Serge Gainsbourg au cinéma

Présentée par UA-163204

La Symphonie du cinéma

mercredi 3 mars à 12h00

Durée émission : 25 min

Serge Gainsbourg au cinéma

© Hamster productions. Jane Birkin et Serge Gainsbourg sur "Slogan" en 1969.

Flanqué d’arrangeurs de grand talent, l’auteur des B.O de « La Horse » et du « Pacha » aura composé une cinquantaine de partitions pour le cinéma tout en jouant ou réalisant parfois.

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La Symphonie du cinéma est entièrement consacrée, cette semaine, au génie créatif de Serge Gainsbourg côté grand écran. Il y a 30 ans tout juste, le 2 mars 1991, disparaissait, à l’âge de 62 ans, l’auteur de « Je t’aime moi non plus » et de « L’Eau à la bouche », deux chansons et deux titres de films, aussi, parmi d’autres, qui illustrent, à la fois l’empreinte de Serge Gainsbourg dans le 7e art et, d’autre part, un talent hors pair de faiseur de tubes.
« L’Eau à la bouche », justement, et bien c’est sa première musique de film. Nous sommes en 1959 et un réalisateur débutant, Jacques Doniol-Valcroze, lui confie alors la partition musicale de son premier long métrage…

 

1959, LES PREMIERS PAS AU CINÉMA

Bernadette Lafont, Françoise Brion, Alexandra Stewart, Jacques Riberolles, mais aussi Michel Galabru tournent durant l’été 59 près de la frontière espagnole à Céret au château d’Aubiry  dans « L’Eau à la bouche ». La chanson titre du film sert de fil rouge à cette comédie romantique centrée autour de trois couples et de leurs élans amoureux. Epaulé par Alain Goraguer, avec lequel il collaborera quatre années, Serge Gainsbourg connaîtra avec le 45-tours de la chanson, qui se vendra à plus de cent mille exemplaires, son premier grand succès. Il en sera d’ailleurs le premier surpris.
S’il compose, il fera aussi l’acteur, et ce dès 59 également, avec un premier film aux côtés de Brigitte Bardot dans « Voulez-vous danser avec moi ?», de Michel Boisrond où il tient le rôle de Léon, un photographe. Il tournera ensuite trois péplums, jouera et signera la musique de « Strip tease » en 63, toujours avec Alain Goraguer, et avec encore une chanson titre mais cette fois-ci chantée par Juliette Greco qui interprète cette même année « La Javanaise », qui fut loin d’être un tube à sa sortie.
 

« LE JARDINIER D’ARGENTEUIL » : LA RENCONTRE AVEC JEAN GABIN

A l’hiver 1966, alors qu’il vient de composer « Les Sucettes », Jean-Paul Le Chanois le sollicite pour « Le jardinier d’Argenteuil » tout en lui proposant un rôle secondaire. Ce sera la rencontre avec Jean Gabin qui en est la tête d’affiche et que Serge Gainsbourg retrouvera pour « Le Pacha » en 68.
Le « Jardinier d’Argenteuil » n’est pas le plus connu des films de Jean Gabin. Il s’intercale dans la filmographie de l’acteur entre « Du rififi à Paname », de Denys de La Patellière et «  Le Soleil des voyous », de Jean Delannoy et avant, je le citais tout à l’heure « Le Pacha », de Georges Lautner. Serge Gainsbourg qui voit dans la musique de film un laboratoire à idées, une façon de tenter des expériences musicales joue dans « Le Pacha » son propre rôle dans une scène célèbre où un Jean Gabin impassible en pardessus crème, qui joue un commissaire de police, observe derrière une vitre Serge Gainsbourg en train de chanter « Requiem pour un con » en studio.
 

« LE PACHA » :  LE SON MICHEL COLOMBIER

Après avoir débuté, au milieu des années 50, au cabaret Le Milord l’arsouille comme pianiste, Michele Arnaud, la vedette des lieux et Francis Claude, son directeur artistique, découvrent ses chansons et le poussent à monter sur scène. La suite, c’est Jacques Canetti, alors directeur du théâtre des Trois-Baudets et surtout directeur artistique des disques Philips qui l’écrira. En deux ans, Serge Gainsbourg commence à se faire un petit nom, fait les premières parties de Jacques Brel ou de Raymond Devos avant de se laisser tenter, donc, par le cinéma.
Alain Goraguer ayant cessé sa collaboration avec lui car lassé d’être l’éternel homme de l’ombre, Serge Gainsbourg se voit proposer par son entremise le nom de Michel Colombier, alors jeune arrangeur qui travaille à l'époque avec le compositeur de musique contemporaine Pierre Henry.
Le gimmick musical du « Pacha », c’est lui, une rythmique avant-gardiste pour l’époque, très pop et même précurseur du hip-hop, pourrait-on dire. Mais déjà, une autre très grande partition allait suivre l’année suivante avec aux manettes, cette fois-ci, un autre compositeur et arrangeur de génie : Jean-Claude Vannier…
 

« LA HORSE » : GAINSBOURG, PÉRIODE JEAN-CLAUDE VANNIER

Le cymbalum, cet instrument d’Europe de l’Est et du clavecin, voici ce qu’entendent en février 1970 les spectateurs de « La Horse ». Pierre Granier-Deferre campe son histoire en Normandie pour ce polar agricole dans lequel le son Vannier annonce déjà le concept album « Melody Nelson ». Alain Goraguer, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier, puis plus tard Jean-Pierre Sabard, quatre noms, indissociables de la discographie de Serge Gainsbourg qui ont une grande part dans son succès. Nouvelle illustration deux ans avant « La Horse » avec « Manon 70 », un film de Jean Aurel, libre adaptation du roman de l’abbé Prévost avec Catherine Deneuve dans le rôle de Manon.
 

« MANON »: LA CHANSON DE « MANON 70 » PLUS CONNUE QUE LE FILM 

Les superbes déclinaisons d’orgues et de cordes du titre « Manon », chanté et cocomposé par Serge Gainsbourg et Michel Colombier. Une chanson devenue au fil des années plus connue que le film lui-même, passé lui aux oubliettes. Tout le paradoxe pour nombre d’œuvres de Serge Gainsbourg au cinéma qui voyait dans le 7e art, avant de percer vraiment dans la chanson, une façon de parvenir à la notoriété. Pour « Manon 70 », il a l’humeur sombre et le romantisme noir. Rien d’étonnant quand on sait que le film intervient à l’époque de sa séparation avec Brigitte Bardot.
Et c’est une autre femme, une autre égérie qui va lui redonner goût aux choses et qui a les traits d’une jeune Anglaise de 21 ans, rencontrée sur le tournage du film « Slogan ».
 

« SLOGAN » : VENISE ET JANE

Rien, absolument rien ne prédisait que le vent de l’amour allait tourner en cet été 1968 à Venise. Entre Serge Gainsbourg et Jane Birkin, c’est plutôt je t’aime moi non plus au grand dam du réalisateur Pierre Grimblat. Mais un dîner, suivi d’une soirée arrosée va tout changer. Revirement spectaculaire, les relations se détendent et vont même aller bien au-delà. A la baguette, Jean-Claude Vannier arrange et orchestre la musique du film. Ce sera encore le cas pour plusieurs films jusqu’en 1972 comme sur « Cannabis », de Pierre Koralnik, thriller se déroulant entre Paris et New York.
 

« CANNABIS » :  OVNI POP ENTRE PARIS ET NEW YORK

Trois ans après le succès du téléfilm « Anna » et de sa BO extrêmement soignée et ambitieuse où éclabousse tout le talent d’actrice et de chanteuse d’Anna Karina, comédienne phare chez Jean-Luc Godard dans la décennie 60…
 

ANNA KARINA : CHANSONS, GLOIRE ET BEAUTÉ

Pierre Koralnik retrouve Serge Gainsbourg, flanqué lui toujours d’un Jean-Claude Vannier en pleine forme pour cette célébration du couple Birkin-Gainsbourg à travers l’histoire d’un gangster américain chargé d'un trafic de drogue qui fait la connaissance d'une jeune femme dont il va tomber amoureux avec en corolaire le thème de la rédemption du truand qui se rachète une conduite. Le casting comprend également l’acteur italien de « L’Avventura » Gabriele Ferzetti dans le rôle de l’inspecteur, ainsi que Cürd Jurgens.
 

« JE T’AIME MOI NON PLUS » : LE PREMIER FILM DERRIÈRE LA CAMÉRA

En 1976, Serge Gainsbourg passe pour la première fois derrière la caméra.
Le thème titre de « Je t’aime moi non plus » est au départ une chanson, enregistrée fin 67, par Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot. Huit ans plus tard, la voilà recyclée dans le premier film de Serge Gainsbourg en version instrumentale, seulement, aux côtés d’autres morceaux aux teints très country, créés spécialement avec le compositeur et arrangeur Jean-Pierre Sabard. On y trouve un autre futur tube de Jane Birkin, « La Ballade de Johnny Jane », là encore en version instrumentale. La musique, nominée aux Césars alors naissants est en tout cas davantage restée à la postérité que le film lui même pour le moins sulfureux,  et très critiqué, voire carrément descendu à sa sortie.

Quelques conseils pour prolonger cette émission…
« Gainsbourg - 5 bis rue de Verneuil », de Marie David, paru en 2020 chez Plon. Une biographie très personnelle à travers les souvenirs et les objets qui peuplent l’hôtel particulier où Serge Gainsbourg a vécu ses plus belles années et ses plus beaux souvenirs en compagnie de Jane Birkin et de leurs enfants. Autre incontournable, « Le Cinéma de Serge Gainsbourg », un coffret 5 CD, paru chez Emarcy en 2015, réédition du long box paru en 2002 et augmenté pour l’occasion grâce aux bons soins du spécialiste de la musique de film Stéphane Lerouge.
Et on se quitte avec le morceau « Travelling », présent dans le coffret « Le cinéma de Serge Gainsbourg », et dans « Tenue de soirée », de Bertrand Blier, grand succès de l’année 1986. Année également où Serge Gainsbourg tournera avec sa fille Charlotte « Charlotte for Ever », son avant-dernier film.

 

Play list des titres diffusés
« L’Eau à la bouche », BO « L’Eau à la bouche », Serge Gainsbourg, Alain Goraguer
Final, BO « Le Jardinier d’Argenteuil », Serge Gainsbourg, Alain Goraguer
« Requiem pour un con », BO « Le Pacha », Serge Gainsbourg, Michel Colombier
BO « La Horse », Serge Gainsbourg, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier
« Manon », BO « Manon 70 », Serge Gainsbourg et Michel Colombier
« La Chanson de Slogan », BO « Slogan », Jane Birkin et Serge Gainsbourg
« Cannabis instrumental », BO Cannabis, Serge Gainsbourg et Jean-Claude Vannier
« Sous le soleil exactement », BO « Anna », Anna Karina, Serge Gainsbourg, Michel Colombier
« Je t’aime moi non plus », BO "Je t’aime moi non plus", Serge Gainsbourg
« La Ballade de Johnny Jane » (final), BO « Je t’aime moi non plus », Serge Gainsbourg, Jean-Pierre Sabard
« Travelling », BO « Tenue de soirée », Serge Gainsbourg

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L'émission

Le samedi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr