Quel avenir pour nos 100 000 églises, témoins de la vie familiale ?

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Je pense donc j'agis

vendredi 18 septembre à 9h03

Durée émission : 55 min

Quel avenir pour nos 100 000 églises, témoins de la vie familiale ?

© Pixabay

A l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, focus sur le patrimoine chrétien avec Mathieu Lours, enseignant en histoire de l’art. Il invite à créer un tissu de sociabilité autour des églises.

 La France compterait plus de 100 000 églises, mais leur avenir est incertain. Alors que se tiennent partout en France ce week-end les 37 èmes Journées du Patrimoine, l’Observatoire du Patrimoine religieux prévoit que 5 à 10 % des édifices seront vendus, détruits, voire même abandonnés d’ici 2030.  Que faire de nos églises ? Doit-on les vendre pour sauvegarder au moins la structure, les bâtiments ? Comment sauver ce patrimoine religieux, notamment dans les zones rurales? 

La vente : une solution de plus en plus choisie

A vendre, 560 000 euros, jolie chapelle désacralisée, 210 m2, située au cœur de la commune, charme, volume, cour intérieure, possibilité d’en faire un loft unique. Ce genre d’annonce n’est pas rare sur les sites d’agences immobilières, à des prix très variables.  Avec la réorganisation des paroisses, due au manque de prêtres et à la baisse de la pratique religieuse, on ne célèbre plus de cultes qu’une ou deux fois par an dans certaines églises. Rarement ouvertes, jamais chauffées, elles se dégradent à tel point que le coût des travaux devient insurmontable pour une petite commune. Seule solution alors : vendre… L’ancien lieu de culte est transformé en salle de spectacle, en lieu d’exposition ou en lieu de rencontre ouvert à tous. On peut le regretter mais que faire aujourd’hui de ces bâtiments qui ont constitué des repères autant géographiques que symboliques et qui risquent de tomber en ruine ?

Des points de repères et marques identitaires

" 75 % de l’aide accordée par la fondation du patrimoine concerne les édifices religieux, ce qui prouve bien qu’il y a énormément de demandes de la part des communes et d’associations pour essayer de restaurer leurs églises, qui sont des points de repère pour la commune et des marques identitaires fortes", indique Alain Silvy, délégué régional adjoint de la Fondation du patrimoine en Auvergne-Rhône-Alpes, qui souligne l’attachement très profond de la population. Fondation privée créée en 1996, reconnue d’intérêt public, la Fondation du patrimoine est totalement dédiée au patrimoine et à sa restauration, et soutient dans ce cadre des travaux des propriétaires publics et porte une attention particulière au monde rural, avec 600 bénévoles en France et 70 salariés.

Un patrimoine vivant … ou non

"Eglises en ruine, des invasions barbares à l’incendie de Notre-Dame" (éditions du Cerf). C’est le titre d’un ouvrage, paru en juin dernier, de Matthieu Lours, enseignant en histoire de l’architecture à l’université de Cergy-Pontoise, et président du conseil scientifique de l’observatoire du patrimoine. "On a effectivement des belles ruines d’églises dans notre patrimoine, mais cela ne veut pas dire que nos églises sont toutes en ruine, loin de là, précise ce religieux spécialiste d’architecture religieuse. La situation est extrêmement contrastée. Il y a une évolution du patrimoine religieux qui malheureusement passe par des situations très compliquées, mais elles ne sont pas générales. Quand on a des églises situées dans des villages où tout a fermé (l’école, les commerces, la Poste), l’église subit un peu le même processus. En plus de cette vie sociale qui s’en va, on a en plus souvent une baisse de la pratique religieuse qui est plus marquée dans les zones rurales que dans les foyers urbains". Le problème des églises en péril, selon lui, ce ne sont pas les églises qui sont en train de s’écrouler, c’est le petit entretien qui n’est pas fait. "C’est le fait qu’il y ait une vie dans l’édifice, une bienveillance et une volonté d’agir de la part du propriétaire qui est souvent la municipalité qui peut permettre d’intervenir avant qu’il faille 2 millions d’euros pour faire des travaux", ajoute Matthieu Lours.

L’impératif d’utilisation religieuse

" Il faut une utilisation religieuse de l’édifice. En dehors de la messe, la vie religieuse, c’est aussi des récitations de chapelet, du catéchisme, des temps de prière... Il y a tout un tissu de sociabilité qui doit se créer autour de l’église, sur un éventail très large du culturel au cultuel, autour de grands événements et de la vie ordinaire. Et cela c’est possible même dans de tous petits villages", est persuadé Matthieu Lours.

Invités

  • Mathieu Lours, enseignant en histoire de l’architecture à l’université de Cergy-Pontoise, et président du conseil scientifique de l’observatoire du patrimoine

  • Alain Silvy, délégué départemental de la Fondation du Patrimoine

  • Marie-Claude Longefoy, ancienne maire de Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais

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L'émission

Du lundi au vendredi à 9h03

Cette émission interactive de deux heures est une double invitation à la réflexion ET à l’action. Une heure pour réfléchir, creuser une question et prendre du recul sur l’actualité avec des invités interviewés par les rédacteurs en chef RCF. Une heure pour agir, avec les témoignages d’acteurs de terrain et les auditeurs, pour se mettre en mouvement et s’engager ensemble dans la construction du monde de demain. Intervenez en direct à l'antenne au 04.72.38.20.23 ou écrivez-nous à : direct@rcf.fr

Les présentateurs

Melchior Gormand

C'est à l'adolescence que Melchior Gormand se découvre une passion pour la radio. Pour cette saison 2020-2021, il vous accompagne chaque matin entre 9h et 11h dans l'émission interactive "Je pense donc j'agis".

Véronique Alzieu

Journaliste à RCF depuis 1993, Véronique s'est spécialisée au fil des ans dans le domaine de la foi, de la vie spirituelle et de la recherche de sens. Elle a choisi la radio parce que c'est un média de proximité, chaleureux sans être intrusif. Son léger accent trahit ses origines pyrénéennes qu'elle revendique avec joie!