Stevenson et la musique

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Pensée musicale

vendredi 7 décembre à 20h00

Durée émission : 25 min

Stevenson et la musique

Robert Louis Stevenson est bien connu en Haute-Loire pour son voyage avec un âne à travers les Cévennes. Il a également écrit des poèmes qui ont inspiré de nombreux musiciens.

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C’est ce que nous découvrons dans cette émission « La Pensée musicale » de Jean-Marc Ghitti, qui a invité pour en parler Marie-Virginie Cambriels, chanteuse, musicologue et auteur d’un guide du chemin de Stevenson.

L'émission

Tous les deuxièmes vendredi du mois à 20h00

Penser à partir de la musique. Pas besoin d'être musicien, musicologue, ni même mélomane, mais réfléchir à ce qu'on entend, au lieu de le subir... Je voudrais aujourd’hui commencer une émission sur la musique. Une émission qui n’est faite ni pour les musiciens ni pour les mélomanes. Les musiciens aiment jouer, ils n’aiment pas parler. Ils aiment écouter de la musique, ils n’aiment pas entendre parler de la musique. Ceux qui ne sont pas musiciens mais aiment écouter de la musique, on les appelle, en français, des mélomanes, c’est-à-dire des maniaques de la musique, des malades de la musique ! Maladie douce et, somme toute, sans conséquences nocives qui consiste à fuir le réel pour s’enfermer dans une bulle d’impressions sonores : salle de concert, disque, autoradio, casque. Aimer la musique, est-ce fuir le réel ? Est-ce lui préférer l’ivresse du son ? Il est sûr que la musique est faite pour ça : produire de l’ivresse sonore. Et c’est ce qui la différencie de la parole, qui, elle, maintient la relation entre le son et le sens, restant de ce fait en lien avec le réel. On se souviendra des critiques que Nietzsche adresse à Wagner. Nietzsche était lui-même un musicien et il avait aimé Wagner. Il finit cependant par déclarer : « Wagner est un névrosé » et sa musique est « un tableau pathologique qui ne laisse aucun doute ». Wagner pratique, selon Nietzsche, « l’art des passes hypnotiques ». On peut se demander si le reproche que fait Nietzsche à Wagner ne vaut pas pour toute une part de la musique. La musique est-elle autre chose qu’une hypnose ? C’est pourquoi il est tout à fait important, pour la santé de l’esprit, de rompre l’hypnose musicale par la parole, au risque de déplaire à certains musiciens ou certains mélomanes. Sortir d’un charme est toujours une guérison. Le problème de la musique, c’est celui de la fascination, et Wagner n’a fait que le porter à son paroxysme. Pour n’y pas céder, le musicien a la technique de son art et le mélomane peut toujours devenir musicologue, c’est-à-dire entrer dans le logos, la parole. Je voudrais aujourd’hui commencer une émission qui ne fasse pas de la musicologie. La musicologie, quand elle n’est pas simplement de l’histoire, décrit la musique et la transpose en mots. C’est certes didactique mais ce n’est qu’une préparation à l’écoute. Ca ne vaut pas pour soi-même. « Pensée musicale », tel est le titre de cette émission, ce qui fait davantage référence à la philosophie de la musique qu’à la musicologie. La pensée, en effet, quel que soit l’objet sur lequel elle porte, demeure de la pensée, elle s’élucide elle-même et vaut en tant que telle. Il s’agit bien de penser à partir de la musique.  Le problème, cependant, avec la philosophie, c’est que souvent elle voit les choses de haut, du dessus, du dehors. C’est un grave inconvénient qui pourrait conduire à rejeter la philosophie de la musique car comment peut-on parler d’un art sans se laisser prendre par cet art ? Qu’on revienne, justement, à la critique que Nietzsche fait de Wagner : on peut la trouver bien générale finalement ! Y est-il vraiment question de musique ? Il nous reste donc une voie étroite, qu’on va essayer d’explorer : penser à partir de la musique, sans être musicien, sans être mélomane, sans être musicologue, mais sans recours non plus aux généralités philosophiques. Pas sûr qu’on y arrive ! Je voudrais aujourd’hui commencer une émission sur la musique. Une émission qui n’est faite ni pour les musiciens ni pour les mélomanes. Les musiciens aiment jouer, ils n’aiment pas parler. Ils aiment écouter de la musique, ils n’aiment pas entendre parler de la musique. Ceux qui ne sont pas musiciens mais aiment écouter de la musique, on les appelle, en français, des mélomanes, c’est-à-dire des maniaques de la musique, des malades de la musique ! Maladie douce et, somme toute, sans conséquences nocives qui consiste à fuir le réel pour s’enfermer dans une bulle d’impressions sonores : salle de concert, disque, autoradio, casque. Aimer la musique, est-ce fuir le réel ? Est-ce lui préférer l’ivresse du son ? Il est sûr que la musique est faite pour ça : produire de l’ivresse sonore. Et c’est ce qui la différencie de la parole, qui, elle, maintient la relation entre le son et le sens, restant de ce fait en lien avec le réel. On se souviendra des critiques que Nietzsche adresse à Wagner. Nietzsche était lui-même un musicien et il avait aimé Wagner. Il finit cependant par déclarer : « Wagner est un névrosé » et sa musique est « un tableau pathologique qui ne laisse aucun doute ». Wagner pratique, selon Nietzsche, « l’art des passes hypnotiques ». On peut se demander si le reproche que fait Nietzsche à Wagner ne vaut pas pour toute une part de la musique. La musique est-elle autre chose qu’une hypnose ? C’est pourquoi il est tout à fait important, pour la santé de l’esprit, de rompre l’hypnose musicale par la parole, au risque de déplaire à certains musiciens ou certains mélomanes. Sortir d’un charme est toujours une guérison. Le problème de la musique, c’est celui de la fascination, et Wagner n’a fait que le porter à son paroxysme. Pour n’y pas céder, le musicien a la technique de son art et le mélomane peut toujours devenir musicologue, c’est-à-dire entrer dans le logos, la parole. Je voudrais aujourd’hui commencer une émission qui ne fasse pas de la musicologie. La musicologie, quand elle n’est pas simplement de l’histoire, décrit la musique et la transpose en mots. C’est certes didactique mais ce n’est qu’une préparation à l’écoute. Ca ne vaut pas pour soi-même. « Pensée musicale », tel est le titre de cette émission, ce qui fait davantage référence à la philosophie de la musique qu’à la musicologie. La pensée, en effet, quel que soit l’objet sur lequel elle porte, demeure de la pensée, elle s’élucide elle-même et vaut en tant que telle. Il s’agit bien de penser à partir de la musique.  Le problème, cependant, avec la philosophie, c’est que souvent elle voit les choses de haut, du dessus, du dehors. C’est un grave inconvénient qui pourrait conduire à rejeter la philosophie de la musique car comment peut-on parler d’un art sans se laisser prendre par cet art ? Qu’on revienne, justement, à la critique que Nietzsche fait de Wagner : on peut la trouver bien générale finalement ! Y est-il vraiment question de musique ? Il nous reste donc une voie étroite, qu’on va essayer d’explorer : penser à partir de la musique, sans être musicien, sans être mélomane, sans être musicologue, mais sans recours non plus aux généralités philosophiques. Pas sûr qu’on y arrive !

Le présentateur

Jean-Marc Ghitti

Professeur de philosophie. Animateur des "café-lectures" au Puy en Velay.