Parents, éducateurs... On ne transmet vraiment que ce que l'on est

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Grand Angle

mardi 17 juillet à 17h03

Durée émission : 55 min

Parents, éducateurs... On ne transmet vraiment que ce que l'on est

© Photo by Caroline Hernandez on Unsplash

Transmettre le meilleur de soi à ses enfants c'est la préoccupation des parents. Valeurs, qualités, talents... choisit-on ce que l'on transmet? Et si on ne transmettait que ce que l'on est?

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Transmettre le meilleur, c’est l’ambition des parents, des enseignants et de tous ceux qui acceptent de partager un héritage, qu’il soit matériel, intellectuel, spirituel. Mais la transmission est-elle un mouvement naturel ? Peut-on décider exactement de ce que l'on transmet à ses enfants ? Aux autres ?
 

"On ne transmet bien que ce que l'on est"

Beaucoup se plaignent aujourd'hui d'un défaut de transmission de la foi, des savoirs, de la culture... Il faut pouvoir accepter que ce que l'on transmet nous échappe en partie. On ne peut transmettre toujours ce que l'on veut, et à qui on le voudrait. "On ne transmet bien que ce que l'on est, déclare Sophie de Villeneuve.

Aujourd'hui il y a comme une sorte d'angoisse quant au geste de la transmission. Il s'agit là d'une forme de pessimisme, la transmission s'entache de négatif. "Les gens ont peur de transmettre leurs névroses, des traumatismes, des échecs." Pour autant, les défauts ne se transmettent pas comme une maladie contagieuse !

 



 

Enseigner, est-ce transmettre?

La médiation du savoir, des disciplines, est un terrain de rencontre. Pour Christiane Conturie, les enseignants peuvent reprendre confiance dans une dynamique profonde, une forme de souffle intérieur : "Je crois beaucoup à la posture, à l'attitude des enseignants, quelque chose de l'ordre des convictions". Tout ne se joue pas en moyens financiers, en méthode.

"Parfois, des étudiants m'enseignent à leur tour... Selon une alchimie difficile à prévoir, ce que l'on a en face de soi n'est pas une restitution, confie le Père David Sendrez, enseignant au Collège des Bernardins. C'est autre chose, enrichi de l'expérience personnelle de la personne qui fut votre étudiant". Quant à la foi, David Sandrez rappelle que l'on peut transmettre "des chants, gestes, rites et pratiques". Mais transmettre cela, "ce n'est pas transmettre la foi. La foi est de l'ordre de la grâce. La foi, c'est intime. Je ne suis que le témoin de la foi qui m'habite, un relais, un passeur, mais l'acte de foi, je ne peux pas".

 



 

Transmettre : le contraire de conserver

Sophie de Villeneuve souligne que l'on transmet généralement "ce que l'on a soi-même digéré, qui nous a été donné également, qu'on revit à notre façon". On peut alors faire le parallèle avec les Évangiles. Comme le souligne le Père David Sandrez, le message évangélique est de risquer ce qui a été reçu pour le faire fructifier, non pas enterrer le talent pour le restituer. 
 

L'acte de rédaction de la Bible est lui-même une opération de réécriture, siècle après siècle. "Ce que l'on a dans la Bible, c'est une expérience normative de Dieu nous permettant de reconnaître Dieu dans notre existence. Le Christ a calmé une tempête sur le lac Tibériade, il peut en calmer dans ma vie", explique le P. Sendrez. 

 


ÉCOUTER ► Bertrand Lethu, passionné par la transmission de la foi


 

Écouter et parler

C'est, pour Christiane Conturie, le fondement même de toute transmission. "La transmission de la langue est précieuse. Quelle précarité, quand les jeunes n'ont pas les outils de la langue pour exprimer leurs émotions, communiquer avec l'autre"!

"Le mot-clé, déclare David Sandrez, c'est la résonnance... On articule la langue et la mémoire." En célébration à l'église, il utilise l'architecture de l'église, la nef, pour expliquer que l'assemblée voyage dans un bateau en mouvement. "Quand on commence à faire entrer en résonnance les mots du texte, les concepts de la foi, les gestes de la liturgie, l’art, le bâtiment : il y a quelque chose de fort qui se produit et qui habilite les gens à mieux se dire eux-mêmes et dire ce qui leur arrive individuellement et collectivement. Ils s’inscrivent dans l’intention qui a mené à cela, et s’en saisissent, peuvent l’enrichir".

 

Émission enregistrée en mai 2018

 

Invités

  • Nathalie Sarthou-Lajus , philosophe, rédactrice en chef adjointe de la revue Études

  • Père David Sendrez , théologien, philosophe, conférencier, enseignant au Collège des Bernardins

  • Christiane Conturie , membre de la communauté apostolique Saint-François Xavier, ancienne professeure de Lettres, formatrice au sein du réseau des Centres Madeleine-Daniélou

  • Sophie de Villeneuve , rédactrice en chef des Cahiers Croire

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Tous les mardis à 17h03

Spiritualité, patrimoine, littérature, vie de l'Eglise, développement personnel... Chaque semaine, Christophe Henning anime une table ronde pour engager la discussion avec des acteurs de la vie culturelle, sociale, spirituelle.

Le présentateur

Christophe Henning

Journaliste de presse écrite dans le groupe Bayard, Christophe veut susciter le débat et favoriser la rencontre des témoins. Lecteur infatigable, il partage volontiers ses coups de cœur. Dans les studios parisiens de RCF, il donne la parole aux auteurs, mais aussi aux acteurs de la société et de l’Eglise.