canadiens et aussi les prestations de Bernard Giraudeau et Claude Cardinale.      

La Minute Judy Garland

Cette semaine dans La minute Judy Garland, prolongeons le plaisir avec, justement, Plaisir d’amour, chanson interprétée en duo en 1971, sur une musique de François de Roubaix, par Brigitte Bardot et Guy Marchand dans Boulevard du Rhum. Un film de Robert Enrico dans lequel Lino Ventura, marin faisant commerce d’alcool de contrebande en mer des Caraïbes, s’éprend de Brigitte Bardot jouant Linda Larue, une comédienne.

Quelques conseils pour prolonger cette émission :

L’Essentiel de François de Roubaix, en CD, paru chez Emarcy en 2015, 24 titres essentiels pour découvrir ou redécouvrir l’œuvre avant-gardiste de ce grand compositeur pour le cinéma.  Et puis parmi la littérature abondante consacrée à l’acteur, je vous conseille Lino Ventura, les Carnets de voyage, de sa fille Clelia Ventura chez Barnea Productions, une balade intime illustrée, entre bons repas et franches amitiés, fourmillant d’anecdotes sur son père. Autre bon livre, Lino Ventura, de Sandro Cassati, qui signait en 2013 une très belle biographie, notamment sur ses années de jeunesse, aux éditions De la Loupe.

Et on se quitte avec la musique de La 7e Cible, très bon film de Claude Pinoteau de 1984, et son thème symphonique composé par le grand Vladimir Cosma. Dernier grand rôle, aussi, de Lino Ventura.

Play list des morceaux diffusés :
 
Extrait du Clan des Siciliens, d’Henri Verneuil, musique d’Ennio Morricone
Touchez pas au grisbi!, Jean Wiener, BO de Touchez pas au grisbi!
Ascenseur pour l’échafaud, Miles Davis, BO Ascenseur pour l’échafaud
Extrait des Tontons flingueurs, de Georges Lautner, Tamouré, musique de Michel Magne
Les Grandes Gueules, François de Roubaix, BO Les Grandes Gueules
Dernier Domicile connu, générique, François de Roubaix, BO Dernier Domicile connu
Spirituals for Orchestra, Morton Gould, BO L’Armée des ombres
L’Aventure c’est l’aventure, Johnny Hallyday/Francis Lai, BO L’Aventure c’est l’aventure
Le Ruffian, Viaggio in 4 (Ripresa seconda),
Ennio Morricone, BO Le Ruffian
Plaisir d'amour,
Brigitte Bardot et Guy Marchand, BO  Boulevard du Rhum, musique de François de Roubaix
La Septième Cible, main theme, Vladimir Cosma, BO La Septième Cible

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L'émission

Du lundi au vendredi à 11h00

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr