René Magritte, "le fils de l'homme"

Présentée par PR-22821

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L'oreille de l'art

lundi 7 septembre à 8h52

Durée émission : 3 min

René Magritte, "le fils de l'homme"

© René Magritte, Le fils de l’homme,1964, coll. privée.

Noémie Marijon s'intéresse à l'une des œuvres les plus emblématiques de l'artiste belge René Magritte. Une oeuvre qui tourne autour du questionnement, de l’étrangeté et du mystère.

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Après Van Gogh la semaine dernière on continue la constitution ludique de notre musée imaginaire avec une nouvelle toile. On avance un peu dans la temporalité de l’art et on passe au XXe siècle avec de nouveau un autoportrait. Enfin ça, nous n’en sommes pas sûrs. Le fond du tableau est consacré à un paysage maritime dans les tons de gris, le ciel est gris, la mer, elle, est très bleue. La séparation entre les deux est très nette.  

Devant ce fond on voit un parapet de pierre et la silhouette d’un homme. Ce sujet au premier plan c’est ce qui interroge dans ce tableau. D’ailleurs cette toile entière tourne autour du questionnement, de l’étrangeté et du mystère. Le peintre en parle dans une interview : « Chaque chose que nous voyons en cache une autre, nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons. Il y a un intérêt pour ce qui est caché et que le visible ne nous montre pas. Cet intérêt peut prendre la forme d'un sentiment assez intense, une sorte de combat dirais-je, entre le visible caché et le visible apparent ». Ce tableau est emblématique du mystère et de l’anonymat des habitants des grandes villes. Emblématique au point qu’on le retrouve souvent des évocations de ce tableau dans la pop culture, notamment dans le remake de l’Affaire Thomas Crown, dans un tableau de Norman Rockwell ou même dans le clip de Scream de Michael Jackson. L’ambiance de ce tableau est étrange, troublante.

Cette toile fait partie de notre paysage mentale européen. Face à lui on ressent un trouble. Comme souvent avec les toiles surréalistes, ce tableau nous déplace on a du mal à comprendre son message. Ce tableau belge peut être rapprocher d’une toile du même artiste. Ce second tableau s’intitule La Grande Guerre. C’est le pendant féminin de la toile qui nous occupe aujourd’hui. Il y a le même fond et une femme en robe et ombrelle blanche. Devant son visage il y a un bouquet de violette. L’artiste cherche toujours à nous tromper, à nous forcer à penser face au tableau et à nous interroger sur le statut de l’art. Il le fait dans un autre de ces œuvres de 1929 qui s’intitule : La Trahison des images.

L’homme devant le parapet est très bien mis, un pare dessus sombre, une cravate rouge, un chapeau melon noir. C’est un vrai homme d’affaire, ce tableau pourrait être très classique seulement son visage est caché par une pomme. J’imagine qu’avec cet indice nos auditeurs ont déjà une idée du tableau dont nous parlons tant les pommes et les pipes sont emblématiques de l’artiste belge qui nous occupe aujourd’hui. Il est possible que cette pomme soit une allusion au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais il est toujours délicat de proposer une interprétation d’un tableau de Magritte. En effet il est fortement opposé à la psychanalyse et à l’explication de ces tableaux. Il préfère les commentaires.  

L’homme est caché certes mais pas entièrement, si on s’attarde un peu on peut voir un fragment de son œil gauche. Un fragment de la vérité de l’homme. Est ce qu’il s’agit d’un autoportrait ? En effet René Magritte, s’habille très souvent comme l’homme du tableau. Ce costume tellement banal était vécu comme un camouflage pour permettre à cet homme subversif de se fondre dans la foule des hommes de son temps.

 

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Le présentateur

Noémie Marijon

Noémie Marijon est responsable de bibliothèque et doctorante en histoire médiévale (Université de Clermont Auvergne).