Scorsese, Joffé, Gavras… les jésuites au cinéma

Présentée par UA-167932

La Symphonie du cinéma

mercredi 31 mars à 12h00

Durée émission : 25 min

Scorsese, Joffé, Gavras… les jésuites au cinéma

© Warner Bros. Jeremy Irons dans 'Mission", de Roland Joffé en 1986.

De "Mission" aux "Deux Papes", vu récemment sur Netflix, La Symphonie du cinéma profite de la semaine consacrée aux pères jésuites pour aborder la figure de la Compagnie de Jésus au cinéma.

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Cette semaine, La Symphonie du cinéma est consacrée à la figure des jésuites et se penche sur les films qui évoquent la congrégation fondée, entre autres, par saint Ignace de Loyola.

« SILENCE », DE MARTIN SCORSESE : L’IMPOSSIBLE éVANGéLISATION DU JAPON AU XVIIE S.

« La religion a toujours été présente dans ma vie », confesse Martin Scorsese, dont on se souvient en 1988 son film très controversé « La Dernière Tentation du Christ », entouré avant même sa sortie de critiques très virulentes. Fasciné par le thème de la rédemption, Scorsese s’entourait en 2016 de Kathryn et Kim Allen Kluge pour la bande originale de « Silence ». Ce film, adaptation du livre de Shūsaku Endō sur la persécution des chrétiens dans le Japon du XVIIe siècle, conte le destin de deux jeunes jésuites, joués par Andrew Garfield et Adam Driver, partis en mission pour faire revenir à la foi le père Ferreira, incarné par Liam Neeson, ancien jésuite qui, sous la torture, a fait confession d’apostasie. Le film montre l’impossible évangélisation d’un Japon archaïque et féroce dominé par les seigneurs féodaux. Sachez que Scorsese n’est pas le premier à avoir adapté au cinéma le livre de Shūsaku Endō. Déjà, en 1971, Masahiro Shinoda s’en emparait. Je vous propose d’écouter la musique de facture plus classique de Tōru Takemitsu qui accompagne cette première version.
 

« SILENCE » : L'ORIGINAL DE MASAHIRO SHINODA en 1971

Des cordes de guitare et des accords parfois plus dissonants dans cet extrait musical de Tōru Takemitsu pour « Silence », de Masahiro Shinoda, qui fut l’assistant du grand Ozu dans les années 50 avant de voler de ses propres ailes dès 1960. Grand cinéaste de la Nouvelle Vague japonaise et auteur de 33 films, Shinoda voit son film être sélectionné au festival de Cannes en 1972. Un film qui, tel un entonnoir, nous aspire avec les deux pères jésuites dans les abîmes et tréfonds de l’âme, laissant seul le spectateur face à lui-même.
D’autres grands réalisateurs ont aussi mêlé la foi chrétienne à leur art et pas des moindres. Les exemples sont nombreux, d’Eric Rohmer à Mel Gibson. L’Italien Pier Paolo Pasolini est quant à lui conseillé en 1964 par le frère jésuite Virgilio Fantuzzi pour son film « L’Evangile selon saint Matthieu ». Un Fantuzzi qui fut très proche de Roberto Rosselini, de sa fille Isabella et plus tard de Martin Scorsese également et qui fut d’une aide précieuse durant l’écriture et le tournage.
 

« L’éVANGILE SELON SAINT MATTHIEU » : PASOLINI CONSEILLÉ PAR LE JÉSUITE VIRGILIO FANTUZZI

« Signore mio from a hebrew song » est un morceau instrumental de Luis Bacalov. Le compositeur italo-argentin signe plusieurs titres de la BO du film de Pasolini, comportant également de nombreux extraits de musique classique : de Mozart et de Bach surtout avec entre autres l’oratorio de « La Passion selon saint Matthieu ». Athée assumé mais possédé par l’idée du péché, lui qui avait voué un culte à la Vierge Marie dans sa jeunesse, Pasolini, l’homme de gauche, reconstitue en 1964 un tableau fidèle de l'Évangile selon saint Matthieu, qui reprend une sélection de scènes de l'histoire de la vie du Christ, de l'Annonciation à la Passion. Une méditation à la fois poétique et politique sur la croyance et l'espérance qui fera date.
 

« ROBE NOIRE », UNE PLONGéE AU CŒUR DE LA CULTURE AMéRINDIENNE ET LA BO DE DELERUE

En 1991, l’Australien Bruce Beresford  s’adjoint les services de Georges Delerue pour son film «  Robe noire », inspiré d’un épisode de la vie de Pierre Chaumonot, missionnaire jésuite au Québec, au XVIIe siècle. Dans ce film que vous avez peut-être vu sur Arte cet hiver, le thème de Georges Delerue, qui décédait quelques mois après la sortie du film, revient comme un fil rouge récurrent et l’enveloppe d’un certain mystère parfois pesant. Vers 1634, dans une mission qui deviendra la ville de Québec, des Jésuites tentent, sans trop de succès, de convertir les indiens au christianisme. Le gouverneur envoie alors un jeune prêtre, le père Laforgue établir des contacts avec les Hurons dans un lointain village. L’évangélisation des indiens, c’est aussi le thème central du plus connu sans doute des films sur les jésuites, je veux parler de « Mission », de Roland Joffé, grande fresque historique aux allures d’épopée portée par la musique envoûtante d’Ennio Morricone.
 

« MISSION » : LE CHEF-DOEUVRE DE ROLAND JOFFé SUBLIMé PAR ENNIO MORRICONE

 “Ave Guarani” vient souligner l’une des scènes impressionnantes du film de Roland Joffé où des dizaines d’indiens guaranis, reprennent en chœur dans leur village l’”Ave Maria” devant les pères jésuites dans une scène contemplative d’une rare beauté. “Mission” met en scène le drame de conscience que vivent les Jésuites, au XVIIIe siècle, lorsqu'ils sont contraints d'abandonner l eur mission en Amérique du Sud. Palme d’or à Cannes en 1986, le film se concentre également sur la figure de Rodrigo Mendoza, formidablement joué par Robert de Niro, mercenaire et marchand d'esclaves, qui va rejoindre la mission après avoir tué son frère par rivalité amoureuse. Il trouvera la rédemption en se convertissant et en assistant les jésuites et notamment le père Gabriel, un jésuite idéaliste au fort charisme, joué par Jeremy Irons, qui utilise un petit hautbois pour rentrer en contact avec les indiens.

Mendoza est un homme que la jalousie et la colère ont rongé. Son salut, il le trouvera en Dieu. Dans une des autres célèbres scènes du film, on le voit subir l’épreuve d’une marche forcée, en traînant derrière lui son armure comme un boulet, symbole ultime du poids que pèse sur sa conscience.
 

« AMEN », DE COSTA-GAVRAS : L'éGLISE FACE À LA SHOAH SUR FOND DE VIVE POLéMIQUE EN 2002

Autre film et autre succès au box office, « Amen », de Costa-Gavras prend, lui, pour figure centrale Mathieu Kassovitz qui interprète en 2002 Riccardo Fontana, personnage fictif et jeune jésuite conseiller auprès du nonce apostolique en poste à Berlin et dont la carrière s'annonce prometteuse. Alors que l’Europe est plongée en pleine Seconde Guerre mondiale, un officier allemand cherche à alerter le Vatican du génocide dont les Juifs sont alors victimes et va trouver en Fontana, un allié de poids qui fera le choix d’aller jusqu’au bout de sa conscience au prix de sa vie.

« Amen » suscita la polémique et une forte indignation à sa sortie au sein de la communauté catholique. Il s'inspire en effet très librement d'une pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire, qui abordait l’attitude du Vatican et du pape Pie XII face au régime nazi.
Revenons en Asie, mais en Chine cette fois-ci, unité de lieu de l’action du « Portrait interdit », pour parler du très beau film du Français et par ailleurs artiste d’art contemporain Charles de Meaux qui mettait en scène en 2017 la rencontre entre un frère jésuite, peintre à la cour et l'impératrice Ulanara, deuxième épouse de l'empereur Qianlong.
 

« LE PORTRAIT INTERDIT » : LE DESTIN D’UN FRèRE JéSUITE à LA COUR DE CHINE

« The Eternal » est un titre pour le moins énigmatique que l’on doit au groupe de rock mancunien Joy Division qui sert de générique de fin au film « Le Portrait interdit », dont l’action se situe dans la Chine du XVIIIe siècle et où l’on suit un frère jésuite, joué par Melvil Poupaud. Ce dernier va se voir confier le portrait de l'impératrice Ulanara, incarnée par la grande star chinoise, actrice et chanteuse Fan Bingbing, qui joue une ancienne concubine ayant succédé à la première femme de l'empereur.
Conte tragique et trouble tout en non dits et magnifique peinture de la Cité interdite, « Le Portrait interdit » fait appel par ailleurs à des extraits de compositeurs variés tels que Messiaen, Dutilleux ou encore Janacek.
 

« LES DEUX PAPES » : SECRETS D’ALCôVE AU VATICAN

« Les Deux Papes » est le dernier film en date au cinéma sur une grande figure jésuite. Film du Brésilien Fernando Meirelles, il est sorti en salles aux Etats-Unis et diffusé pour le reste uniquement sur Netflix en 2019.
Cette fiction  est librement adaptée de la rencontre entre Jorge Mario Bergoglio et Benoît XVI et le dialogue théologique qu’imagine Meirelles entre les deux hommes. Une histoire de deux visions, d’une passation de pouvoir, et de souvenirs, notamment ceux du futur François lorsqu’il n’était qu’un petit curé jésuite à Cordoba en Argentine. Anthony Hopkins, qui incarne Benoît XVI, et Jonathan Pryce, le futur pape, sont très convaincants tout comme la BO très illustrative du compositeur et musicien américain Bryce Dessner…

 
Quelques conseils pour prolonger cette émission
« Christianisme et cinéma » est un ouvrage, paru en 2016 chez Domuni dans lequel son auteur, Joseph Marty, par ailleurs prêtre et docteur en théologie et en études cinématographiques, recense et explique quelques chefs d’œuvre du 7e art traitant du sujet, le tout dans une démarche pédagogique et philosophique. Autre livre, « Quand le christianisme fait son cinéma », de Bruno de Seguins Pazzis, paru, lui, en 2018 au Cerf. Un ouvrage exhaustif de quelque 500 pages fourmillant de références, d’anecdotes parfois méconnues et d’analyses à travers les époques, les genres et les polémiques qui ont entouré certains films.
 

LE PHILIPPIN PAOLO DY S'EMPARE DU MYTHE FONDATEUR D'IGNACE DE LOYOLA en 2016

Et la figure d'Ignace de Loyola alors? A-t-elle été traitée au cinéma? En effet, le Philippin Paolo Dy s'est attaqué à ce personnge mythique et ô combien emblématique dans un film, sorti en 2016, qui retrace les aventures de l’un des fondateurs de la Compagnie de Jésus, soldat converti à la suite d’une grave blessure, et dont l’œuvre devait bouleverser en profondeur le visage de l’Église catholique. Le rôle titre est joué par l’acteur espagnol, Andreas Muñoz tandis que l'on doit la musique au compatriote de Paolo Dy, le Philippin Ryan Cayabyab.

Play list des titres diffusés
Extrait de « Silence », de Martin Scorsese (Warner home vidéo), 2016
 « Theme song », BO « Silence », Kathryn Kluge & Kim Allen Kluge
BO “Silence”, Tōru Takemitsu, 1971
Bande annonce « L’Evangile selon saint Matthieu », de Pier Paolo Pasolini (Carlotta Films)
« Signore mio » (from a hebrew song), BO « L’Evangile selon saint Matthieu », Luis Bacalov
Main theme, BO « Robe noire », Georges Delerue
« Ave  guarani » du film, BO « Mission », Ennio Morricone
“Gabriel’s oboe”, BO “Mission”, Ennio Morricone
« To warm the world », BO « Amen », Armand Amar
« The Eternal », BO «  Le Portrait interdit », Joy Division
« Pope Francis», BO « Les Deux papes », Bryce Dessner
« The Sword of Loyola », BO « Ignacio de Loyola », Ryan Cayabyab 

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L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr