Le cinéma de Robert Guédiguian

Présentée par UA-100288

La Symphonie du cinéma

mardi 4 août à 11h00

Durée émission : 25 min

Le cinéma de Robert Guédiguian

© Wikipedia.org

Témoin revendiqué du monde ouvrier et des petites gens, Robert Guédiguian tisse depuis quarante ans un cinéma social avec sa famille d’acteurs fidèles où la musique tient une place prépondérante, qu’elle soit classique ou de variété.

Pour débuter cette nouvelle année, direction cette semaine le soleil de la Méditerranée sur la planète Marseille, comme se plaisait à chanter à ses débuts le groupe I AM. Rencontre avec le plus Marseillais des réalisateurs français, Robert Guédiguian, révélé au grand public, en 1997, avec Marius et Jeannette, un conte de l’Estaque

Il y a 22 ans, sortait sur les écrans Marius et Jeannette, 7e film de Robert Guédiguian, traversé d’un bout à l’autre par le titre O sole mio, interprété par Luciano Pavorotti. Marius et Jeannette ou l’histoire d’une romance accidentelle, mais un bel accident, entre une caissière de supermarché et un gardien de cimenterie à l’abandon, le tout sous le ciel bleu de l’Estaque, ancien quartier ouvrier et de pêcheurs du nord de Marseille.  Avec plus de 2 600 000 entrées, le film, simple et authentique, rencontrait un formidable accueil et faisait connaître son réalisateur et sa famille d’acteurs : Ariane Ascarade, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin. Une famille qui depuis a vieilli devant la caméra de ce cinéaste, chroniqueur social attentif et aussi désenchanté d’un monde en mutation mettant sur le côté la classe prolétaire.

Un extrait de Ma Mère l'Oye, apothéose : le jardin féerique, de Maurice Ravel, un des titres additionnels qui compose la bande originale de Gloria Mundi, chronique noire désenchantée sur la classe ouvrière, le dernier film de Robert Guédiguian, sorti il y a quelques semaines.
Taraudé par la question de la mémoire et aussi de ses racines arméniennes, Guédiguian a laissé parfois Marseille pour d’autres cieux mais finit toujours par y revenir car c’est là, à l’Estaque où il a grandi, quartier excentré de la cite phocéenne et condensé d’un monde industriel jadis florissant, qu’il y met en scène ses chroniques sociales. Là où tout a commencé en 1980 avec Dernier Eté, son premier long métrage, avec Frank Le Wita.

I want you, chanté par Bob Dylan qui accompagne dans Ki lo sa? en 1985 quatre amis d’enfance qui, devenus adultes, se retrouvent et font le point sur leurs vies tout en roulant dans une DS blanche.  Une scène du film, tournée dans la calanque de Méjean apparaît en flash back dans l’avant-dernier film de Robert Guédiguian, La Villa, sorti en 2017. Pour la petite histoire, un jeune compositeur débutant, du nom d’Alexandre Desplat, qui depuis a fait bien du chemin, se voyait confier la musique originale de Ki lo sa?
Continuons à remonter le temps pour nous arrêter en 1995 à présent. Cette année-là, Robert Guédiguian réalise A la Vie à la mort! Deux avant le triomphe de Marius et Jeannette, ce 6e long métrage reçoit un bel accueil critique. Entre l’Estaque et Martigues, on y suit plusieurs personnages qui ont leurs habitudes dans un cabaret qui vivote. Il y a là des marginaux, des déclassés, un ancien légionnaire et une jeune droguée. Tout ce petit monde se retrouve bientôt hébergé au Perroquet Bleu. Dans l’adversité, cette tribu hétéroclite va alors se souder pour lutter et tenter de sauver le cabaret et par la même se sauver…

Hasta siempre, chanson écrite et chantée par Carlos Puebla en 1965, devenue depuis un hymne révolutionnaire, tout à la gloire d’Ernesto Che Guevara, et présente en 1995 dans A la Vie à la mort !
Les ouvriers, les chômeurs, les petits employés, et tous les laissés-pour-compte en général, voilà un matériau inépuisable pour Robert Guédiguian qui, cherche en chacun la part de dignité, lui le fou épris d’humanité comme il se qualifie volontiers.
Même lorsqu’il s’essaie avec talent à la comédie, Robert Guédiguian, le Ken Loach français, ne perd jamais de vue ses thèmes récurrents que sont la lutte des classes, la recherche du bonheur et la critique d’un libéralisme débridé comme en 2000 dans A l’attaque ! L’histoire d’une mise en abyme de deux scénaristes qui décident d'écrire un film politique mettant en scène le petit monde du garage Moliterno.

Jacques Menichetti est un fidèle de Robert Guédiguian, musicien et compositeur sur ses premiers films, auteur de Lola que chante à Ariane Ascaride Jean-Pierre Darroussin.  
Une chanson qui donne le ton d’A l’attaque ! Changement de décor dans Marie-Jo et ses deux amours avec le Kyrie de la Grande Messe, de Mozart. Ici, la passion amoureuse destructrice a remplacé la joyeuse comédie sociale dans ce grand film de 2002 sur la passion sans issue d’une femme (Ariane Ascaride) pour son mari (Jean-Pierre Darroussin) et son amant (Gérard Meylan).
Dans les films de Robert Guédiguian, la musique classique est très présente et suggère l’ambiance et l’état intérieur des personnages. De Liebestraum, de Franz Liszt dans A la Place du cœur en 1998 à La Truite, de Schubert et à La Donna è mobile, de Nabucco dans Au Fil d’Ariane en 2014 en passant par Mozart et Mahler dans Marie-Jo et ses deux amours.    
En 2006, Marseille laisse la place à Erevan dans Le Voyage en Arménie où Robert Guédiguian raconte le déracinement à travers les recherches d’Anna, cardiologue française, à la recherche de son père malade, soudainement disparu.

Le titre Shawl, d’Arto Tunçboyacıyan, compositeur de la BO du Voyage en Arménie et le son mélodieux du duduk, le haut bois arménien. Si la musique classique tient une place prépondérante dans l’univers des films de Robert Guédiguian, les grands classiques de la chanson, que ce soit de la variété, de la chanson française ou du rock anglo-saxon, se déclinent film après film comme dans Les Neiges du Kilimandjaro en 2011, tiré du célèbre succès de Pascal Danel qui compte aussi Heart of glass, de Blondie et Many rivers to cross, chanté par Joe Cocker…

Dans À la place du cœur, Mon père est ingénieur ou dans Les Neiges du Kilimandjaro, les solidarités entre « pauvres gens », selon la formule de Victor Hugo, sont en danger, mais il est encore temps de les sauvegarder en payant de sa personne, en prenant ses responsabilités même si ce n’est pas sans risque. Vient aussi le temps où l’utopie doit être réinventée, revivifiée, écrit le journaliste Christophe Kantcheff, auteur de deux livres sur Robert Guédiguian.
Dans Au fil d’Ariane, en 2014, Ariane Ascaride incarne l’errance d’une femme abandonnée par les siens qui, comme dans un conte, va rencontrer dans son errance à travers la ville des personnages hauts en couleur. Comme en 2000 dans La Ville est tranquille, Gérard Darroussin est chauffeur de taxi et Gérard Meylan, patron d’un modeste restaurant au bord de la mer. Entre lui et Ariane, deux solitudes vont se rejoindre… Que serais-je sans toi? résonne alors, chanté par Jean Ferrat…

La Minute Judy Garland

Cette semaine dans La Minute Judy Garland, c’est un film de circonstance au titre tout trouvé  en cette période. En 1972, Claude Lelouch réalise La Bonne Année, avec Lino Ventura dans le rôle d’un cambrioleur et Françoise Fabian dans celui d’une antiquaire… Entre les deux, une attirance réciproque va naître. Francis Lai signe la bande originale qui contient entre autres la chanson éponyme du film, interprétée par Mireille Mathieu sur des paroles de Catherine Desage.

Quelques conseils…

Robert Guédiguian cinéaste, paru en 2013 aux éditions du Chêne et Guédiguian, aux éditions de L’Atelier, deux livres signés Christophe Kantcheff. Des ouvrages de référence, détaillés et très documentés pour approfondir l’œuvre à part du cinéaste. Enfin, sachez que Studio Diaphana vient de sortir le coffret de tous les films de Robert Guédiguian moins Gloria Mundi. Un coffret de vingt films augmenté d’un long entretien avec le réalisateur. 
Et on se quitte avec un extrait d’Une Journée de fou, sorti en 2015 où Robert Guéduiguian retrouvait, 30 ans, après Alexandre Desplat pour l’habillage musical. Une parenthèse loin de l’Estaque pour revisiter l’histoire du génocide arménien.

 
Play list des titres diffusés

Bande annonce de Marius et Jeannette
O Sole mio, Luciano Pavarotti
Ma Mère l'Oye, apothéose : le jardin féerique, de Maurice Ravel, BO Gloria Mundi par Pierre Boulez et le New York Philharmonic
I want you, Bob Dylan, BO Ki lo sa?
Hasta siempre, Carlos Puebla, BO A la Vie, à la mort !
Lola Croone, Jean-Pierre Darroussin, musique de Jacques Menichetti, BO A l’attaque !
Kyrie Grande Messe, W.-A. Mozart, BO Marie-Jo et ses deux amours
Shawl (duduk), Arto Tunçboyacıyan, BO Le Voyage en Arménie
Extrait BO Les Neiges du Kilimandjaro
Many rivers to cross, Joe Cocker, BO Les Neiges du Kilimandjaro
Bande annonce d'Au Fil d’Ariane
Que serais-je sans toi ?, Louis Aragon par Jean Ferrat, BO Au Fil d’Ariane
La Bonne Année, Mireille Mathieu, BO La Bonne Année, musique : Francis Lai, paroles : Catherine Desage
Une Journée de fou, Alexande Desplat, BO Une Journée de fou

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L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr