Le métro au cinéma : en voiture !

Présentée par

La Symphonie du cinéma

lundi 12 août à 11h00

Durée émission : 25 min

Le métro au cinéma : en voiture !

© UGC Fox Distribution

Cette semaine, La Symphonie du cinéma vous emmène en voyage sur les lignes du métro parisien, tantôt obscur objet du désir, tantôt symbole de Paris au cinéma.

Qu’on le voie le temps d’une scène ou qu’il soit le décor principal, le métro parisien est depuis belle lurette un personnage à part entière du cinéma français et international.

La musique guillerette de Fiorenzo Carpi, grand compositeur italien à qui l’on doit une centaine de partitions pour le cinéma, qui composait, en 1960, cette petite valse enfantine pour Zazie dans le métro, de Louis Malle. L’histoire d’une petite provinciale effrontée, débarquée à Paris pour y voir son oncle et sa tante et qui rêve de découvrir le métro mais pour qui au gré de circonstances inattendues, son grand désir ne sera que rendez-vous manqué.

Une seconde valse avec la musique de l’orchestre à cordes de Gérard Calvi en 1974 pour Les Gaspards, film de Pierre Tchernia  où un collectif militant, emmené par Philippe Noiret s’est réfugié dans les catacombes et a enlevé un groupe de touristes afin de faire pression sur le ministre chargé des travaux, jugé responsable des nuisances insupportables qui empoisonnent leur quotidien.  
En plein chantier des Halles, le film se veut une parabole du ras le bol des Parisiens face aux bouleversements que connaît alors la capitale.

Un morceau de choix à présent et l’occasion d’évoquer Subway, LE film où les couloirs et les quais du métro sont les protagonistes majeurs autant que Jean-Hugues Anglade, Isabelle Adjani et Christophe Lambert de ce grand succès des années 80. Un film à l’ambiance complètement underground, portée par la bande son d’Eric Serra, Victoire de la meilleure musique  de film en 1985, et par le titre It’s only mystery, chanté par Arthur Simms et jouée dans une scène du film. Le tournage se déroula principalement dans les stations Auber et Opéra.

 
Impossible d’évoquer tous les films qui ont, de près ou de loin, utilisés ou pris pour décor le métro parisien. Cette balade sonore est, vous l’aurez compris, plus un voyage sur les pas de quelques films du 7e art plus qu’un catalogue exhaustif. Et parmi ces films, Le Battant et son très beau thème que l’on doit à Christian Dorisse. Un film policier, de 1983 de et avec Alain Delon, grand habitué de scènes ayant pour cadre le métro parisien. C’est le cas pour Mort d’un pourri, de Georges Lautner en 1977 et avant en 1967 pour l’inoubliable Samouraï de Jean-Pierre Melville dont une photo d’un Delon en pardessus et chapeau marchant sur un quai fait office de photo de couverture des Lignes du 7e art, le très bel ouvrage, abondamment documenté, écrit par Fabienne Waks, et sorti en ce printemps, qui a inspiré cette émission.  

Le thème de Peur sur la ville, composé par Ennio Morricone pour le film d’Henri Verneuil avec l’autre grande vedette masculine française des années 60-80, Jean-Paul Belmondo. Qui aura oublié la scène d’anthologie d’un Bébel jouant les équilibristes sur le toit d'une rame de la ligne 6 entre les stations Charles-de-Gaulle-Etoile et Dupleix, allongé à quelques centimètres du plafond dans les tunnels, puis courant d'un wagon à l'autre sur le pont qui traverse la Seine à Passy.
Autre ligne, autre station: Barbès Rochechouart, largement filmé au cinéma. Domicile conjugal, en 1970, avec un Jean-Pierre Léaud contemplant la publicité vantant un produit pour bébé, Les Ripoux, en 1984 de Claude Zidi, Les Portes de la nuit, de Marcel Carné en 1946, et un Yves Montand fredonnant Les Feuilles mortes, ou Section spéciale, de Costa Gavras, en 1975. Un film qui raconte l’attentat contre un soldat allemand sur les quais de la station, le 21 août 1941, par jeune militant communiste. Un acte qui déclenchera l’entrée en résistance contre l’occupant nazi.

Restons dans le film historique après avoir évoqué Section spéciale, de Costa Gavras et dans le rapport métro et guerre, un sujet largement traité au cinéma comme dans L’Armée du crime, de Robert Guediguian, en 2009, La Traversée de Paris, de Claude Autant-Lara en 1956, Le Jour et l’heure, de René Clément en 1962, Opération Lady Marlène, en 1975, de Robert Lamoureux ou encore Le Dernier Métro, éblouissant succès de François Truffaut sur la vie sous l’Occupation à travers le quotidien d’une troupe de théâtre, récompensé par dix César en 1980 dont celui de la meilleure musique originale, composée par Georges Delerue. Paradoxalement, le métro n’est jamais montré, seul son titre rappelle que les Parisiens devaient se hâter à la sortie des spectacles pour ne pas louper le dernier train et rentrer avant le couvre-feu…

Ses stations et ses couloirs n’ont pas inspiré que les cinéastes français, le métro parisien est présent également dans nombre de films étrangers faisant de Paris une ville rêvée et la ville de l’amour éternel comme dans Charade, en 1963, de Stanley Donen, accompagné par son fameux thème signé Henri Mancini. On peut citer également Inception, de Christopher Nolan en 2010, Target, d’Arthur Penn, en 1985, Frantic, de Roman Polanski en 1988 mais aussi en 1972, Le Dernier Tango à Paris, de Bernardo Bertolucci, auréolé de sa sulfureuse réputation, on préfèrera retenir la partition jazzy de Gato Barbieri qui accompagne la mélancolie de Marlon Brando sous le pont de Bir-Hakheim.

Le métro, marqueur social, élément de réalisme et de l’ambiance contemporaine, voilà une facette également que l’on retrouve très souvent au cinéma comme en 2016 dans le Nocturama de Bertrand Bonnello suivant une bande de jeunes sillonnant la capitale afin de poser des explosifs ou encore en 2017 dans 120 Battements par minute, de Robin Campillo, un film sur l’esprit de résistance avec le métro comme échapattoire après une manifestation… On peut citer également Bande de filles sur le quotidien des banlieues, de Céline Sciamma, en 2014 ou encore Samba, d’Eric Toledano et Olivier Nakache, là encore en 2014, ou le quotidien d’un jeune Sénégalais, vivant depuis 10 ans illégalement à Paris, et travaillant comme aide-cuisinier dans un hôtel. Un film habillé par la belle musique du pianiste et compositeur italien, Ludovico Einaudi.

Et on se quitte avec Yann Tiersen et La Valse des vieux os, un extrait d’Amélie Poulain, feel good movie avec une Audrey Tautou, faiseuse de petits bonheurs, évoluant en 2001 dans un Paris de carte postale et sur les quais de la station Abbesses recouverte d’affiches du festival Jazz à Vienne.

La Minute Judy Garland

Cette semaine, La Minute Judy Garland fait un clin d’œil à la chanteuse Mina, qui a fêté le 25 mars ses 79 ans. Cette icône de la chanson italienne, qui fit également quelques films publicitaires et apparitions au cinéma, sans oublier son utilisation par Ennio Morricone pour plusieurs de ses thèmes musicaux, chantait en 1961 Come Sinfonia, chanson présente dans Douleur et gloire, le dernier Pedro Almodovar, qui était en compétition au festival de Cannes, le mois dernier.

Quelques conseils pour prolonger...

Le très bel ouvrage, édité en ce printemps par De Fallois, Viva Cinecittà, les douze rois du cinéma italien, de Philippe d’Hugues. Une évocation en 256 pages de l’âge d’or des célèbres studios romains à travers douze portraits consacrés aux maîtres qu’étaient Vittorio De Sicca, Roberto Rossellini, Mario Soldati, Ermanno Olmi ou encore bien sûr Federico Fellini… Mon conseil CD de la semaine est allé à la réédition, il y a 3 ans chez Quartet Records, de la bande originale de Gato Barbieri pour Le Dernier Tango à Paris, un double coffret contenant pas moins de 60 titres.  
Enfin, je vous rappelle la sortie récente des Lignes du 7e art, Histoires de cinéma à la RATP, de Fabienne Waks aux éditions du Cherche Midi. Et puis sachez encore qu’il existe une station fantôme fermée au public depuis de nombreuses années, la station Porte des Lilas, réservée exclusivement aux tournages au nombre d’environ cinq par an.

Play list des morceaux diffusés dans cette émission :

Zazie dans le métro générique, Fiorenzo Carpi
Les Gaspards, Gérard Calvi
It's Only Mystery, Subway, Arthur Simms, Eric Serra, BO Subway
Le Battant générique, Christian Dorisse
Peur sur la ville, Ennio Morricone
Domicile conjugal, Antoine Duhamel
Les Ripoux, Francis Lai
Les Feuilles mortes, Joseph Kosma, BO Les Portes de la nuit,
Section spéciale, Eric Demarsan
Le Dernier Métro, main theme, Georges Delerue
Dernier Tango à Paris, Gato Barbieri
Experience, BO de Samba, Ludovico Einaudi
Come Sinfonia, Mina, BO Douleur et Gloire
La Valse des Vieux os, Yann Tiersen, BO Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr