Le cinéma du Japonais Hirokazu Kore-Eda

Présentée par

La Symphonie du cinéma

jeudi 23 janvier à 16h30

Durée émission : 25 min

Le cinéma du Japonais Hirokazu Kore-Eda

© Juan Naharro Gimenez/Wireimage/Getty Images

Cinéaste de la délicatesse, comparé au grand Ozu, et chroniqueur inspiré du tissu familial japonais, souvent à hauteur d’enfant, Hirokazu Kore-Eda a bâti en vingt ans un cinéma à son image profondément humain où la musique tient une place centrale.

La Symphonie du cinéma est consacrée, aujourd’hui, aux musiques de films d’un réalisateur rare dont le cinéma se distingue par un profond sens de l’humanisme dans sa capacité à décrire les sentiments et les liens familiaux qu‘entretiennent ses personnages. Des personnages évoluant dans le Japon d’aujourd’hui sauf dans son dernier film, La Vérité, sorti voilà un mois, première incursion en terre étrangère et en France en l’occurrence, pour Hirokazu Kore-Eda qui a confié pour la circonstance la partition musicale au compositeur et violoniste russe, Alexei  Aigui.  

La Vérité, sorti au cinéma le 25 décembre, met en scène Catherine Deneuve, Juliette Binoche et Ethan Hawke dans une comédie familiale où Catherine Deneuve incarne une icône du cinéma ayant dédié sa vie au septième art. À l’occasion de la publication de ses mémoires, sa fille, Juliette Binoche, scénariste exilée à New York, revient passer quelques jours dans sa maison d’enfance parisienne. Mais les retrouvailles auront tôt fait de tourner en une confrontation où le mensonge, la rancune et les non-dits vont tenir une place centrale. Malgré ce résumé pour le moins prometteur, les critiques ont été très partagés sur le nouveau Kore-Eda, qualifié tantôt de faiblard et longuet pour les uns, tantôt de lumineux et d’une grande justesse pour le autres.
S’il est un film de Kore-Eda qui a suscité, en revanche, l’unanimité autour de lui, c’est bien Un Air de famille en 2018. Le portrait tout en rondeur d’une famille pour la moins atypique vivant d’expédiants et ne s’embarrassant pas avec les conventions établies.

Le titre Going to sea figure dans Une Affaire de famille: Manbiki kazoku, dans son titre original que l’on peut traduire par « La famille des vols à l'étalage”, fil conducteur du scénario de ce grand Kore-Eda, multi nominé et récompensé par la palme d’or à Cannes en 2018 et le César du meilleur film étranger. Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux… Je n’en dévoile pas plus, courez louer ou téléchargez le film en VOD tant il est en tous points réussi à commencer par la musique d’Haruomi Hosono, célèbre musicien, chanteur, auteur-compositeur et producteur japonais, âgé de 72 ans aujourd’hui, cofondateur avec Ryuichi Sakamoto et Yukihiro Takahashi du prestigieux Yellow Magic Orchestra, groupe nippon phare de musique électronique à succès dans les années 70 et 80.

Jewel, la chanson du générique de fin est interprétée par Takako Tate, dans Nobody knows, qui tient également le rôle de la caissière de supérette dans ce film sorti en 2004, neuf ans après Maborosi, le premier film d’Hirokazu Kore-Eda… Habillé par la musique délicate de Gontiti, célèbre duo de guitaristes au Japon, le film est tiré d'un fait divers et du destin que connurent quatre enfants abandonnés par leur mère, pendant neuf mois, dans leur appartement à Sugamo, un quartier de Tokyo. La présence du jeune Yûya Yagira, qui joue Akira, le fils aîné, plus jeune comédien à avoir remporté le prix d'interprétation masculine au festival de Cannes, contribue grandement à l’intérêt de ce mélodrame familial infiniment délicat.
En 2008, on découvre sur les écrans Still walking, un drame familial autour de la figure d’un fils disparu. Comme pour Nobody knows, la musique est signée Gontiti.

Morning asa, un des très beaux morceaux qui figure sur la bande originale de Still walking, et que l’on doit à Gontiti. Dans Still walking, le deuil et l’absence tiennent la place centrale de l’histoire. Comme tous les ans depuis quinze ans, la famille Yokoyama se réunit en mémoire du fils aîné, Jumpei, décédé en voulant sauver un enfant de la noyade. Inévitablement, les souvenirs, les non-dits et rancœurs remontent à la surface…

Un an seulement après Still walking, Hirokazu Kore-Eda signe Air Doll en 2009, septième long métrage du réalisateur japonais, âgé alors de 47 ans. Basé sur l’histoire du manga The Pneumatic Figure of a girl, le film raconte l’histoire d’Hideo qui s'est acheté une poupée gonflable qu'il appelle Nozomi. Il l'habille, lui parle, dîne avec elle. Peu à peu, Nozomi va s'animer. Et un matin, alors qu’Hideo est parti au travail, Nozomi décide d’explorer le monde extérieur avec les yeux d’une petite fille. Elle trouve un travail dans une boutique qui vend des vidéos et fait petit à petit l'apprentissage de la vie des humains, de leurs sentiments et de leur solitude.
Conte désenchanté sur la société de consommation et la solitude, Air Doll revisite, à sa manière, à la fois Pinocchio et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, accompagné par la musique incarnée de Katsuhiko Maeda, qui signe, sous le nom de World's End Girlfriend, la BO.
Autre ambiance, autre thème et autre artiste en 2012 pour I Wish, sous-titré Nos Voeux secrets, une ode à l’enfance…   

La voix de Shigeru Kishida, immense pop star au Japon à travers le groupe Quruli, qu’Hirokazu Kore-Eda décidait de choisir pour illustrer son film I Wish, j’espère en français, alors que le titre original en japonais s’intitule quant à lui Kiseki qui signifie le miracle. Une très belle histoire de retrouvailles entre deux frères séparés, qui vont se retrouver à la faveur de la construction du Shinkansen, le train à grande vitesse japonais, sur l’île de Kyushu.
Avec le recul, on peut affirmer que la décennie 2010 aura véritablement été marquée par le thème de l’enfance, thème omniprésent dans les films de Kore-Eda, comme en 2013 avec le lumineux
Tel père, tel fils.

L’aria des Variations Goldberg, de Jean-Sébastien Bach est interprété par Glenn Gould et sert de fil conducteur mélodique au film Tel Père, tel fils, prix du jury au festival de Cannes en 2013 et grand succès critique pour Hirokazu Kore-Eda. « Filmer des enfants comme dans Nobody Knows et I Wish me fait vraiment réfléchir. Je commence à voir la société à travers leurs yeux et leur existence. Peut-être est-ce parce que je suis père maintenant. » Voilà en substance ce qu’affirmait le cinéaste japonais avant le tournage de Tel Père, tel fils, portrait croisé de deux couples aux origines sociales diamétralement opposées qui vont pourtant être liées par un destin commun. En effet, le trouble est grand quand un architecte et sa femme apprennent que leur fils de six ans a été interverti avec un autre à la naissance. L'hôpital leur fait dès lors rencontrer la famille de leur enfant biologique, d'un milieu modeste et excentrique.
Hirokazu Kore-Eda ne cesse de se surpasser et réalisait, il y a cinq ans, deux ans après Tel Père, tel fils, un nouveau petit bijou sur les sentiments et les mécanismes familiaux, intitulé Notre Petite Sœur…  

Le titre Sakura tunnel, extrait de la BO de Notre Petite Soeur que l’on doit à la compositrice Yoko Kanno, connue surtout pour ses bandes originales pour des films d'animation japonais, dont est tiré d’ailleurs Notre Petite Soeur, qui est une adaptation du manga Kamakura Diary d’Akimi Yoshida.
Conte familial où l’amour est plus fort que tout, le film met en scène l'histoire de trois sœurs d'une vingtaine d'années vivant ensemble qui, après la mort de leur père, décident de renoncer à son héritage mais de recueillir leur demi-sœur, âgée de 14 ans.   

La Minute Judy Garland

Rendons hommage à Anna Karina cette semaine dans La Minute Judy Garland… Actrice et chanteuse phare chez Godard dans les années 60, Anna Karina née le 22 septembre 1940 à Copenhague et disparue le 14 décembre à l’âge de 79 ans, est principalement connue pour son rôle en 1965 dans Pierrot le fou aux côtés de Jean-Paul Belmondo et pour ses chansons, écrites, notamment par Serge Gainsbourg. Dans Pierrot le fou, elle entonne au milieu du film Ma ligne de chance, chanson écrite et composée par Serge Rezvani. Le soleil de la Méditerranée brille et Anna Karina chante en sautillant sous les pins, autour d’un Jean-Paul Belmondo, fripon.

 

Quelques conseils pour prolonger cette émission…

Quand je tourne mes films, un livre luxueux, édité par l’Atelier Akatombo, écrit et commenté par Kore-Eda lui-même qui s’intitule. Plus de 400 pages dans lesquelles le cinéaste décortique son cinéma et livre de nombreuses anecdotes entourant ses films.
Et on se quitte avec la bande annonce de Third Murder, film noir et incursion de Kore-Eda en 2017 dans le genre du polar à travers le portrait d’un homme accusé de meurtre sans que l’on sache réellement si c’est vrai et quels ont été ses mobiles. C'est le compositeur italien Ludovico Einaudi qui signait la BO. 

Play list des titres diffusés

Extrait bande annonce La Vérité
The Truth OST, Alexei Aigui
Extrait bande originale d’Une Affaire de famille
Going to sea, de Haruomi Hosono, BO Une Affaire de famille
Houseki (Jewel), Takako Tate, BO Nobody knows
Morning asa, BO Still walking, de Gontiti
Reflecting the light shadow, BO de Air doll, World's End Girlfriend
BO I Wish (Nos Voeux secrets), Quruli
Variations Golberg, BO Tel père, tel fils, Gounod
Sakura tunnel, BO Notre Petite Sœur, Yoko Kanno
Ma Ligne de chance, Anna Karina, BO Pierrot le fou
Third Murder main theme, Ludovico Einaudi, BO Third Murder

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr