Toulouse-Lautrec, la franchise et la fantaisie dans l'art

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L'entretien de la semaine

lundi 20 juillet à 6h30

Durée émission : 12 min

Toulouse-Lautrec, la franchise et la fantaisie dans l'art

© éd. Citadelles et Mazenod / Kunstmuseum Bern - Marcelle Lender dansant le boléro dans Chipéric, par Toulouse-Lautrec (1897)

Le tempérament atypique et la vie excentrique du peintre Toulouse-Lautrec cachent l'extraordinaire modernité de son œuvre, marquée par une grande liberté et un goût pour la fantaisie.

Il aurait pu rester enfermé dans le conformisme de son milieu aristocratique provincial. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) a choisi de vivre une existence romanesque, dont les excès cachent son extraordinaire talent de peintre. Alors que le Grand Palais lui consacre une rétrospective, Anne Roquebert signe une grande monographie richement illustrée, "Toulouse-Lautrec" (éd. Citadelles et Mazenod).
 

Le peintre de Montmartre et des cabarets

C'est une personnalité "tellement atypique" qu'aujourd'hui encore on s'arrête volontiers sur la vie excentrique de Toulouse-Lautrec et pas assez sur son génie et la modernité de son œuvre. Devenu pour beaucoup le peintre de Montmartre, des cabarets et des bordels, il avait pour "vrai maître", "la nature humaine". Dans les bordels, "c'est la vraie vie qu'il veut capter qu'il veut rendre". Si cette source d'inspiration a beaucoup choqué à son époque, Lautrec n'avait pas l'intention de provoquer, mais il avait "un souci de vérité".

Reconnu de son vivant essentiellement par les artistes, il a exposé au Salon des indépendants ou au Salon des XX. Dans les années 1881-1882, période durant laquelle il est devenu célèbre, Lautrec a fréquenté l'atelier de Fernand Cormon, où sont passés Van GoghLouis Anquetin, Émile Bernard... Ce fut "un lieu de ferment intellectuel extraordinaire". Lautrec a d'ailleurs réalisé un portrait de Van Gogh en 1887 : "C'est à la fois un peu du Van Gogh dans les touches mais ça a une profondeur et une compréhension très évidente."

 


©éd. Citadelles et Mazenod / Washington D. C., National Gallery of Art - Marcelle Lender dansant le boléro dans Chipéric

 

Une extraordinaire modernité

Que ce soit en peinture ou en dessin, ses sublimes portraits féminins auraient pu lui offrir une carrière facile. Mais "il voulait aller au-delà" et "cerner la vérité, avoir son approche personnelle, faire preuve de quelque chose d'inédit par rapport au passé. Sa modernité, on la voit ne serait-ce que dans ses affiches. "Rien que le principe de l'affiche est très moderne." Celle qu'il a réalisé en 1891 pour le Moulin Rouge, représentant La Goulue, avec ses couleurs vives et sa façon d'intégrer le public dans l'affiche, faisait, paraît-il, se retourner les cochers ! 

On le place aujourd'hui dans la catégorie des postimpressionnistes et des représentants de l'Art nouveau. Ce qui marque en tout cas, c'est la grande liberté dont il a joui et fait preuve dans son art. Lautrec a eu cette chance de ne pas avoir de problèmes d'argent (sauf à la fin de sa vie) et cela lui a sans doute permis d'afficher une telle "franchise" et une telle "fantaisie", qui sont sans doute les principales caractéristiques de son œuvre.

 


©éd. Citadelles et Mazenod / Boston, Museum of Fine Arts - À la mie

 

Une santé fragile

Mort à 36 ans, Toulouse-Lautrec avait, probablement à cause de la consanguinité de ses parents, une maladie congénitale rare, la pycnodysostose, qui rendait ses os très fragiles. "Et quand il se casse successivement les deux jambes à 14 puis à 15 ans, ça va devenir gravissime car ses os ne se ressouderont pas normalement, ses jambes resteront trop courtes." Il ne pourra pas embrasser une carrière militaire comme ses ancêtres. Et la fragilité de sa santé comme la lourdeur de ses traitements ont marqué la vie de Lautrec, qui a même été, selon Anne Roquebert, "une sorte de victime de la médecine".

"Il est évident qu'il était né artiste !" Toulouse-Lautrec a toujours dessiné : on conserve des dessins qu'il a réalisé à sept ou huit ans. Et déjà on y trouve "une acuité d'œil, une ligne virulente et drôle". "Il y a une grande continuité dans son œuvre, de ses premiers dessins jusqu'à ses œuvres tardives." Sa famille rêvait pour lui d'une vie de peintre mondain, confortable et facile. Lui voulait révolutionner son art.

 


©éd. Citadelles et Mazenod

 

Invités

  • Anne Roquebert, conservatrice en chef honoraire du Patrimoine, chargée de mission au musée d'Orsay, cocommissaire des expositions Toulouse-Lautrec au Grand Palais en 1991-1992 et Toulouse-Lautrec et la vie parisienne, au Suntory Museum d'Osaka et de Tokyo en 2007-2008

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Chaque semaine, Thierry Lyonnet donne la parole à un acteur de l'actualité culturelle. Ecrivains, metteurs en scènes, peintres, etc, parlent de leur travail et de leurs oeuvres. 

Le présentateur

Thierry Lyonnet

Rédacteur en chef du Service « Foi et Culture », Thierry met son insatiable curiosité au service de RCF depuis 1990. Spiritualité, art, voyages, solidarité et surtout rencontres, qu’il aime partager avec les auditeurs. Depuis l’enfance, il est fasciné par la richesse de la différence…et cette fascination ne cesse de croître!