Les compositeurs français oscarisés dans l’Histoire

Présentée par UA-106284

La Symphonie du cinéma

lundi 10 août à 11h00

Durée émission : 25 min

Les compositeurs français oscarisés dans l’Histoire

© DR. Maurice Jarre aux Oscars en 1985.

Ils sont au nombre de 7 à avoir remporté la très convoitée statuette en or des Oscars. De Maurice Jarre à Alexandre Desplat, en passant par Michel Legrand, retour cette semaine sur les compositeurs français consacrés à Hollywood.

Vénérable institution, créée en 1927 sous l’impulsion de Louis Burt Mayer, alors patron de la célèbre Metro-Goldwyn-Mayer, l’académie des Oscars a consacré les plus grands de la famille du cinéma mondial dans de nombreuses catégories dont la catégorie musicale. Dans la nuit de dimanche à lundi, pour nous Français, se déroulera au Théâtre Dolby de Los Angeles la 92e cérémonie. L’occasion de revenir, cette semaine dans La Symphonie du cinéma, sur le parcours des compositeurs français qui ont eu le privilège de recevoir une statuette.

Et le premier à ouvrir la voie a pour nom Maurice Jarre, il y a cinquante-sept ans avec un joyau à l’état brut devenu un thème mythique. Un Maurice Jarre qui disparaissait,  en 2009, et qui signait pour le film de David Lean l’extraordinaire et fascinant thème de Laurence d’Arabie, totalement indissociable des yeux bleus de Peter O’Toole et du désert où se déroule l’action de ce chef d’œuvre qui reçoit la bagatelle de 7 Oscars en 1963. Une entrée tonitruante en Amérique alors pour Maurice Jarre, repéré par David Lean pour sa partition jugée très incarnée des Dimanches de Ville d’Avray, l’année précédente.
Cette même année 1963, un autre Français est nominé pour la meilleure adaptation musicale, c’est Michel Magne, pour la BO de Gigot, le clochard de Belleville, un film de Gene Kelly avec Jackie Gleason. Trois ans plus tard, alors qu’il s’est installé en Californie, Maurice Jarre récidivera en décrochant une seconde statuette. Là encore, pour un film de David Lean et là encore en signant un thème passé à la postérité…  

Docteur Jivago, le film aux 5 Oscars de David Lean, adapté du roman de Boris Pasternak. L’incroyable histoire d’amour entre Youri, interprété par Omar Sharif et Lara, jouée par Julie Christie, dans une Russie éternelle, sous la neige, et plongée dans la guerre civile. Ce phénomenal succès de l’histoire du cinéma mondial en 1965, est porté aussi par la musique de Maurice Jarre et le fameux Thème de Lara.
Abordons à présent les années, que l’on pourrait qualifier "Michel Legrand", l’autre monument français en matière de compositions pour le cinéma qui s’est le mieux exporté à Hollywood.
Nominé une première fois en 1966 dans trois categories : meilleure partition originale, meilleure adaptation musicale et meilleure chanson originale avec la version anglaise de Je ne pourrai jamais vivre sans toi, tirée des Parapluies de Cherbourg, Michel Legrand décroche la statuette en 1969 grâce à sa première collaboration à Hollywood, pour L’Affaire Thomas Crown, de Norman Jewison et à la chanson Les Moulins de mon Coeur : The Windmills of your mind en anglais que chante Noel Harrison, indissociable de l’histoire d’amour entre Steve McQueen et Faye Dunaway au sommet de leur séduction.  

Victorieux dans la catégorie meilleure chanson originale de l’année, Michel Legrand ne réussira pas le doublé en cette année 1969 malgré une nomination aussi dans la catégorie meilleure partition originale qui reviendra au compositeur anglais John Barry pour Le Lion en hiver. Michel Legrand qui enchaîne les collaborations à Hollywood sera encore nommé en 1970 avec la musique de la chanson What are you doing the rest of your life ? présente dans The Happy Ending, de Richard Brooks,  puis en 1971 avec Pieces of dreams, extrait du film de Daniel Haller. Des chansons à chaque fois mises en musique sur des paroles écrites par le célèbre couple de paroliers que formaient alors  Alan et Marilyn Bergman.
Cette année-là, un autre Français allait cependant remporter l’Oscar de la meilleure musique originale pour le film d’Arthur Hiller Love story… Francis Lai compose entre deux films de Claude Lelouch, Un Homme qui me plaît et Le Voyou, la partition habitée de l’histoire d’amour désespérée entre Ryan O’Neal et Ali MacGraw. Sa collaboration américaine aura pourtant failli ne jamais avoir lieu tant Francis Lai avait une peur panique de l’avion, ce qui d’ailleurs le privera d’une grande carrière à Hollywood sans doute. Sa bande originale pour Love story, il la composera en France mais se déplacera quand même en Amérique pour aller récupérer sa statuette, quatre ans après avoir été nominé une première fois pour la musique d’Un Homme et une femme, déjà, de Claude Lelouch…

Le thème final déchirant de Love story, on le doit à Francis Lai, disparu le 7 novembre 2018. Un Francis Lai qui aura écrit en 60 ans la musique de plus de 140 films et signé plus de 600 chansons pour d’innombrables artistes et notamment Mireille Mathieu qui chante, toujours en 1971, Une Histoire d’amour sur la musique de Love Story et des paroles de Catherine Desage.
Mais revenons à Michel Legrand qui, trois ans après L’Affaire Thomas Crown remporte un nouvel Oscar dans la catégorie meilleure musique originale cette fois-ci, avec Un Ete 42, l’histoire, comme pour Love story, d’un amour contrarié inoubliable.   

Michel Legrand obtiendra une troisième et dernière statuette en 1984 pour la musique de Yentl, de et avec Barbra Streisand, alors que quatre ans auparavant un compositeur à la carrière déjà impressionnante qui vient d’entamer, enfin, à 54 ans une carrière américaine est récompensé pour la bande originale du film Little Romance :  I love you, je t’aime dans son titre français, de George Roy Hill. Et ce compositeur, c’est Georges Delerue.

Le thème principal d’I Love you, je t’aime, signé Georges Delerue, puis le morceau Rupert bear, signé Gabriel Yared, une transition toute trouvée pour évoquer à présent un autre compositeur majeur du cinéma français de ces quarante dernières années, récompensé en 1997 pour la sublime partition du Patient anglais, d’Anthony Minghella, immense succès international, récompensé par pas moins de neuf Oscars. Rien ne prédestinait pourtant Gabriel Yared au métier de compositeur. D’abord étudiant en droit, il suit en auditeur libre les cours d’Henri Dutilleux et Maurice Ohana. Compositeur de plus de 100 musiques de films, Gabriel Yared a travaillé avec Jean-Luc Godard, Jean-Jacques Beineix, Étienne Chatiliez, signe la BO de L'Amant, de Jean-Jacques Annaud en 1992, puis celles du Patient anglais, du Talentueux M. Ripley et de Retour à Cold Mountain pour Anthony Minghella.
En 2018, on le retrouve chez Michel Ocelot dans Dilili et pour le premier film de l'acteur britannique Rupert Everett, The Happy Prince alors que le mois dernier, sa musique accompagnait le formidable film de Rupert Goold Judy, le biopic sur la vie de Judy Garland, interprétée avec profondeur par Renée Zellweiger, récompensée par le Golden Globe de la meilleure actrice.     

La musique sautillante de Ludovic Bource, à travers le morceau phare de George Valentin, sans aucun doute le moins connu de tous les compositeurs français oscarisés et pourtant sa partition originale remporte un incroyable succès en 2012 tout comme le film qu’elle accompagne, The Artist, un hommage appuyé, signé Michel Hazanavicius, au cinéma muet à travers la figure d’une star, George Valentin en l’occurrence qui va rater le virage du cinéma parlant.
Le film reçoit plus de cent récompenses dans le monde entier dont 5 Oscars et celui très convoité de meilleur film et du meilleur acteur pour Jean Dujardin. Accompagné par l’Orchestre philarmonique de Bruxelles et le Brussels Jazz Orchestra, Ludovic Bource signe une bande originale dans l’esprit de l’âge d’or du muet des années 20 et recevra au passage les plus prestigieuses récompenses : non seulement l’Oscar, mais aussi un Golden Globe, un Bafta et un César.

Les cordes et la musique symphonique, sont dit-il, sa principale source d’inspiration. Compositeur attitré de Jacques Audiard, Wes Anderson, Roman Polanski, et Stephen Frears, le très élégant et inventif Alexandre Desplat a créé plus de 150 bandes originales et reçu deux Oscars. En 2015 pour le Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson que nous venons d’entendre et en 2018 pour La Forme de l’eau, de Guillermo Del Toro que je vous propose d’écouter.
Enfin sachez encore qu’en 2019, il signait la BO de J’Accuse, de Roman Polanski et du récent Les Filles du Docteur March, de Greta Gerwig.

Quelques conseils pour prolonger cette émission

Et tout d’abord J’ai le regret de vous dire oui, une passionnante autobiographie de Michel Legrand, écrite avec la complicité de Stéphane Lerouge, spécialiste de la musique au cinéma, parue en août 2018 chez Fayard. Enfin, les différents films cités sont disponibles en DVD et blue ray, je vous conseille en particulier si vous n’étiez pas né dans les années 60 les deux chefs-d’œuvre de David Lean : Laurence d’Arabie et Docteur Jivago, édités pour le premier par Sony Pictures et Warner Bros, pour le second.
Et on se quitte avec le thème instrumental des Parapluies de Cherbourg, de Michel Legrand. Un Michel Legrand, honoré, un an après sa disparition, par Radio France le mois dernier, le temps d’un week-end de trois concerts, trois univers et d’un florilège de ses musiques interprétées par l’Orchestre philharmonique de Radio France.  

Play list des titres diffusés

Laurence d’Arabie main theme, Maurice Jarre, BO Laurence d’Arabie
Lara’s theme, BO Doctor Zhivago, Maurice Jarre
The Windmills of your mind, BO L’Affaire Thomas Crown, Noel Harrison, Michel Legrand
Love Story, finale Francis Lai, BO Love story
Extrait de la cérémonie des Oscars 1972
Un Eté 42, Michel Legrand
Little Romance (I love you je t’aime), Georges Delerue, BO I love you je t’aime
Rupert Bear, BO Le Patient anglais, Gabriel Yared
George Valentin, BO The Artist, Ludovic Bource
Mr Moustafa, BO The Grand Budapest Hotel, Alexandre Desplat
The Shape of water main theme, BO La Forme de l’eau, Alexandre Desplat
Les Parapluies de Cherbourg, thème principal instrumental, Michel Legrand

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L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr