Les 400 coups, 1959 ou l'enfance sauvage

Présentée par

La Symphonie du cinéma

lundi 5 août à 11h00

Durée émission : 25 min

Les 400 coups, 1959 ou l'enfance sauvage

© Wikimedia Le jeune Jean-Pierre Léaud à Cannes en mai 1959 devant François Truffaut, félicité

Alors que le palmarès du 72e festival de Cannes sera connu samedi, Fabien Genest s'arrête cette semaine dans La Symphonie du cinéma sur l'édition de 1959 qui consacrait un jeune cinéaste du nom de François Truffaut et un film, Les 400 Coups, manifeste de la Nouvellle Vague, porté par un débutant formidable de seulement 14 ans, nommé Jean-Pierre Léaud.

Accueilli par un concert de louanges à sa présentation en mai 1959 au festival de Cannes, Les 400 Coups est à la fois un autoportrait de François Truffaut à travers son double de pellicule, Antoine Doinel, et une photographie de l'adolescence de la fin des années 50. Un hymne à la liberté, accompagné par la fantaisie musicale de Jean Constantin.
 

 
La musique de Jean Constantin qui illustre le générique de début des 400 Coups, un long travelling des rues de Paris, filmé en contre-plongée. Il y a soixante ans tout juste, la France et le monde faisaient connaissance avec un jeune réalisateur de 27 ans au regard et au style bien différents de ses aînés. Les 400 Coups se veut, indépendamment de l'histoire elle-même largement nourrie par l'enfance et les souvenirs de François Truffaut, un miroir de l'époque et va constituer dans la filmographie du cinéaste les prémices d'un cinéma social et de mœurs en lien avec les changements de la société française. Ainsi était née la Nouvelle Vague, un terme apparu des 1957 sous la plume de Françoise Giroud dans l'hebdomadaire L'Express. Une appellation faisant explicitement référence à une nouvelle génération de cinéastes ambitieux cassant les codes établis et ayant pour noms: Claude Chabrol, Jacques Rivette, Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Éric Rohmer ou encore Agnès Varda...
Mais qui est au juste Antoine Doinel, interprété par Jean-Pierre Léaud alors débutant. En juin 1959, près de 450 000 spectateurs découvrent un adolescent retors mais attachant, doux rêveur, écartelé entre les conventions et son désir de liberté.
Un fils de Français moyens, de petits employés, en manque de cadre et d'amour, le plus souvent livré à lui-même entre un beau-père laxiste et une mère immature et volage, le tout dans le Paris de la fin des années 50, de la place Pigalle et de la place de Clichy en particulier.
 

 
Placé en nourrice les premiers mois de sa vie, puis chez sa grand-mère, François Truffaut, comme Antoine Doinel, ne goûte guère à l'école. Il préfère de loin faire l'école buissonnière et arpenter les rues du XVIIIe arrondissement de Paris à la recherche de couleurs et de visages. Plus que tout, il aime aller au cinéma et voir les films de Marcel Carné, de Robert Bresson, ou d'Orson Welles comme Citizen Kane au sujet duquel, il écrira plus tard: "C'est un hymne à la jeunesse et une méditation sur la vieillesse, un essai sur la vanité de toute ambition humaine en même temps qu'un poème sur la décrépitude."
Dans Les 400 Coups, c'est un Paris populaire que filme Truffaut. Les rues regorgent de petits commerces. Le laitier dépose ses caisses de bouteilles en verre sur le trottoir. Les appartements sont simples et les enfants, comme Antoine, apportent leur écho à la vie familiale, en mettant le couvert et se voient confier la tâche de descendre, chaque soir, le seau à ordures au bas d'escaliers aux murs décrépits. En cela, on peut y voir un clin d'œil au néoréalisme italien, celui de Rossellini ou De Sica. Mais parlons à présent de la musique de Jean Constantin, auteur-compositeur-interprète de chansons françaises, auteur, notamment, des paroles de Mon manège à moi, pour Édith Piaf. Il écrira également pour Yves Montand et Annie Cordy. En 1959, il signe, avec la complicité de Michel Legrand aux arrangements,  la musique d'un des films emblématiques de la Nouvelle Vague. François Truffaut est d’emblée séduit, d’abord par l’univers de Jean Constantin et par la fantaisie de cette petite valse qui servira d’illustration au thème des 400 Coups. En parallèle, Juliette Gréco enregistre Comment voulez-vous ? Une version chantée sur des paroles écrites par Jean Constantin quelques années auparavant.
 

 
Juliette Gréco, Comment voulez-vous ? de Jean Constantin, sur des arrangements, dans cette version, d’André Popp, dont la mélodie est extraite et présentée à François Truffaut avant de devenir le thème évoquant les états d’âme, le romantisme et la douce révolte du héros des 400 Coups, interprété par Jean-Pierre Léaud. Toujours le même thème, on ne s’en lasse pas, mais cette fois-ci en version jazzy, était interprété par Rita Marcotulli au piano, Stefano Di Battista au saxophone, Enrico Rava à la trompette et Aldo Romano à la batterie, sur The Woman next door, un album sorti chez Label Bleu en 1998.
 

 
Alors que leur collaboration avait été fructueuse, Jean Constantin ne signera plus aucune musique de films de François Truffaut, ce dernier lui préfèrant Georges Delerue et Antoine Duhamel. Jean Constantin aurait pu lui en vouloir mais au contraire en 1972 sur son album Le Poulpe,  il réorchestre et triture, avec la complicité de Jean-Claude Vannier pour les arrangements, son thème des 400 Coups dans une version cha cha en changeant les paroles et en rendant hommage au cinéma du réalisateur... 

 
Le thème totalement transformé des 400 Cents Coups pour ce Truffaut cha cha cha, jolie pochade exotique de Jean Constantin qui aura écrit d’autres musiques de films, notamment pour Bonjour sourire, le premier film de Claude Sautet ou encore Le Caïd de Champignol, de Jean Bastia.
On trouve aussi Jean Constantin, mais cette fois-ci en tant qu'acteur, au générique des films Candide ou l'Optimisme au XXe siècle, de Norbert Carbonnaux avec Jean-Pierre Cassel et Pierre Brasseur, et Le Baron de l'écluse, de Jean Delannoy en 1960 où il interprète le rôle du Prince Sadokan aux côtés de Jean Gabin et Micheline Presle.
Toute l’incompréhension et l’injustice que vit Antoine qui voulant rendre hommage à son auteur fétiche, Honoré de Balzac, en imitant son style dans une composition se heurte aux foudres de son professeur. Terriblement vexé, il s’enfuit et avec la complicité de son camarade René se cache chez lui en attendant. Ils fument le cigare, tirent à la sarbacane sur les passants depuis le vasistas de la chambre de René, vont au cinéma et pour se faire un peu d’argent entreprennent de voler une machine à écrire au travail de son père. Mais pris de remords, il décide de la ramener et se fait prendre la main dans le sac par le gardien.  Pour les parents Doinel, c’est la bêtise de trop. Antoine passe la nuit en prison, comme le vécut François Truffaut, avant d’être placé dans un centre d’observation pour mineurs délinquants, dont il s’échappera d’ailleurs. Là encore, un souvenir douloureux puisé dans la propre histoire du réalisateur qui passa cinq mois dans l’un de ses centres, à Villejuif, en région parisienne.
 
La Minute Judy Garland
 
Cette semaine, la Minute Judy Garland s’arrête sur un artiste majeur de la scène pop rock des années 70 à aujourd’hui, dont le cinéma s’est emparé alors que sortira mercredi sur les écrans Rocketman, le biopic sur la vie et l’œuvre d’Elton John, baptisé du nom de l’un de ses plus grands tubes, sorti en 1972. L’occasion, aussi, pour vous dire que La Symphonie du cinéma sera consacrée la semaine prochaine aux musiques et chansons d’Elton John au cinéma.
 

 
Quelques conseils pour prolonger cette émission :
 
Et tout d’abord, Le Monde musical de François Truffaut, un coffret exceptionnel de 6 CD, paru en 2014 chez Emarcy, dont les extraits de Jean Constantin que nous avons entendus. Pour prolonger le film Les 400 Coups, la lecture du Paris de François Truffaut, de Philippe Lombard, sorti en 2018 chez Parigramme, s’impose. Une balade à travers la capitale sur les lieux où tourna Truffaut pour les scènes de ses films comme Les 400 Cents Coups avec l'appartement familial des Doinel ou les séances de cinéma, place Clichy, au Wepler.
Quatre autres films ont par la suite complété la saga Antoine Doinel, toujours interprété par Jean-Pierre Léaud : Antoine et Colette (épisode du film à sketches L'Amour à 20 ans) en 1962, Baisers volés en 1968, Domicile conjugal en 1970 et enfin L'Amour en fuite en 1979.
Et on se quitte avec Vincent Delerm, grand admirateur de François Truffaut, et une chanson, qui ne figure sur aucun de ses albums, mais qui ouvre le coffret du Monde musical de François Truffaut, hommage au cinéma de l’auteur de L’Enfant sauvage et de L’Argent de poche, autres films qu’il avait consacrés à l’enfance.
 

 
Play list des titres diffusés :
 
Les 400 Coups générique, Jean Constantin
Balzac et gymnastique, Les 400 Coups, Jean Constantin
Comment-voulez-vous ?, Juliette Greco
Les 400 Coups, Rita Marcotulli
Truffaut cha cha cha, Jean Constantin
Rocketman, Elton John
Nous imitons François Truffaut, Vincent Delerm

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr