Matthias Grünewald et Nicolas de Haguenau, Retable d’Issenheim

Présentée par PR-24249

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L'oreille de l'art

lundi 26 octobre à 8h52

Durée émission : 3 min

Matthias Grünewald et Nicolas de Haguenau, Retable d’Issenheim

© DR

Noémie Marijon présente une œuvre grandeur nature, un retable, qui illustre les passages de la vie du Christ.

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J’ai rarement vu une œuvre aussi baladeuse.  Elle commence sa vie à Strasbourg au début du XVIè siècle. Lors de la guerre de 30 ans il part avec la congrégation qui l’a commandé pour le village fortifié de Thal. Au XVIIIè siècle, pendant la guerre de succession d’Espagne, la peinture est protégée à Besançon. Pendant la révolution ce retable, car c’est bien de ça qu’il s’agit, est démembré puis transporté à Colmar. Pendant la Première Guerre mondiale, il est mis à l’abri dans le coffre-fort d’une banque à Colmar puis transféré à Munich pour une restauration. Pendant la Seconde Guerre mondiale, nouvelle transhumance dans un château limougeaud, puis périgourdin avant un retour en Alsace dans la forteresse du Haut Koenigsbourg. 

Le mot "retable" vient de "retabulum", c’est-à-dire : derrière la table d’autel. C’est une peinture qui se situe au-dessus et derrière l’autel. En général, elle illustre des passages de la vie du Christ. Il y a toute une variété dans les retables des dyptiques à deux panneaux, des triptyques à trois panneaux. Ce matin nous avons à faire à un polyptique à double volet qui mesure huit mètres de haut sur six mètres de large lorsqu’il est complétement ouvert. L’œuvre d’aujourd’hui est un retable grand modèle avec en son centre, dans ce qu’on appelle la caisse des sculptures. 

Elles sont très très imposantes, grandeur nature pour tout dire. Elles sont l’œuvre de Nicolas de Haguenau. Au centre avec une grande barbe assis sur un trône pour une fois ce n’est pas Dieu le père mais Saint-Antoine, il tient une crosse avec un tau, dans son autre main un livre et à ses pieds un cochon l’emblème de Saint-Antoine. À gauche de Saint-Antoine, on voit Augustin d’Hiponne et Saint-Jérôme et en bas, dans ce qu’on appelle la prédelle, il y a les douze apôtres par groupe de trois. 

Autour des sculptures, deux panneaux peints sont consacrés à la vie de Saint-Antoine. La première ouverture des panneaux présente aux regards des spectateurs, l’annonciation, le concert des Anges, la vierge à l’enfant et enfin le Christ de la résurrection. C’est une représentation très novatrice de la résurrection, le Christ n’est pas près de son tombeau, il s’élève dans le ciel couronné par un soleil rayonnant. 

Mais le retable était la plupart du temps fermé et montrait aux spectateurs une fascinante crucifixion. Le corps du Christ supplicié est marqué par de nombreuses blessures. Les figures de Marie-Madeleine et de la Vierge sont elles aussi terrassé par la douleur. 

À la fin du Moyen Âge, on amenait les malades du mal des ardents devant ce retable afin que la prière aide à la guérison du terrible feu de Saint-Antoine. D’ailleurs un peu partout dans le tableau on retrouve de nombreuses plantes qui servent à la réalisation du Saint Vinage le remède fabriqué par les Antonins. Et les corps qui sont montrés sont marqués par des plaies qui rappellent celle des malades qui pouvaient ainsi s’identifier aux souffrances des Saints et du Christ. 

Il s’agit du célébrissime retable d’Issenheim réalisé entre 1512 et 1516 par Matthias Grunwald pour la peinture et Nicolas de Haguenau pour la sculpture.  Le retable est visible au musée Unterdenlinden de Colmar. On a de la chance car aujourd’hui on peut voir tous les panneaux simultanément grâce à une ingénieuse muséographie.

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Le présentateur

Noémie Marijon

Noémie Marijon est responsable de bibliothèque et doctorante en histoire médiévale (Université de Clermont Auvergne).