Les époux Arnolfini

Présentée par PR-23523

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L'oreille de l'art

lundi 28 septembre à 8h52

Durée émission : 3 min

Les époux Arnolfini

© Jan van Eyck, Les époux Arnolfini, 1434, National Gallery, Londres

Cette semaine, Noémie Marijon nous fait découvrir une oeuvre plus énigmatique qu'il n'y paraît, signée du maître de la renaissance flamande : Jan Van Eyck.

Cette oeuvre est hautement énigmatique. D'ailleurs personne n’est d’accord sur son interprétation. Il s'agit d'un panneau de chêne recouvert de peinture à l’huile qui fourmille de détails : un petit balai pendu à un fauteuil, quatre oranges, un cerisier en fruits, une sculpture de diablotin et de lion, une sculpture de sainte Marguerite sortant d’un dragon, des bagues sublimes et fines ainsi qu’un collier d’or. On voit aussi un grand lit à baldaquin rouge, une paire de chaussures de la même couleur et puis des soques de bois toutes boueuses. Mais surtout, il y a un miroir convexe, un œil de sorcière qui révèle l’envers du tableau. Autour de ce miroir il y a dix médaillons qui représentent la passion du Christ.

Nous voyons aussi trois hommes. Deux d’entre eux sont si petits qu’on ne les voit presque pas. Ils portent l’un une tenue rouge, l’autre une tenue bleue. Mais ce ne sont pas eux les stars. Eux ils nous représentent nous, les spectateurs, les voyeurs de la scène principale. Un homme habillé comme un bourgeois du 15e siècle, en noir avec un genre de grand manteau violacé bordé de fourrure. Il porte aussi un grand chapeau noir en paille. Il a un visage impassible, on distingue à peine un rictus. Il tient par la main une femme. Elle est très coquette, elle porte une robe bleue et un long manteau vert retenu par une ceinture avec de multiples plis. Elle arbore une coiffure fort à la mode à la fin du Moyen Age en forme de corne avec un voile blanc. Son ventre est mis en avant, mais on n’arrive pas à savoir si elle est enceinte ou juste à la mode. Et puis il y a mon personnage préféré, un petit chien qui nous observe avec ses yeux un peu patauds. Les spécialistes ont identifié un griffon bruxellois à poil roux. C’est dire si le peintre est précis dans son trait.

Ce couple qui figure dans cette oeuvre, c'est le grand mystère. L’histoire du tableau est complexe. Il a appartenu Marguerite d’Autriche, puis à Marie de Hongrie qui l’emmène en Espagne. Il a peut-être fait partie d’un butin de guerre au 19e siècle. Dans toutes ces péripéties on a perdu le titre du tableau. Il s’agit peut-être d’un couple de bourgeois brugeois ou du peintre et de sa femme.

Il est possible que le couple soit en train de se marier, dans ce cas là le petit chien représente la fidélité conjugale et la bougie la flamme nuptiale ou la présence divine. Ou alors la femme est enceinte et certains détails comme la position des soques et des chaussures et le lit rouge évoque la consommation charnelle du mariage. Ou bien encore ce tableau est un hommage à la femme qui serait morte en couche. Si vous voulez aller plus loin sur les diverses pistes, je vous conseille un livre de Jean-Philippe Postel, chez Actes Sud : L’affaire Arnolfini.
 

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Le présentateur

Noémie Marijon

Noémie Marijon est responsable de bibliothèque et doctorante en histoire médiévale (Université de Clermont Auvergne).