Bronzino, Allégorie du triomphe de Venus, Londres, National Gallery

Présentée par PR-25301

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L'oreille de l'art

lundi 30 novembre 2020 à 8h52

Durée émission : 3 min

Bronzino, Allégorie du triomphe de Venus, Londres, National Gallery

© Agnolo Bronzino. Allégorie avec Vénus et Cupidon (v. 1545) Huile sur bois, 146 × 116 cm, National Gallery, Londres

Noémie Marijon présente une œuvre qui a choqué au XIXème siècle par ses symboles.

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La toile avec laquelle nous jouons aujourd’hui a un rapport avec les Monty Python. Le pied de Cupidon qui se trouve en bas à gauche du tableau a été utilisé dans la plupart des émissions et des films des comiques anglais. En général, il écrase le titre du film. 

Plusieurs symboles

Cupidon, Venus, mais aussi le temps qui est personnifié par un vieillard extrêmement musclé. Autour de ces trois personnages centraux, il y a d’autres figures, un enfant souriant et nu qui jette une brassée de rose sur Cupidon et sa mère. Derrière lui, on voit une petite fille très étrange. Son visage est calme, ses cheveux sont ornés de perles mais sa main droite et sa main gauche sont intervertis et son corps est un hybride entre un corps de serpent et un arrière-train de lion. C’est une chimère qui symbolise la fraude et la tromperie. 

Ce tableau est un peu l’acmé du style de peinture qu’on appelle le maniérisme. Ce style qui fait la transition entre la fin de la renaissance et la modernité. Il est caractérisé par les arabesques et l’artificialité. Cet art très intellectuel qui adore les symboles et les doubles sens. Par exemple on sait que le vieille homme représente le temps car il y a un sablier sur ses épaules. 

Un tableau maniériste par ses couleurs

Si le tableau avait un goût, ça serait du jus de citron, les couleurs sont acides. Les corps pales de Vénus et de Cupidon qui rappellent le marbre des statues antiques se détachent sur un fond bleu roi rayonnant. Et puis il y a des détails de partout dans ce foisonnant tableau surtout du vert et du rose. En plus des couleurs, il y a les corps. Dans le maniérisme, les corps sont exagérément longs, musclés, les peintres inventent des corps et des positions qui n’existent que dans leurs imaginations. 

Ce tableau a choqué, notamment au XIXè siècle. Mais en même temps, son sujet apparent est licencieux. Cupidon embrasse sur la bouche sa mère Venus et la plupart des personnages sont nus. Même les deux personnages à l’arrière-plan cherchent à dissimuler la scène en jetant dessus un voile pudique. À moins que ça ne soit l’inverse. Derrière les fesses de Cupidon on voit le visage et le buste d’une vieille femme qui hurle, elle a des mains affreuses tachés de rouge. Selon les spécialistes il s’agirait d’une allégorie de la syphilis. Peut être une dénonciation de l’amour physique qui est exalté dans ce tableau. À moins qu’il s’agisse d’une allusion à la jalousie qui peut également accompagner ce genre de sentiment. 

La toile de ce matin porte plusieurs titres : soit Venus et Cupidon, soit Allégorie du triomphe de Venus ou encore Venus, Cupidon, La folie et le Temps. Mais derrière tous ses noms se cache le même tableau du peintre maniériste italien Agnolo Bronzino. Vous pourrez la voir à la National Gallery de Londres.

 

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Le présentateur

Noémie Marijon

Noémie Marijon est responsable de bibliothèque et doctorante en histoire médiévale (Université de Clermont Auvergne).