Les années 50-60 : la comédie italienne ou l’été permanent

Présentée par

La Symphonie du cinéma

jeudi 3 octobre à 16h30

Durée émission : 25 min

Les années 50-60 : la comédie italienne ou l’été permanent

© "Le Fanfaron". Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman. Wikipedia.org

Cette semaine, La Symphonie du cinéma se met aux couleurs de la comédie à l'italienne et de l'éternel été à travers les musiques des films de Luigi Comencini, Dino Risi ou encore Vittorio De Sica. Des films où se cotoient insouciance, marivaudages et miracle économique.

Prolongeons l’été et partons à Rome et sur les plages de la côte Adriatique. L’Italie, les pins parasols, le twist et les belle ragazze sont au programme.

Pour lancer cette émission consacrée aux comédies italiennes des années 50-60, quoi de mieux qu’un mambo, et celui de Domenico Modugno, Mariti in città (Maris en liberté en français) qui donne son titre au film de Luigi Comencini. Une délicieuse bluette, comme on dit, qui met en scène un groupe d’hommes, notamment Renato Salvatori et Franco Fabrizi, flirtant au mois d’août à Rome en l’absence de leurs épouses parties en vacances.
Cette comédie très distrayante de Luigi Comencini sort en 1957, quatre ans après un autre film qui allait le révéler : Pane, amore e fantasia ou si vous préférez Pain, amour et fantaisie.

La musique sautillante et ensoleillée d’Alessandro Cicognini pour Pain, amour et fantaisie, est elle tirée du premier épisode, en 1953, d’un triptyque dont Luigi Comencini réalisera les deux premiers chapitres et Dino Risi, le dernier, qui évoque à travers une intrigue sentimentale l'Italie d'après-guerre dans un village de montagne où un carabinier d’âge mûr, joué par Vittorio De Sica est bien décidé à se marier.
Annonçant les prémices de ce qu’allait être la comédie à l’italienne, un âge d’or dont l’acte fondateur sera posé en 1958 par Mario Monicelli dans Le Pigeon, la série des Pain et amour est qualifié de néoréalisme rose dont le premier volet en particulier est considéré comme l’exemple le plus célèbre. Mais revenons à Dino Risi, je l’évoquais, autre père de la comédie à l’italienne, et à une autre série en trois volets sur les marivaudages entre de jeunes Romains et Romaines dont Pauvres mais beaux ouvre la voie en 1956…

Dans Pauvres mais beaux (Poveri ma belli), dont la musique est signée de Giorgio Fabor et du jeune Piero Piccioni, on suit le quotidien de Romolo et Salvatore, joués par Maurizio Arena et Renato Salvatori, deux amis très intéressés par les jolies filles.  Sauf que quand ils vont tomber amoureux de la belle Giovanna, campée par la sublime Marisa Allasio, il n’y aura plus d’amitié qui tienne. Le film dépeint une Rome ensoleillée et insouciante où ses habitants viennent prendre le frais au bord du Tibre.
En 1962, Dino Risi, aureolé déjà d’une belle notoriété, va réaliser, un an après Une Vie difficile, l’un de ses chefs-d’oeuvres, une autre pièce majeure de la comédie à l’italienne, Le Fanfaron, Il Sorpasso dans son titre original, un grand film sur l’Italie du boom économique du début des années 60…

Rome, le 15 août. Les rues sont étrangement désertes en cette chaude matinée que choisit Bruno pour sillonner la capitale à toute vitesse au volant de sa Lancia Aurelia B24 à la recherche de cigarettes. Vittorio Gassman joue un bellâtre exubérant qui va entraîner avec lui dans une folle journée Jean-Louis Trintignant, étudiant timide, qui au contact de ce Don Juan d’opérette va découvrir un monde qui lui était jusqu’ici étranger. Sous couvert de légèreté, Dino Risi évoque les changements que connaît alors l’Italie et dresse un portrait moral de ses concitoyens sans concession.

Dans Le Fanfaron, Edoardo Vianello chante Guarda come dondolo (Regarde comme je bouge), un des tubes dans l’Italie du début des années 60 présent dans le film de Dino Risi alors que juste avant, nous écoutions le thème échevelé de Riz Ortolani qui accompagne le générique.
Héritière de la commedia dell’arte, la comédie à l’italienne connaîtra un âge d’or jusqu’en 1980, qui s’achèvera avec La Terrasse, d’Ettore Scola. Incarnée par des acteurs de talent: Gassman, Sordi, Tognazzi, Manfredi ou Salvatori, des scénaristes percutants : Age et Scarpelli, Ruggero Maccari ou Suso Cecchi d'Amico, elle se veut un miroir déformant de l’Italie: de ses défauts, de ses excès mais aussi de ses changements et de ses moeurs.

Le rock’n’twist très années 60 d’Armando Trovajoli, immense compositeur italien de musiques de films des années 50 à 80, accompagne l’un des neuf sketchs dont se compose Parlons femmes. Premier film en tant que réalisateur d’Ettore Scola, en 1964, qui après avoir été un grand scénariste pour Mario Mattoli, Antonio Pietrangeli et Dino Risi, tournait ce film à tableaux qui traite des difficultés des relations entre hommes et femmes. Vittorio Gassman y interprète à chaque fois le personnage principal (…)
Autre monstre de la comédie italienne des années 50-60 et du cinéma italien tout court et qui a multiplié les rôles marquants, c’est Alberto Sordi, archétype du Romain au cinéma.
Quatre ans avant Il Boom, de Vittorio De Sica, Le Veuf pourfend l'égoïsme de la société avec un Alberto Sordi qui brille dans son registre de prédilection : celui de l’Italien cupide.  Une petite parenthèse pour évoquer brièvement la carrière du compositeur Piero Piccioni, né en 1921 à Turin et mort en 2004 à Rome, qui habille de sa musique exotique Il Boom, satire féroce sur le miracle italien des années 60 et dont le style mélangeant jazz, bossa nova, et orchestre classique, a grandement influencé d'autres compositeurs.

Resté à Rome car il déteste la mer et la foule, Enrico, sémillant quadragénaire, s'apprête à rejoindre son épouse Giuliana, en vacances depuis trois semaines à Riccione, station balnéaire bondé de la côte Adriatique afin de passer le 15 août avec elle. Il découvre à son arrivée que sa femme n’est pas insensible au charme d’un beau parleur qu’il va défier au poker et ridiculiser.
Faire une émission sur les comédies italiennes ou plutôt à l’italienne, sans placer quelques grandes icônes de la chanson du pays de Dante eut été dommage.
Aussi, je vous propose de conclure avec trois d’entre elles et non des moindres qui ont toutes un rapport avec le cinéma à commencer par Adriano Celentano, monument de tout un pays, qui en 1960, chante dans La Dolce Vita, de Federico Fellini et dans les thermes de Caracalla Ready Teddy, un rock rendu célèbre en 1956 par Little Richard.

Autre compositeur et interprète de premier plan, bien que moins connu ici en France, c’est Gino Paoli, père de la fille de la grande actrice italienne Stefania Sandrelli, qui chante à l’été 1963 Sapore di sale (Saveur de sel), sur des arrangements et une orchestration du Maestro Ennio Morricone qu’on ne présente plus. La chanson évoque en  3 minutes 30 le sentiment si particulier de l’été et la nostalgie d’un amour de vacances.

Quelques conseils pour prolonger cette émission:

La Comédie italienne : les cent visages de l’Italie, de Charles Beaud, un passionnant ouvrage, très complet, paru en 2016 aux éditions Lettmotif. Autre livre de référence, l’autobiographie et les mémoires du grand Dino Risi, Mes Monstres, en référence à l’un de ses chefs d’œuvres que nous n’avons, faute de temps, pu évoquer mais que je vous conseille vivement, un livre paru en 2014 chez De Fallois. Enfin, pour accompagner ces lectures, quoi de mieux que les images et la bande son du Fanfaron, disponible en DVD chez M6 vidéo.

Play list des morceaux diffusés :

Mariti in citta, Domenico Modugno, générique
Pain, amour et fantaisie, musique d'Alessandro Cicognini, un film de Luigi Comencini
Pauvres mais beaux, Giorgio Fabor et Piero Piccioni
Le Fanfaron (Il Sorpasso), Riz Ortolani
Extrait du Fanfaron, de Dino Risi
Guarda come dondolo, Edoardo Vianello, BO Le Fanfaron, de Dino Risi
Parlons femmes, Armando Trovajoli
GI Boogie, Armando Trovajoli, BO Le Veuf (Il Vedovo), de Dino Risi
Samba della ruota, BO Le Boom, Piero Piccioni
Lezione di danza, BO de Play-boy party (L’Ombrellone), Lelio Luttazzi
Ready Teddy, Adriano Celentano, BO La Dolce Vita, de Federico Fellini
Sapore di sale, Gino Paoli
L’Eclisse twist, Mina, BO de L’Eclipse, de Michelangelo Antonioni
 

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr