[Dossier] Notre-Dame de Paris, un an après l'incendie

Il y a un an, les 15 et 16 avril 2019, Notre-Dame de Paris était la proie d'un violent incendie. Un anniversaire qui intervient en pleine épidémie de coronavirus, alors que la France est confinée. Si certaines cérémonies de commémoration ont été annulées, le bourdon de la cathédrale a bien retenti mercredi, pour la première fois depuis le drame.


©THOMAS COEX / AFP - Le 15/04/2020 : les journalistes se tiennent devant la cathédrale alors que le bourdon va retentir en guise de commémoration de l'incendie

 

LA SÉRIE PODCAST - Dans les coulisses de Notre-Dame de Paris - Au-delà de ses prouesses techniques, l'architecture de Notre-Dame de Paris est comme un jeu de symboles qui se répondent. Il y a ce que les touristes peuvent admirer et les coulisses de l'édifice : la série de reportages réalisés en 2013, à l'occasion des 850 ans de la cathédrale, la présente comme une véritable ruche, qui vit grâce au dévouement et à la passion de nombreux professionnels, bénévoles, et bien sûr, personnes d'Église.
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Le parvis de Notre-Dame de Paris a rouvert

L'actu chrétienne

Les parisiens ont désormais le bonheur de profiter de l’esplanade de Notre-Dame dont ils étaient privés depuis l’incendie du 15 avril 2019 à cause de la pollution au plomb.

Les opérations de nettoyage réalisées à plusieurs reprises ont permis de diminuer très fortement les concentrations dangereuses de plomb. Alors, un peu par surprise, vendredi, l’Agence Régionale de Santé d’Ile-de-France a donné un avis favorable à la réouverture, qui a donc été autorisée par le préfet de police de Paris. Par sécurité, un nettoyage régulier du site sera assuré par la ville et des prélèvements seront également effectués avec un protocole précis. Le chantier sera aussi très contrôlé pour éviter que des poussières de plomb ne se déposent encore sur l’esplanade.
 

La réouverture de l’esplanade de la cathédrale Notre-Dame de Paris a eu lieu en présence des personnalités de la ville et du diocèse de Paris

Et comme s’il s’agissait d’une inauguration tellement l’émotion était intense à Paris hier chacun a pris la parole pour rendre hommage à Notre-Dame et à ce qu’elle représente. Anne Hidalgo la maire de Paris a parlé "d’un grand moment puisqu’il vient non pas effacer ce qui s’est passé, mais permettre de retrouver ce lieu exceptionnel, de retrouver Notre-Dame, de se retrouver." Mgr Aupetit l’archevêque de Paris dans un élan spirituel a déclaré : "le jour de la Pentecôte, pour nous c’est un signe extraordinaire de pouvoir retrouver ce lieu. On peut réadmirer de près notre chère cathédrale, cet endroit si magnifique où tant de gens viennent voir, admirer et contempler. Donc nous sommes heureux de pouvoir revenir ici, de pouvoir nous réunir, c’est vrai que dans le contexte actuel c’est comme une libération et nous espérons que nous pourrons tous nous retrouver ici de manière fraternelle."
 

Et où en est le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris ?

Le chantier de sécurisation de la cathédrale Notre-Dame a été suspendu pendant un mois et demi. Mais malgré la contamination au plomb, malgré le coronavirus, l’objectif d’ouvrir Notre-Dame aux touristes et aux fidèles en 2024 sera tenu estime le général Jean-Louis Georgelin le président de l’établissement publique en charge de la restauration de la cathédrale. Le chantier reprend donc progressivement. Quelques personnes ont pu revenir fin avril mais les travaux reprendront réellement le 2 juin. Les vestiaires et les douches ont été réaménagés pour permettre à 70 compagnons de poursuivre le chantier tout en respectant les gestes barrières. La prochaine phase importante sera le démontage de l’échafaudage complétement déformé par les flammes. Il était au cœur du brasier et aujourd’hui il fragilise, déstabilise encore l’édifice. Quand il sera enfin retiré, et c’est une étape très périlleuse, la restauration de la cathédrale à proprement parler pourra enfin commencer.

Notre-Dame de Paris: les statues de la flèche en cure de jouvence

Notre-Dame de Paris: les statues de la flèche en cure de jouvence

Aujourd'hui, on parle de Notre-Dame, et ce n'est pas la dernière fois : la restauration de la cathédrale de Paris est un véritable feuilleton.

Aujourd’hui, je voudrais vous donner des nouvelles des statues rescapées de la flèche. Vous savez, ces majestueuses statues de cuivre de trois mètres de haut qui se sont envolées dans le ciel de Paris le 11 avril 2019, quatre jours avant le grand incendie… pour être déposées en Dordogne, dans l’atelier de l’entreprise Socra, spécialisée dans la restauration des grandes sculptures métalliques. Elles représentent les douze apôtres et les symboles des quatre évangélistes. Et s’étageaient sur les côtés de la flèche en bois, construite par l’architecte Viollet-le-Duc en 1859, pour parachever sa restauration de la cathédrale.

Elles sont en pleine cure de jouvence ! J’ai assisté, le mois dernier, lors d’un reportage pour Le Pèlerin, à la restauration des deux premières, Jude et Barthélémy. Les restaurateurs ont commencé par dessouder les fines feuilles de cuivre martelé d’un millimètre d’épaisseur qui forment leur "peau", afin de pouvoir traiter l’armature de fer qui les tient et leur a permis d’être arrimées solidement à la flèche. Ils n’en reviennent toujours pas de la qualité du travail des dinandiers du XIXe siècle qui ont littéralement sculpté le cuivre et permis que les morceaux s’ajustent parfaitement. Un travail de précision, que l’on doit aux ateliers parisiens Monduit, ceux-là même qui ont construit la statue de la Liberté offerte par la France aux États-Unis. L’armature a été traitée contre la corrosion. Le cuivre, devenu vert au fil des ans a retrouvé sa couleur rose-orangé dans les mains d’Olivier Baumgartner, spécialisé dans le traitement du métal. Une fois les statues réassemblées, sa collègue Marie-Dominique Ceaux leur a appliqué une patine brune qui leur donne les reflets du bronze, comme à l’origine.

Ce qui m’a fascinée, c’est l’émotion de ces deux artisans qui découvraient le travail de leurs prédécesseurs avec admiration. Tous deux se sentaient très responsables à l’idée de faire aussi bien. Ils vont d’ailleurs recevoir la médaille de l’Académie d’architecture de Paris, le 29 septembre prochain, et j’espère que l’événement permettra de mieux mettre en lumière ces savoir-faire. Car très peu d’apprentis souhaitent apprendre la ferronnerie, la dinanderie d’art, le travail des patines…

Et avant que les statues ne retrouvent leur place, il faudra déjà reconstruire la flèche… A l’identique ou pas, tout le monde s’interroge ! En principe la décision devrait être prise au début de l’été, nous a précisé le général Georgelin qui dirige l’établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame. Ce qui est sûr, c’est qu’à partir de septembre, les apôtres remis à neuf seront exposés à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris. Ne ratez pas, cette occasion unique de les voir de près !

 

Notre-Dame de Paris: un an après l'incendie

Notre-Dame de Paris: un an après l'incendie

Dans le numéro du magazine Le Pèlerin à paraître ce jeudi 9, va être publié un reportage exclusif à Notre-Dame de Paris. Sophie Laurant y dévoile ce qui pourrait être une bonne nouvelle...

Le 15 avril 2019, il y bientôt exactement un an, la charpente de Notre-Dame et sa flèche, disparaissaient dans un incendie spectaculaire qui a saisi d’émotion le monde entier. Depuis, pour des raisons de sécurité liées à la poussière de plomb, les médias ne peuvent accéder qu’au compte-goutte à l’intérieur de l’édifice. Or, le photographe Stéphane Compoint a obtenu pour Pèlerin, ce privilège d’y effectuer un grand reportage juste avant que le confinement ne soit décrété. Et bien je dirais qu’elles confirment ce sentiment mêlé, de désolation et d’admiration, qui nous étreint lorsqu’on pense à la cathédrale blessée. Grâce au grand angle, grâce à la perche de dix-huit mètres qui hisse l’appareil, on voit comme jamais les chicots noirs des poutres calcinées déchirer le ciel bleu, à travers le trou béant de la croisée des transepts. Mais nous sommes rassurés aussi par la beauté intacte des grandes roses qui éclairent la nef où la voûte a tenu le coup. Car la cathédrale n’a pas frémi durant les tempêtes de l’automne, c’est à souligner !

Nous avons aussi interrogé là-dessus le général Georgelin, président de l’Etablissement public en charge de la restauration… C’est lui-même qui nous a communiqué cette bonne nouvelle. Il nous a aussi expliqué que le nettoyage des déblais au-dessus des voûtes devrait être terminé avant l’été. C’est une prouesse technique, car ces ouvriers qu’on appelle cordistes sont suspendus en rappel au-dessus des voûtes, tels des alpinistes et se contorsionnent dans leurs combinaisons anti-plomb, pour pelleter les cendres, trier les lourds morceaux de bois, de métal et retirer les pierres branlantes… Mais avec le confinement, le chantier a dû cesser, car comme me l’a expliqué Didier Durand, dirigeant de l’entreprise de taille de pierre Pierrenoël, si leurs combinaisons et leurs masques protègent aussi les compagnons du coronavirus, la base de vie du chantier est actuellement trop exigüe pour permettre aux équipes de respecter les consignes de distanciation. Mais il était prévu d’élargir cette base et dès que cela sera fait, une vingtaine d’ouvriers pourraient reprendre le travail avant la fin du confinement.

Donc si le nettoyage est terminé en juin, la reconstruction va commencer aussitôt ! C’est ce que tout le monde souhaite à l’Etablissement public. Mais il faudra alors trancher deux questions épineuses, qui divisent l’opinion : premièrement dans quel matériau et avec quelles techniques la voûte sera-t-elle reconstruite ? Deuxièmement, la flèche sera-t-elle restituée à l’identique ou choisira-t-on un projet contemporain ? On reparlera de ces débats, bien sûr.

En attendant, dans la paix du temps pascal, je vous propose de feuilleter ces images en ligne dès jeudi matin, qui traduisent, je trouve, l’atmosphère spécifique de Notre-Dame. Ce que l’organiste Olivier Latry appelle sa « patine spirituelle », faite des millions de prières déposées sur ses piliers, et que la poussière de plomb n’a pas fait disparaitre.

Dossier complet, textes et images à retrouver sur www.lepelerin.com à partir de jeudi 9 avril

Incendie de Notre Dame de Paris: pour Mgr Chauvet, "la cathédrale blessée résonne encore"

Le Grand Invité

Confinement jour 30. Il y a un an, la cathédrale Notre Dame de Paris s'embrasait. Un an après, retour sur cet incendie qui tétanisa bien plus que les catholiques.

Une présence silencieuse

Le recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Mgr Patrick Chauvet, garde un souvenir horrible de ce 15 avril 2019. "Une image apocalyptique, et un an après la blessure est toujours là. Je vis avec car je suis un homme d'espérance. Habitant près de la cathédrale, je la regarde tous les matins. Elle est là, une présence silencieuse, mais elle est là" explique-t-il au micro de Stéphanie Gallet.

Actuellement, les enquêtes continuent sur l'origine du sinistre. "Le procureur avait dit que c'était sans doute un court-circuit, ou une succession de plusieurs petites choses. Il y avait une forte tempête ce jour là. Aujourd'hui, on ne connait pas l'origine exacte. Peut-être qu'un jour, on la connaîtra" ajoute-t-il.
 

Le bourdon résonnera à 20 heures

Certains ont expliqué que l'Etat s'est mal occupé de Notre-Dame de Paris, et qu'il était responsable. "Je pense que l'Etat s'occupait bien de la cathédrale. Celui qui était aux manettes est aussi responsable, il aurait dû être plus prudent lorsque le feu s'est déclaré" lance le recteur.

Dans un Paris confiné, et une cathédrale fermée, il y a aura tout de même une commémoration, discrète. "On fera sonner le bourdon à 20 heures. On écoutera ce son un peu sourd de notre bourdon, que l'on peut entendre dans tout Paris, qui fait 13 tonnes. C'est bien que la cathédrale puisse s'associer à ceux qui se donnent sans compter en ce moment. La cathédrale blessée résonne encore" estime Mgr Chauvet.
 

La structure n'est plus menacée

Actuellement, avec l'épidémie de Covid-19, le chantier est arrêté. "Depuis un mois il est à l'arrêt. Il le sera encore ce mois-ci. Maintenant nous sommes prêts pour enlever l'échafaudage. Il ne faut pas qu'il tombe sur la cathédrale. C'est une opération délicate. Il faut que les cordistes puissent avoir toutes les conditions sanitaires" lance le recteur.

"Tant que l'échafaudage ne sera pas enlevé, on peut dire que la cathédrale est fragile. Lorsqu'on l'aura enlevé, on pourra dire qu'elle est totalement sauvée. Depuis un an, elle a été sécurisée par les compagnons du devoir. On a fait un travail dans la dentelle, depuis un an. La structure n'est plus menacée" conclut Mgr Chauvet.

Le bourdon "Emmanuel" sonne, Dieu est avec nous

L'édito de Mgr Benoist de Sinety

Hier, mercredi 15 avril, le bourdon de la cathédrale Notre-Dame a sonné, marquant le premier anniversaire de son incendie: ce bourdon nous rappelle la présence de Dieu à nos côtés.

Le bourdon sonne, il sonne sobrement, en ce 15 avril à 20h. Il sonne lourdement, sobrement, comme il sonne depuis toujours aux grandes heures de notre Histoire. Sauf que… hier soir, lorsqu’il se mit à bourdonner dans le ciel de Paris, il ne marquait pas une heure solennelle car il n’y avait nul évènement à célébrer. Il manifestait une présence : la présence de Celui qui ne renonce pas, qui ne trahit pas et qui, comme solde de tout compte, propose le salut.

Le Président de la République l’affirmait en ce jour du triste anniversaire : « Notre-Dame est aussi le symbole de la résilience de notre peuple ». Oui Notre-Dame est aussi ce symbole. Mais alors, qu’est-elle d’abord ? Avant d’être un symbole de résilience ou d’histoire nationale plus ou moins enchantée, la cathédrale est d’abord et avant tout ce lieu originel où l’homme cherche à manifester par son talent, son inventivité, son impétuosité, au cœur de la cité, le primat donné à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain. En résonnant sur les toits des immeubles sous lesquels des centaines de milliers de personnes, inquiètes, s’interrogent sur leur avenir quand elles ne pleurent pas un défunt ou l’angoisse d’un malade, le bourdon vient rappeler la promesse scellée sur cette terre par Celui dont nous célébrons cette semaine la Pâques. Le son grave, à chaque battement, manifeste le caractère immuable de cette promesse que Dieu veut inscrire dans l’intime de nos cœurs.

Il y a là comme un nouveau rappel d’une fidélité indestructible. Enfant, j’aimais entendre le murmure des voix d’adultes depuis ma chambre : elles me rassuraient dans la nuit qui tombait et dans l’obscurité où je me sentais plongé. Le son, la tessiture, la couleur dirait-on en radio, de ces voix me garantissaient la fidélité d’une présence. Voilà qu’en ce soir de désarroi national, le murmure même bref de ce bon vieux bourdon nous manifeste à sa manière la fidélité de Celui qui ne renonce jamais. Il y a un an, la foule immense rassemblée autour de la cathédrale encore fumante applaudissait les sapeurs-pompiers qui repartaient épuisés mais vainqueurs. Ils devinrent les héros du récit national dont notre pays s’enorgueillit volontiers. Je souhaite pour les blouses blanches que l’on acclame aujourd’hui chaque soir sur les balcons de France, une reconnaissance plus généreuse dans le temps que ne l’obtinrent les soldats du feu. Il ne serait pas mauvais dans le fond que la reconnaissance du peuple comme de l’Etat s’inspirât un peu plus de la fidélité de Celui à la gloire duquel ce bourdon fut conçu. Après tout ce bourdon justement n’a-t-il pas un prénom comme toutes les cloches de nos églises ? Et ce prénom n’est-il pas « Emmanuel », ce qui en bon français se traduit par « Dieu avec nous » ?

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