Les musiques des films d'Alain Delon

Présentée par

La Symphonie du cinéma

jeudi 13 juin à 16h30

Durée émission : 25 min

Les musiques des films d'Alain Delon

© Flickr.com

Après Lino Ventura, c'est un autre géant du cinéma français qui est cette semaine dans La Symphonie du cinéma. Acteur à l'instinct animal, élu plus belle gueule du cinéma français dans les années 60, Alain Delon est unique et icônique à l'image de sa filmographie majuscule, habillée par de somptueuses bandes originales.

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Très justement récompensé par une palme d’honneur le mois dernier à Cannes pour sa filmographie de légende et son immense carrière d’acteur, Alain Delon valait bien que La Symphonie du cinéma lui consacre une émission. Delon en dix films, dix musiques…

Peu d’entre vous connaissaient, sans doute, l’extrait que nous venons d’écouter, intitulé L’Auberge dans la forêt, que l’on doit à Georges Auric, et tiré du film Christine, réalisé par Pierre Gaspard-Huit. Un film, sorti en 1958, dans lequel Alain Delon tient son premier grand rôle, après des débuts l’année précédente dans Quand la femme s'en mêle d'Yves Allégret. Alain Delon joue un lieutenant des dragons qui tombe amoureux de la fille d’un musicien, qu’incarne Romy Schneider, promise à un compositeur sans relief. Une rencontre marquante, aussi, en dehors des plateaux puisqu’Alain Delon et Romy Schneider allaient se fiancer juste après. Commençait, alors, leur idylle très médiatisée et le début d’une carrière fulgurante marquée par une succession de grands rôles dans la décennie suivante…

La mer et les corps bronzés de Marie Laforêt, Maurice Ronet et Alain Delon dans Plein Soleil, de René Clément sur fond de mandolines et du  thème de Nino Rota. Plein Soleil, le film de la révélation et un grand succès de l’année 1960. Un thriller psychologique, tourné en Italie dans la province de Naples, juste avant Rocco et ses frères, de Luchino Visconti, autre grand classique de la filmographie de l’acteur, et autre drame sur fond de fratrie et de jalousie amoureuse. Rocco ou le frère sacrifié, symbole d’une harmonie familiale qui vole en éclats, un rôle qui contribuera à lancer la carrière d’Alain Delon en Italie, avant L’Eclipse d’Antonioni en 1962 avec Monica Vitti, puis Le Guépard en 1963, encore de Luchino Visconti, autant de chefs d’oeuvre qui ont façonné la notoriété et le mythe Delon.
1963, c’est aussi l’année de Mélodie en sous-sol, d’Henri Verneuil où il partage l’affiche avec Jean Gabin et de La Tulipe noire, de Christian Jaque, juste avant L’Insoumis, d’Alain Cavalier, son premier film en tant que producteur, l’autre carrière que mena Alain Delon au cinéma.

La très belle musique jazzy de Georges Delerue pour le film d’Alain Cavalier L’Insoumis en 1964. L’Insoumis ou l’histoire d’un jeune légionnaire déserteur ayant combattu en Algérie, qui se retrouve mêlé à un projet d’attentat de l’OAS et qui au dernier moment fera volte face…
Remontons encore le temps avec un autre film des années 60, sorti en 1968 et les retrouvailles avec Maurice Ronet et Romy Schneider dans un huis clos solaire de légende autour d’une piscine…

Le scat très identifiable du générique du film de Jacques Deray La Piscine, que l’on doit à Michel Legrand. D’abord pressenties pour le premier rôle féminin, Delphine Seyrig, Jeanne Moreau et Monica Vitti ne furent finalement pas retenues devant l’insistance d’Alain Delon à imposer le choix de Romy Schneider. Menaçant même de ne pas faire le film si son ancienne fiancée n'était pas engagée, la production finit par céder, ce qui aura pour conséquence de relancer complètement la carrière de l’actrice allemande, choisie notamment par la suite par Claude Sautet pour Les Choses de la vie grâce à son rôle dans La Piscine.

Au tout début des années 1970, Alain Delon enchaîne encore deux grands succès : Borsalino, à nouveau sous la caméra de Jacques Deray, et son face à face d’anthologie avec Jean-Paul Belmondo, et Le Cercle rouge, servi par un Bourvil austère dans son dernier grand rôle. Un polar glacial de Jean-Pierre Melville, trois ans après Le Samouraï, autre chef d’oeuvre du film noir.
Une décennie faste où les grands rôles s’enchaîneront aux côtés d’autres grandes vedettes comme Simone Signoret en 1971 dans La Veuve Couderc dont nous venons d’entendre la musique signée Philippe Sarde. Mais revenons au cinéma de Melville, un réalisateur qui occupe une place à part dans la filmographie d’Alain Delon. J’ai évoqué Le Samouraï et Le Cercle rougeUn Flic sera la troisième et dernière collaboration entre les deux hommes.

C'est ainsi que les choses arrivent , le générique de fin d’Un Flic, chanté par Isabelle Aubret sur une musique composée par Charles Aznavour et Michel Colombier pour ce qui allait être le dernier film de Jean-Pierre Melville, cinéaste du silence, qui disparaissait le 2 août 1973 à l’âge de 55 ans.
Au sujet de la star, Melville écrira : “Il est de la race qui conserve sa jeunesse intacte et la fraîcheur de son adolescence. Il a retenu l’univers même de son enfance avec ses passions taciturnes et ses mythologies. "

En 1973 sort sur les écrans Deux Hommes dans la ville, de José Giovanni, dont Alain Delon est producteur, avec un Jean Gabin, magnifique de sobriété et d’empathie dans la peau d’un éducateur humaniste prenant fait et cause pour Gino, un jeune truand en voie de réinsertion.  Bien décidé à refaire sa vie, c’est sans compter sur des circonstances malheureuses et sur l’acharnement de Goitreau, un inspecteur zélé joué par Michel Bouquet persuadé qu’il va replonger. Dans un acte de fureur, Gino tuera Goitreau et sera condamné à la peine de mort. Sous-tendu par cette issue fatale, le film pose la question de l’abolition en France, qui interviendra huit ans plus tard en 1981.

Mireille Darc-Alain Delon. Une histoire à jamais liée depuis un jour de 1968 où ils se rencontrent sur le tournage de Jeff, de Jean Herman. Ils vivront quinze années ensemble et se retrouveront plusieurs fois encore devant les caméras. Dans Les Seins de glace, de Georges Lautner, en 1974 et dans L’Homme pressé, en 1977, d’Edouard Molinaro, l’histoire d’un collectionneur d’art vivant à 100 à l’heure, soulignée par la musique mélancolique que nous venons d’entendre de Carlo Rustichelli (…)  
Changement d’ambiance à présent avec l’extrait suivant et la décennie 80 où Alain Delon, à la demande de son public, multipliera les rôles de policier et de  justicier…

Bensonhurst blues, chanté par Oscar Benton, morceau phare de la bande originale de Pour la peau d’Un flic en 1981, un film produit et réalisé également par Alain Delon. Il assurera la réalisation 2 ans plus tard d’un second et dernier film, Le Battant, encore un succès en salles. Mais cette fois-ci dans le rôle d’un ancien trafiquant de diamants en proie avec le Milieu à sa sortie de prison qui devra s’empl oyer pour sauver sa peau. (…)
Cette émission approche de son terme. Encore quelques mots pour vous dire qu’à 83 ans, l’acteur, qui n’a plus tourné au cinéma depuis 2008 et Astérix aux jeux Olympiques, dans lequel il s’amusait à caricaturer son image de personnage narcissique, présente un bilan de 90 films, dont nombre de chefs d’œuvre de l’histoire du 7e art, un Ours d’honneur au festival de Berlin de 1995, un César, obtenu en 1985 pour Notre Histoire, de Bertrand Blier et désormais une Palme d’honneur, décernée le 19 mai au Palais des festivals de Cannes et remise par sa fille, Anouchka.
Et on se quitte avec On se retrouvera, célèbre chanson de Francis Lalanne, sur une musique composée par le frère du chanteur, Jean-Félix, au générique du film Le Passage, de René Manzor en 1986. Un film fantastique atypique dans la carrière d’Alain Delon  qui clôt cette Symphonie du cinéma.

Quelques conseils pour prolonger cette émission :

L’Encyclopédie Delon, parue en 2016 aux éditions Hugo Image, 216 pages dont 80 photos commentées par Patrice Leconte. Ses grands rôles, les réalisateurs qui l’ont fait tourner : Losey, Clément, Antonioni, Verneuil, Melville, Deray, Lautner, Blier… Autant d’anecdotes sur la légende Delon. Autre conseil de lecture: Delon, les Femmes de ma vie, de Philippe Barbier, paru en 2011 aux éditions Carpentier et préfacé par Brigitte Bardot. Là encore, un livre abondamment illustré de photographies et témoignages. Et puis Le Cinéma d’Alain Delon se décline aussi en musique, avec un CD, paru chez Decca au mois d’avril. Un coffret où l’on retrouve les compositions pour Plein Soleil, Le Samouraï, Mélodie en sous-sol ou encore Borsalino.
 
Play list des morceaux diffusés :

Auberge dans la forêt, BO de Christine (cithare solo), Georges Auric
Extrait de Plein Soleil, musique de Nino Rota
La fête est triste, BO de L’Insoumis, Georges Delerue
La Piscine, Michel Legrand
La Veuve Couderc, Philippe Sarde
C'est ainsi que les choses arrivent, BO Un Flic, Isabelle Aubret, Michel Colombier, Charles Aznavour
Deux Hommes dans la ville, Philippe Sarde
L’Homme pressé, Carlo Rustichelli
Bensonhurst blues, BO de Pour la peau d’un flic, Oscar Benton
On se retrouvera, BO Le Passage, Francis Lalanne, Jean-Félix Lalanne 

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L'émission

Du lundi au vendredi à 11h00

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr